vladimir_maiakovski

Pour une fois, je vais vous parler d'un poète. L'excuse que je vais invoquer s'appelle Le nuage en pantalon, mais gardez à l'esprit que malgré la qualité des vers, ca reste un prétexte.

 

Parce qu'il est fascinant, Vladimir Maïakovski. D'abord, il a un visage un peu flippant, mais très mélancolique en même temps. Je ne sais pas si les deux termes vont ensemble, mais Maïakovski est une sorte de mélancolique métallique, et l'alliance des deux en fait toute sa saveur. C'est un coeur d'artichaut qui n'en a pas l'air, et qui laisse s'exprime de manière assez saillante, froide et solide et qui dans le fond tient un discours mélancolique plutôt chaleureux. C'est un artiste adepte de la roulette russe et qui donnait une certaine poésie au tournis du barillet.
Pour le présenter en employant des faits plus que des impressions qu'il laisse par ses écrits, Maïakovski était un des rares artistes soviétiques soutenus par le régime qui en était vraiment un. Je vais expliciter ma phrase, parce qu'elle est un peu space, quand même: parmi tous les artistes soutenus par le Kremlin, beaucoup n'en valait pas forcément la peine, et parmi tous les artistes aux travaux denses ou dignes de l'écho que l'histoire leur a accordé, c'est un des seuls à ne pas être (carrément) mal vu ou poursuivi par le pouvoir.
On le connait aussi par quelques éléments de sa vie sentimentale et de ses tiraillements amoureux et ambigus entre deux soeurs qui passeront elles aussi à la postérité sous les noms de Lili Brik et Elsa Triolet, ou par des insiprations et opinions sur l'art qui rejoignaient celles de Rilke ou Pasternak.



nuageJusque là, ce post fourmille de petites anecdotes marrantes et qui cible vaguement le personnage (beaucoup plus riche que ca en réalité), mais il est temps que je me serve de mon excuse en pantalon. Parce que Le nuage en pantalon, ce n'est pas une formule dont je peux honnnetêment me gargariser et afficher la trouvaille, c'était cmme ca que Maïakovski se décrivait lui même, une sorte de rêveur trop lucide, de cumulus habillé. Comme pas mal de futuristes russes, la formule toute seule, brute, surprend un peu mais est en y réfléchissant un peu la meilleure pour traduire un ressenti avec concision.
Tous ces vers sont ciselés et exacts, à bien y regarder. Comme Douze, d'Alexandre Blok, la construction des vers peut paraître désordonnée ou desctructurée mais obéït finalement à une architecture très précise et totalement différente de celle employée jusqu'à eux. Du coup, forcément, on a ll'impression que le texte est régit par une organisation aléatoire et trop soumise à l'humeur du jour, elle même sans doute générée par des facteurs extérieurs insignifiants, mais le travail fourni est colossal pour donner une impression si chirurgicale après la lecture.
Ou pas chirurgicale, pardon, mécanique, plutôt. Chaque impression est décrite par des mots qui ne vont pas forcément ensemble naturellement mais qui, une fois associés créent une reproduction de l'impression assez bien faite, et chaque vers ainsi formé devient interactif avec les autres, nourri et est nourri par les autres jusqu'à donner vie au poème entier, plus encore que chez les poètes classiques, tout aussi bons mais complètement différents.


Les odes plus ou moins hallucinées (c'est selon) donnent une impression d'engrenages qui tournent à plein régimes et desquels sortent des mélodies plus ou moins abruptes ou douces, par des supports dont on aurait pas soupçonner qu'ils puissent nous convaincre comme ils le font.
Comme si tu cherchais de qui t'enthousiasmer et que tu trouvais autre chose qui le faisait différemment. C'est une efficacité et une beauté que tu trouves là où normalement et selon l'idée reçue, il ne peut pas en sortir.