Photo presque panoramique
Mais dis donc, Adnihilo, ô grand dispensateur de jeux de mots pourris, grand dépositaire de l'humour pataud et blogger terriblement influent, c'est la rentrée littéraire de janvier, et tu ne lis même pas de nouveautés ?
Ben non. S'il faut être honnête, ce qui est toujours mieux, disons le tout net: c'est pas très enthousiasmant, ces offices. Il y a bien deux ou trois textes attirants, il y a un roman moldave que je vais lire, mais qui tiens plus de la curiosité que de l'incontournable; il y a aussi un nouveau Chloé Delaume, Une femme avec personne dedans, qui est tout l'inverse et que j'ai inscrit avec enthousiasme sur ma to-do-list.
Pour le reste, bon. On peut parler de Claustria, de Jauffret, mais qu'on me pardonne de ne pas en avoir envie. Le grand et gentil Régis a certainement une très belle plume, mai une plum satisfaite. Ludiquement parlant, ca me désoblige.
Peut-être Dormir avec deux qu'on aime, de Gilles Leroy, mais je ne sais pas s'il convient aux phases de mélancolie (en même temps, je dis ca comme ca, mais je ne me base que sur le titre). Je suis resté, il y a certes un peu longtemps, sur la plume d'Alabama Song, mais pourquoi pas. Et puis le titre est beau.
Ah, si. D'autres important dans ma musette qui concernent quoi ? La Russie. J'irai vers le Sibir de Danièle Sallenave et le Transsibérien de Dominique Fernandez, il s'agit là juste d'une envie de voir la Russie par un autre biais que les regards des russes eux-mêmes.
Pour mes acolytes, je serais bien infoutu de vous parler de leur feuille de route (j'éprouve généralement pas mal de difficulté à ne jamais changer la mienne, ha !). Il me semble avoir vu Ravhin avec un roman de Kjartan Flogstad, Des hommes ordinaires. Mais c'est vague, c'est maintenant que je m'en rends compte.
Un petit verre, avec ca ?
Après, les cacahuètes du dernier article, un verre aujourd'hui. Ca complète l'apéro, mais je vais rester sur les amuses-gueule, hein. Et comme je ne peux pas lâcher comme ca ce genre de phrase, je vais l'expliquer. Pi en plis,je suis là pour ca.
Pourtant, ca commence bien, dans le genre absurde. Et puis faut dire ce qui est, aussi, un auteur russe-soviétique qui verse tellement dans l'absurde qu'il en est publié sous samidzat, ca attire l'attention du lecteur.
Ici, en l'occurrence, un pickpocket désoeuvré, ancien taulard pour vol de croissant du peuple, lassé des portefeuilles et qui se retrouve, pour échapper à une patrouille, devant la dépouille de Lénine. L'idée lui vient, et la nuit même, il se retrouve à en voler la tête. Evidemment, il y a plein de conséquences après, hein, mais c'est le plus volontairement que je tais la suite, vous vous en doutez.
Pour le reste, hein, bon, on va se référer à mon intro (un peu leucémique, certes, mais intro tout de même). C'est une fable, voilà.
La plume ici non plus n'est pas fantastique, et la trame s'étire trop. Elle n'est pas assez dense, en fait, on tombe rapidement dans un enchainement de faits et un rythme qui fait malheureusement trop penser à une tachycardie. Alors, hélas, surenchère d'absurde et de cocasse et très vite, La tête de Lénine tombe dans la farce. On part dans une construction commune autour de laquelle le pataud et le pâteux se prennent à gérer l'intrigue en elle-même, et fort malheureusement, ca la dessert.
Mais, foi de moi, je vous le promets: même si La tête de Lénine n'est pas un texte si intéressant qu'il en a l'air, je reviendrais avec un roman russe plus intéressant. Promis.
Petit apéro
Mon Dieu, que j'me suis dit, il serait peut-être temps de commencer l'année, dis donc, et même de trouver quelque chose à lire. Et comme il me faut quelque chose de rigolo, un Will Cuppy ferait très bien l'affaire.
