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La Confrérie des Libraires Extraordinaires
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17 juillet 2020

L'avenir n'est pas si loin

Esther

Il y a plein de trucs, chez Esther, vous savez ? Il va falloir que je vous en touche deux mots, et, puisque vous avez deux minutes, ça tombe bien.

Ne cherchons pas vraiment à remettre Esther dans un contexte quelconque qui pourrait lui convenir, il n'y en a pas. Si vous voulez, à la rigueur, je peux vous dessiner les contours du décor 'même si j'ai parfaitement conscience que le pitch est proche de l'impossible): il faut imaginer un futur proche où l'état semble s'être effacé au profit du privé, mais d'une seule boite qui contrôle tout et propose tous les services, quels qu'ils soient et quelle que soit la branche dont ils relèvent. Encore que l'état n'est peut-être pas si effacé mais juste déguisé, tapi dans l'ombre de la grosse boite, la grasse multinationale grasse qu'Olivier Bruneau esquisse très tôt dans le texte. Une fois à la maison, on cède tous aux nouvelles modes, comme le veut notre société consumériste. La mode dépeinte ici, ce sont les robots ménagers, que tout monde ne s'arrache pas mais que les commerciaux implantes durablement dans les magasins et la société. Et, évidemment, c'est Olivier Bruneau, l'auteur de Dirty Sexy Valley, alors s'il n'y a pas de cul...
C'est à ce moment-là que se dégagent tout un tas de questions qui bourgeonnent de concert: les envies consuméristes presqu'animales, la place de la femme, la perte de souveraineté de l'état sur son territoire, les connexions complexes des affaires publiques et privées, entre autres. Plus encore, le renversement de la grande question de l'asservissement, tant les robots ménagers démocratisent et remplacent le personnel de maison jusqu'à se rendre corvéable à merci et à tout accepter. De fait, on arrive à se retrouver avec une masse de travailleurs gratuits parce que non-humains et, parce qu'ils ne le sont pas, les limites de ce que l'humain peut accepter tombent les unes après les autres. Les questions concernant les formes d'esclavages et la culture du viol commencent à pointer le bout de leurs nez.

Du coup, on tombe vite dans une demi-SF. Si on passe sur le côté porno délirant qu'on trouvait déjà dans Dirty Sexy Valley, on se plait à trouver une société abasourdie qui se fond dans un Fahrenheit 451, presque jusqu'à un Wall-E, et qui pourrait même, se dit-on rapidement, aller vers I-Robot. Il y a pas mal de choses dedans (mais pas Will Smith) et, même si j'occulte volontairement un pan entier de l'intrigue parce qu'il ne faut pas déconner, on peut se réjouir du ciment qui lie les éléments qui composent le texte. Mais bon, il faut bien avouer que le rythme brinquebale un peu, que le prologue patine et l'exposition est longue.
Ce rythme dont je vous parle repose vachement sur les dialogues et les interactions entre les personnages et, même si la lecture s'en trouve vachement facilitée et fluidifiée, l'inventivité des dialogues est un peu en deça de l'inventivité de l'articulation des thèmes choisis. Qu'on ne me fasse pas non plus dire qe que je n'ai pas dit, hein, je ne raconte pas qu'il faut en lâcher la lecture parce que c'est long, ce n'est justement pas ça. La mise en route est longue et le texte tend vers le diesel, mais c'est la richesse des thèmes qu'il aborde et qui le fait tendre vers la science-fiction qui lui permet d'être noté.

Oui, je sais bien que la couverture est rose et que ça attire l'oeil, mais il y a bien d'autre chose à trouver qu'une couverture fuschia et une silhouette nue dessus. Parce que c'est dedans que ça se passe.

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