Ben oui, un chroniqueur satirique américain à qui on colle une converture sobre mais qui placarde un dessin stoïque d'Edika, ca laisse apercevoir ce dont il est question. Et pour ceux qui, sans doute, se posent la question, la cohabitation de la sobriété et d'Edika, du simple et de l'absurde, visuellement, ca fait mouche.
Et pour le reste, qu'est-ce qu'on a avec Grandeur et décadence d'un peu tout le monde ?
On a quelques relents de Desproges, éventuellement, avec cette sorte d'innocence coupable et cette manière qu'a la plume de faire passer le petit air espiègle du gamin à la fois fier et joyeusement désespéré par sa propre vanne. Pourtant, passé quelques pages et quelques chroniques, c'est moins évident que ne le laisse présager l'entame. Les promesses du rythme et de l'articulation des récits, de leur interdépendence s'écorne petit à petit, et même si on a des petits textes assez plaisants sur les grandes figures de l'histoire, on regrette le faux rythme qui s'invite sur certaines pages.
Et je fais peut-être ma chochotte sur ce point là, mais les références incessantes aux notes en bas de page (on peut en compter quatre ou cinq par pages) pour apporter des bons mots, des tournures de phrases oudes remarques raccords avec le sujet de la chronique mais pas forcément avec la phrase à qui on colle la remarque, ben c'est finalement très dommage.
Pour le reste, placer un humour décalé sur l'histoire n'est pas forcément une mauvaise idée, bien au contraire, d'autant plus qu'on est pas du tout dans une réécriture de l'histoire elle même mais dans des récits qui la racontent avec ironie et bienveillance (et je suis aussi très content de trouver enfin quelqu'un qui n'aime pas Louis XIV, mais alors pas du tout. Ca n'a pas grand choseà voir, mais je voulais l dire et je me retrouve du coup à livrer un parfait exemple des notes en bas de page dont je parlais plus haut).
Donc bon. C'est un livre apéro. Ce n'est pas particulièrement prise de tête. Ce n'est pas bien écrit, mais ca reste agréable et on se retrouve avec ce bouquin apéro, à grignoter avant de se lancer dans plus gros, ou plus grand, ou les deux.
Outrecuidances
Après avoir oublié de vous souhaiter un Joyeux Noël plein de bonheur et de joie dans ton coeur, ce dont je m'excuse platement, je vous souhaite quand même la bonne année. Parce que bon, hein ?
Du Maître du Mal
Maintenant que je vais vous souhaiter la bonne année, je me la ramène et terminje 2011 avec une BD que vous ne trouverez pas partout et pour laquelle vous allez devoir vous armer de courage pour la chercher. Le plus simple me semble de contacter directement Opale BD, de le commander là.
Alors vous allez me dire que je suis bien gentil, mais que vous ne voyez pas pourquoi contacter un sombre éditeur de BD pour lui commander un volume dont le contenu vous reste encore obscure. Et comme c'est la nouvelle année et que je suis gentil (aussi gentil que d'habitude, de toutes facons), je vais vous expliquer pourquoi vous allez la commander.
Parce que c'est rigolo. Pour vous mettre un peu dans le bain, Mickael Marmin passe au premier abord pour un sémillant anonyme calaisien comme Calais en a plein. Mais, Mickael Marmin se retrouve, sporadiquement, possédé et se mue ainsi en Maître du Mal, déboule dans le monde qu'il restitue dans sa propre BD et devient Marmiin, avec deux i, et Marmiin, c'est pas Jo le Rigolo. De toutes facons, c'est le Maître du Mal.
Pourtant, désacralisons le, le Maître du Mal, le Prince des Ténèbres, qui claque la bise à Astaroth et boit des canons avec Baal. Dans le fond, le Maître du Mal, s'il est vraiment parmi nous, doit habiter son quotidien et être un peu comme nous. Alors bon, Marmiin, même dans la peau d'un Chevalier de la Tourmente, n'en est pas pour autant Grand Démon du Millénaire, parce que dans Marmiin, il y a Marmin. Pourtant, ne passons pas outre Marmiin.
Pourtant, après la lecture de la BD et une fois repu et satisfait de l'être, on ne peut que lui conseiller, à Mickaël Marmin, de plancher sur d'autres albums, voire même (mais ca, c'est un chantier considérable) sur une histoire plus consistante, plus touffue et de donner du coup à ses personnages la résonnances qu'ils méritent. Un peu comme le moment où la série Kaamelott s'est transformée, passant des Knacki aux saussices de Toulouse (la comparaison est assez moyenne, mais je suis sûr que tout le monde a saisi ma pensée).
Donc, maintenant qu'on connait un peu tous les personnages par des bribes de leur quotidien, on aimerait bien passer du plan large à quelque chose de plus détaillé.
Et si jamais ce projet est, d'une part, et voit le jour, d'autre part, alors on sera ici les premiers à s'en lécher les babines, à piailler d'impatience et à brandir le nouvel album bien haut pour que tout le monde le voit.
Invraisemblable ! Des sosies différents !
Disons le tout net, Même pas mal n'est pas de la littérature. Alors oui, ce n'est peut-être pas forcément le plus fantastique des posts, mais en période de fêtes, on peut mettre tout et n'importe quoi. C'est un peu les vacances du lecteur assidu.
Mais alors si ce n'est pas de la litté, c'est quoi donc ? Il s'agit là de deux lurons qui ont compilé toute les répliques de série B les plus mises en reliefs par les comédiens qui leur ont donné consistance. On a un peu de tout, du coup, on se retrouve avec la réplique qui a donné son titre à cet article, réplique issue de Black Rain; on a aussi "Il va là où plus rien ne peut être écrit", lâché par Christophe Lambert dans le rôle de Vercingétorix et le film éponyme.
On a pas non plus que du nonsense, quand même. Je n'ai ponctionné là que deux parties du chapitre des répliques qui ne veulent rien dire, mais on peut aussi relever celui qui recense celles par lesquelles le gentil casse le méchant, celles par lesquelles le gentil montre les dents, celles par lesquelles les scénaristes ont voulu se montrer spirituels, celles qui caractérisent les moments d'émotions, et tout pleins d'autres thématiques.
En fait, c'est le genre de cadeau qui sert en fin de soirée entre amis, au moment où la forme commence à décliner et où on a plus tellement envie d'une autre bouteille après les précédentes. Ce genre de bouquin qui se retrouve aux toilettes le reste du temps: c'est court, facilement interruptible. Ou alors, si on rechigne à mettre dans les toilettes quelque bouquin que ce soit, on peut le laisser sur la table du salon pour les moments de glande.
A bien y réfléchir, c'est plus le genre de bouquin qu'on feuillette plus qu'on lit, et les quelques lignes sur lesquelles on tombe mettent de bonne humeur, finalement.
C'est assez rigolo, ce petit bouquin.
L'homme aux racontars
Pour bien cerner ce qu'est un racontar (parce que bon, vous n'imaginez quand même pas que je lâche un titre comme ca pour me barrer comme un voleur dans la minute qui suit), il faut cerner Jorn Riel.
Jorn Riel, c'est un sémillant bourlingueur qui aujourd'hui coule une retraite paisible en Malaisie mais qui a passé quelques décénnies bien pleines dans les dernières compagnies de trappeurs du Groenland. Petite précision nécéssaire, le Groenland, en plus d'être froid et blanc, te pousse à vivre tout seul (donc, te livre à toi même) ou à partager ta cabane avec un acolyte que tu ne choisis pas toujours (donc, à te livrer à toi même et à lui). Et bien entendu, ton voisin est à trois jours de traineau. Et qui plus est, la nuit au Groenland, évidemment, dure sept mois et demi.
Et Jorn Riel a compilé ce genre d'histoires dans une dizaine de volumes qui peuvent être lus indépendamment les un des autres, mais rendons nous compte que l'ordre chronologique, même facultatif, donne encore plus de cachet aux histoires qu'il nous raconte.
Alors on se retrouve avec une sorte de mythologie groenlandaise, à suivre les tribulations d'une quinzaine de joyeux drilles un peu associaux sur les bords, qui vivent dans leurs cabanes à guetter les boeufs musqués quand le besoin s'en fait sentir, à attendre le bâteau de Copenhague qui ravitaille une grosse moitié est de l'île, à analyser patiemment les relations sociales qu'entretiennent deux ou trois trappeurs qui se terre ensemble pendant sept mois de nuit, ou bien un trappeur seul dans sa cabane et son animal de compagnie (un coq, pour l'un d'eux, sauvé à bord d'un cargo norvégien dont l'équipage n'aurait pas été contre un rôti). Histoire, évidemment, qu'on tient de William le Noir, qui la tient de Mads Madsen, qui la tient du colonel, qui la tient de Valfred qui la tient de Lasselille, mais lui n'était plus très frais quand il lui a raconté.
Sémillant comme il est, Jorn Riel raconte tout ca joyeusement, sans rajouter ni cynisme ni sacrasme ni absurde ni procédé humoristique quelconque, bien au contraire. Tout est dans la facon de présenter l'anecdote en question, sur un ton très neutre comme si tout était naturel, prévisible et/ou logique.
Alors en effet, on peut se dire que ca colle bien à l'hiver parce que ca se passe au Groenland où il fait froid, mais ca s'y rapproche d'autant plus, de l'hiver, que celui qu'on connait est gris, et que les racontars de Jorn Riel (que vous devez commencer par La vierge froide, soit dit en passant) sont autant d'anecdotes colorées et bon enfant qui mette de bonne humeur.
Moralité: les matins de décembre, prend un café bien chaud et un racontar.
Les bâteaux immobiles
C'est les Fêtes, c'est tout beau, c'est tout blanc et les youpis fleurissent joyeusement entre les bonnets multicolores des petites têtes blondes qui transpirent incroyablement sous leurs pièces de laine et sont tellement énervés par l'effervescence (bonne ou mauvaise) qu'on prête malgré nous à cette période que vous verrez, ce soir, vous allez en chier pour les coucher.
Alors du coup, on ne va pas poster que de la littérature. Ici, en l'occurence, je propose un atlas fort amusant qui recense les îles désertes et/ou abandonées que, sans doute, certains producteurs compulsent pour organiser la vingt deuxième saison de Koh Lanta.
Alors que bon, on en est loin de Koh Lanta, là dedans.
Tenez, je vous laisse imaginer, une double page par île. Vous avez la page de droite assez sobre, une carte de l'île. C'est simple, utile, très bien et voilà.
Celle de gauche est nettement plus chouette, pour le coup. Judith Schalansky livre une anecdote sur l'ile en question (parfois plusieurs, mais les histoires des îles en question sont tellement mines que le récit se fait généralement d'une traite), lesquelles se trouvent généralement être des histoires de naufragés.
Alors bon, des naufragés. On peut prendre l'exemple de l'île Tromelin et d'esclaves noirs, au XVIIe siècle, abandonnés par l'équipage de leur navire échoué et secourus par un autre, quinze ans plus tard.
Et attention, c'est là que je sors ma botte secrète. Tenez, par exemple, l'Ile de la Solitude (Ouedinennia en russe), perdue dans les glaces et qui est inhabitée depuis une quinzaine d'années, date qui correspond à la désaffectation de la station météo qui constituait la seule activité de l'île et sur laquelle on aurait retrouvé "une vertèbre de dragon préhistorique". Ou bien l'Ile aux Ours, dans le Spitzberg, ou Judith Schalansky se contente de décrire ce à quoi peuvent assister les neuf âmes qui y résident.
On peut aussi citer l'Ile Campbell, sur laquelle on envoya, au XIXe siècle, un collège de savants observer le transit de Vénus, evènement magnifique finalement masqué sous le brouillard; Floreana, sur laquelle un naturaliste allemand venu observer la faune et la flore s'est finalement retrouvé à vivre en ermite pour renoncer au manichéisme de la vie qu'il menait à Berlin...
On se retrouve finalement avec tout un tas d'anecdotes et d'histoires maritimes dont l'esprit se perd quelque part entre histoire véridique et mythologie moderne. Certaines ont valeur de récit de voyages, d'autres sont des curiosités amusantes, d'autres décrivent des micro-sociétés dont la candeur originelle est finalement bien plus logique que la complexité que nous connaissons ici, d'autres sont des photos ou cartes postales qui nous laissent dans l'ambiance des glaces éternelles ou des palmiers sur le front de mer, d'autres témoins passifs et acteurs majeurs de lutte diplomatiques pour le désert tranquille qu'elles ont finalement été.
On est à cheval entre les nouvelles, la littérature de voyage et le reste, finalement.
Le décafardiseur
C'est la que ce situe toute la difficulté. Non pas que je l'ai rien à dire sur Le décafardiseur, c'est même tout le contraire, il s'agit juste de trouver les mots pour vous attirer jusqu'à mon propos qui, vous verrez, sera passionnant. Mais là tout de suite, je pêche sur l'intro. Du coup, ne m'en veuillez pas, je vais commencer n'importe où.
Parce que Le décafardiseur, c'est très particulier comme texte.
On se retrouve dans la Russie du début du siècle et dans un univers qui n'existe pas, et avec un auteur qui a sorti les atmosphères de Tim Burton avant Tim Burton, de Terry Gilliam avant Terry Gilliam carrément, des morceaux de Mervyn Peake avant Mervyn Peake. On y retrouve un peu de tout, et pourtant, même si Rémizov peut éventuellement être un peu de tous (bien que ce sont eux tous qui s'inspirent un peu de lui), on retrouve une trame et un contenu plus grave, ou en tout cas moins léger, plus profond et plus comaque que ce qu'ont pu nous livrer les trois à qui je compare Alexis Rémizov.
Pourtant, on les retrouve. Les personnages taillés et construits comme le sont ceux de Burton maintenant, qui sont grave depuis des évènements qui appartiennent maintenant aux rumeurs de la ville; le pan onirique de l'oeuvre de Gilliam réalisateur qu'on peut rapprocher de Rémizov, encore que chez Rémizov, maître des trois, la dimension onirique est plus noire et plus torturée; on peut aussi parler de Peake et de ses personnages, de ses descriptions, et là on repère forcément l'inspiration de l'un grâce à l'autre.
Autant, on ne peut pas se dire avec certitude que Gilliam et Burton connaissant l'oeuvre d'Alexis Rémizov, autant il est beaucoup plus probable que Mervyn Peake l'ait lu.
Il me faut aussi confesser quelque chose: en rédigant le paragraphe ci dessus, j'ai un peu regretté de comparer Burton, Peake et Gilliam à Rémizov en posant presque Rémizov comme celui qui a allié tout le bon de ces trois drilles là. C'est précisément le contraire, si influence il y a eu, c'est Rémizov qui a pu donner naissance à ce courant dont on qualifie maintenant Tim Burton de meneur (encore qu'il y a bien plus de fond chez Burton que chez Rémizov).
Concernant Mervyn Peake aussi, il faut apporter une rectification importante et mieux définir le caractère du Décafardiseur: on a là de la fantasy comme a pu le faire Mervyn Peake, mais sans la fantasy (mais avec Peake).
Pour le reste, c'est bien ca, et c'est aussi pour ca que je regrette d'avoir comparé Rémizov à Gilliam et Burton. Sans rien enlever aux cinéastes, ces deux là sont des pros de l'image et de l'enrobage, de l'enveloppe: il y a un super emballage mais pas grand chose dedans. C'est ce qu'il y a en plus chez Rémizov, sans doute parce que le texte est vecteur de bien plus de choses que l'image. On peut mettre du fond dans ce qu'on écrit plus que dans ce qu'on voit.
Berazachussetts
"Berazachussetts" de Leandro Avalos Blacha est la nouvelle surprise des éditions Asphalte. Attention, attention, ça va déménager encore chez la petite maison d'édition qui monte !
Trash est une zombie obèse qui se retrouve un jour dans la ville de Berazachussetts. Celle-ci est receuillie par un groupe de quatre veuves retraitées un peu louches.
Les cinq drôles de dames font la fiesta ensemble, mais les choses dégénèrent lorsque Trash agresse l'ancien maire de la ville.
Après cette agression Trash se sauve et une des quatre filles part à sa recherche. Mais les choses tournent au vinaigre.
Un roman totalement fou, déjanté, timbré, où chaque page est une surprise et chaque situation un nouveau délire de plus.
A lire avec en fond sonore la sélection de musique de l'auteur qu'on peut retrouver sur le site d'Asphalte.
Les impressions fugaces
Et voilà. Puisque le Japon est l'invité du Salon, je me suis dit qu'il fallait éventuellement lire deux trois bricoles. Et au hasard d'un bouquin déclassé, je suis tombé là dessus.
Ceci dit, je vous comprends aussi, Adnihilo qui se met à lire de la poésie japonaise, sortant de ses auteurs russes, suisses, médiévaux ou théâtreux, ca surprend un peu. Mais arrêtons nous y de plus prêt.
Non pas que jusque là je rechignais à lire de la poésie, ou des auteurs japonais ou des haïkus, mais bon. Je partais du principe que des poèmes de trois lignes sur des bambous qui frissonnent, ca va bien. Alors que pourtant, à la lecture, c'est beau. Et en ce qui concerne Takuboku Ishikawa (parce que c'est quand même de lui qu'on parle aujourd'hui), point de bambous ni de rosée comme chez d'autres que je confesse ne même pas avoir lu, on est là dans complètement autre chose.
J'ai lu qu'on le surnommait le Rimbaud japonais, Takuboku, et je me suis dit, en voyant ca, que les comparaison à deux balles comme le Maradona des Carpates ou le Michel-Ange francais, ca va deux secondes mais c'est pas forcément fondé non plus. Pourtant, là, j'ai saisi pourquoi on le compare à Rimbaud.
Un poète qui décrit dans ses poèmes l'industrialisation de son pays, l'extension des villes, le quotidien gris des quartiers prolos du XIXe, ca peut effectivement coller à Rimbaud qui marche dans le brouillard de Montmartre. C'est aussi ca qui déroute, dans les haïkus de Takuboku, cette résurgence des villes massives, grises et brumeuses de cette époque là où on s'attend à voir vantée la nature, le vent dans les arbres et les souriceaux qui jouent dans le matin frêle qui tournoie autour du jour nouveau.
Après, voilà. Qu'est ce que vous voulez que je vous dise de plus. Je sais bien que je suisun piètre critique de poésie, mais d'un autre côté, le jugement de valeur sur la poésie est bien simple: c'est beau ou ca ne l'est pas. Là, en l'occurrence, j'ai trouvé que ca l'était. Après, le reste, ce n'est plus que du ressenti, surtout quand il s'agit de haïkus, qui sont dans le fond autant de petites vignettes collées à la hâte, des impressions qui ont marqué le bonhomme sur le coup et qu'il a enfermée dans une forme suffisamment courte pour qu'elles restent impressions.
Un conseil, quand même, avant de partir. Prenez le temps. Lisez lentement, espacez chaque haïku du suivant. Ce n'est pas si rapide de profiter de la poésie quand elle est belle.
A propos de la dureté des transitions
Non, non, aucun rapport avec le texte de Laurent Seksik pour qui j'avais mis un titre similaire.
Le présent post est parfaitement inutile, il s'agit juste de ne pas mettre en contact Tintin et Takuboku. Non pas que l'un ou l'autre soit mauvais, point de rapport avec la qualité. C'est juste que bon, on ne met pas ses chaussures au frigo quand on rentre. Donc voilà.
Petit intermède
Qu'on m'autorise une petite digression.
Parce que bon, une bonne librairie consacre un rayon à la bande dessinée, et qu'au sein de ce rayon, faut bien un Tintin ou deux. Pour autant, pas celui de Spielberg.
Oui, d'accord, je parle de cinéma, mais bon. C'est une adaptation. Sans Hergé, qui lui a contribué à la grandeur de la bande dessinée (qu'on aime ou pas, il l'a marqué quand même, l'histoire de la BD), Spielberg n'aurait pas fait parler de lui. C'est grâve à un livre, tout ca.
Donc, disais-je avant d'être assez grossièrement interrompu par moi même, Tintin par Spielberg.
Certes, on retrouve les personnages. Certes, ca commence comme du Tintin comme on connait, mais pour autant, on verse vite dans du Secret de la Licorne tourné comme Pirates des Caraïbes, dans du Crabe aux Pinces d'Or remixé en Indiana Jones, et on finit avec des scènes un peu bizarres qui paraissent sortir de l'Agence tout risques.
Je ne dis pas que c'est une daube, c'est très agréable à suivre, mais pour autant, plus on avance dans le film, plus on s'éloigne de Tintin.
Et puis bon, voilà. Moi qui ait été élevé avec, j'ai du mal à voir le capitaine Haddock qui sourit, les personnages très humanisés, les voir avec les traits de vrais êtres humains. Techniquement, c'est bien fait.
La synthèse rend bien (ne colle pas avec les personnages d'Hergé, mais objectivement, est très bien faite), on a un film d'aventure qui tient la route, on retrouve quelques clins d'oeil à d'autres albums, tout ca tout ca, mais bon. Faut aller le voir comme un film d'aventures plus que comme une aventure de Tintin.
Le jour où je lâche ca comme ca
Aujourd'hui, je vous parle, entre deux portes, d'un petit bouquin assez étrange. Il s'agit de littérature médiévale, du coup, parler de la qualité du contenu est un peu dérisoire. La bataille de Kossovo fait partie de cette écrasante majorité de textes anciens qui ont acquis avec le temps une valeur historique qui a éclipsé la valeur littéraire qui tenait le texte jusque là. Le statut du texte a changé.
En revanche, éditorialement, on peut s'interroger et je lance la première question. Je n'ai pas de réponse, mais c'est pas grave. Et si quelqu'un en a, qu'il n'hésite pas à en parler ici.
On retrouve en effet ici le même symptôme qu'on avait vu dans l'édition des Lais de Marie de France, chez Babel. Autant, avec les Lais traduits par Francoise Morvan, on avait un manuscrit ouvertement retravaillé par la traductrice (qui ne se cachait pas d'avoir modifié le texte, qui plus est). Pour La bataille de Kossovo, dont on parle aujourd'hui, c'est plus l'éditeur qui s'est lâché.
Evidemment, je ne déplore pas le choix du texte, qui lui est louable. On n'a pas des masses de textes serbes, encore moins lorsqu'on parle de son histoire, encore moins lorsqu'il s'agit du Moyen-Age, et encore encore moins pour un texte de l'époque. D'où, ma question que je vous ai promis: quel intérêt de livrer ce texte, en bilingue, et en version coupée.
Forcément, c'est un peu bizarre. Le choix du texte est louable, le bilingue aussi mais le tout se retrouve gâché par des amputations de l'oeuvre. Du coup, on se retrouve avec un texte qui avance cahin caha, un peu décousu. On a une sorte de best of du chant épique dont il est question, mais sans ce qui les construit ni les porte, du coup, on a un peu de mal à suivre.
Plus que ladite bataille, c'est tout le conflit dont elle a été la conséquence et le point d'orgue qui prend place ici, ce sont ces moments part lesquels le Moyen-Age nous attire vers lui et laisse son attraction prendre toute son importance. Et dans le cas présent, ca tombe à plat. Les personnages évoluent et nous sont livrés les moments cruciaux durant lesquels prennent leur importance des scènes qui ne devaient pas payer de mine mais qui agissent sur l'intrigue générale. Et on ne les a pas.
Alors bon, quand on se retrouve dans un bouquin dans lequel la politique, la diplomatie, les relations de l'époque et la guerre tiennent toute l'oeuvre et qu'on enlève la moitié de tout, ben l'oeuvre, même si elle est magnifique quand elle est intégrale, perd tout une fois qu'on l'édulcore.
C'est dommage. On connait déjà assez peu le pays, le peuple et la culture en question pour pouvoir se permettre, juste comme ca, de publier un de leurs textes fondateurs en l'abimant volontairement.
Du domaine des Murmures
Du domaine des murmures appartient à cette catégorie très fermée des bouquins que j'aurais du mal à défendre avec la même justesse et la même ardeur avec lesquelles ils ont été écrits. Je ne suis pas sûr d'arriver à le défendre comme il le mérite, et Dieu sait que son mérite est grand (c'est d'ailleurs parce qu'il est grand que la tâche s'avère ardue).
Il me faut vous avouer quelque chose. Puisque la première chose qu'on lit d'un bouquin est généralement sa quatrième de couverture, il faut que j'apporte certaines précisions là dessus. La jeune Esclmarmonde dont il est question, qui en plein Moyen-Age plaque son fiancé à l'autel n'est pas enfermée après l'ire de son père mais conformément à sa propre décision. C'est d'ailleurs de là que tout part. Carole Martinez ne livre pas que l'histoire d'une jeune femme qui décide de vivre recluse et de se donner au Christ, mais de tout ce qui se passe en marge, de tout ce que cette décision provoque dans la seigueurerie. Le tableau du Moyen-Age est ici fabuleux.
Et c'est tout à propos de l'histoire elle même, elle est tellement riche que le moindre spoil l'écornerait.
Pour autant, j'ai une dernière précision à propos de la quatrième. Certes, Gallimard lâche le terme de puissance poétique. Il ne faut pas en avoir peur, loin de là. Même si un paquet d'auteurs se cache derrière ce terme pour justifier leur plume et masquer le roucoulement sirupeux qui en ressort, il faut reconnaître et louer Carole Martinez pour avoir réussi à nous montrer ce qu'est vraiment la puissance poétique. Enfin vous allez voir. Je ne vous décrirais pas sa plume ni ne disséquerais sa manière d'écrire et d'employer la poésie ni d'en imprégner son roman de peur de tuer ou d'abimer ce qui émane du texte, cette attraction qu'il provoque avant la lecture et cette atmosphère qui continue à vous accaparer l'esprit après.
On irait même jusqu'à rechigner à faire quoique ce soit autour de nous, de peur de revenir trop vite dans notre quotidien. Du domaine des murmures est de ces rares romans par lesquels l'auteur nous emmène par là main, très vite et très loin, là où elle veut et nous laisse nous y sentir si bien qu'on se refuserait presque à revenir dans le monde réel. Dans le cas présent, l'époque dans lequel Carole Martinez a situé son intrigue rajoute encore au cachet qu'elle a donné à son texte.
Mieux encore, Du domaine des Murmures donne envie de s'interesser au Moyen Age et/ou à la région dans laquelle l'intrigue se situe. Il donne envie, ce texte, d'aller voir si cette histoire, à défaut d'être vraie, appartient en effet à la mythologie et aux légendes de Franche-Comté. Prenons donc une carte, regardons où sont les lieux de l'histoire; où sont les villes qui, maintenant, correspondent; renseignons nous sur Sainte-Agnès, qui, malgré elle et même si elle n'est que rarement évoquée, régit l'histoire et inspire le personnage principale. Pourquoi pas aussi, d'aller voir la région si on ne la connait pas (et d'y retourner si on la connait), et même si la plupart des lieux n'existent plus, de se contenter de visiter Joux, même si ce domaine n'est que secondaire dans Le domaine des Murmures.
Immanquablement, on trouve en Le domaine des Murmures un des romans de cette année, bien qu'on puisse le qualifier de roman autant que de conte (plus étoffé et plus poétique), de mythologie (plus humanisée et plus réaliste), et encore une fois, les ados du Goncourt des Lycéens sacrent un texte avec plus de crédibilité que n'importe lesquels de leurs ainés qui prétendent faire la culture et la récompenser.
Il est là, le texte à lire. C'est super. C'est tout.










