18 novembre 2009
On ne boit pas les rats-kangourous
On en boit
pas les rats kangourous. Estelle Nolet, Albin Michel.
J’ai acheté ce livre comme ça. Pour le
prix tout d’abord. Je n’avais rien lu de nouveaux (
parutions récentes ) depuis quelques années, retournant aux sources des grands
classiques. Redécouvrant Dostoïevski ou Joyce ou Hobbes pour la philosophie. C’est donc ne sachant nullement vers
quoi je m’aventurais,
ce que j’allais lire
etc. que j’ai commencé
ce livre. Juste le quatrième de couverture m’a plus ou moins séduit.
Je dois
vous raconter ce qu’est-ce
livre
La première
page.
En fait pas
tout à fait la première page. Juste les premières phrases. Dés la lecture des
premières phrases je savais où j’allais, ce que j’allais
lire.
J’ai très rarement lu de livre comme ça.
La dernière fois que j’ai
lu un livre comme je l’ai
pour celui-là c’était Les
Bienveillantes et c’était
en 2006 et aussi Septentrion de Calaferte.
Comment dire.
J’ai eu l’impression de redécouvrir le plaisir
de bouquiner jusqu’à
pas d’heure. De dévorer
un livre de cette manière. Les heures se sont engouffrés dans le monde réel
mais moi je n’y étais
plus à ce moment là. Je n’avais plus envie de lire, j’étais concentré sur autre chose.
Bref.
Ce livre m’a fait l’effet d’une claque dans la gueule. J’ai fini ce livre en une nuit. Il
fallait que le finisse, ça ne pouvait être autrement. Comment dire.
D’abord, le style. Il est là c’est indéniable, même le plus stupide
et acariâtre des critique ne peut nier ça. Pas même un plaisantin qui me dirait
le contraire parce que ça le fait rire. C’est une valse constante de personnages très
bien construits, cohérents. Aucun temps mort. Une ambiance digne de Kafka ou
encore de Lovecraft. Un roman étrange à l’atmosphère bizarre qui ne laisse pas indifférent.
C’est un premier roman
tonitruant. Un livre puissant. Il fait désormais partie de mes dix livres préférés.
Des
personnages au bout du rouleau, perdus, qui ne savent pas pourquoi ils
continuent mais qui continuent tout de même, aucun espoir de leur côté,
pourtant ils rêvent mais ils ont laissé tomber. Jusqu’à ce que le personnage principal s’éveille, se pose des questions,
confronté et torturé face à l’impossibilité de sortir de cet endroit, il cherche une solution. Par lui
on va découvrir qui sont les autres et il va se découvrir également.
Tous sont
embourbés dans le néant, un endroit mystérieux, mythique, comme une prison
mythologique. Au fil des pages on se rend compte que la vie ne se résume pas à
quelques détails anodins, comme un bon travail où de chouettes amis. Non, ce
roman nous dit juste que la vie c’est avant tout être humain, et qu’être humain c’est recherché quelque chose.
L’histoire est toute simple en
apparence. Une bande d’ivrogne
perdus dans un endroit étrange, perdus au fond d’eux-mêmes. Ils sont connu le monde extérieur
avant d’échouer ici,
sauf le personnage principal avide d’histoires.
Ce n’est pas ma critique la plus structurée,
bien qu’elles ne le
soient pas vraiment comparée à celles que l’on peut trouver sur les sites de critiques littéraires
habituels où s’étale
une critique intellectuelle pompeuse.
Un livre c’est fait pour soulever des émotions
ou des pensées, faire réfléchir ou divertir. C’est comme ça qu’on doit le lire, du moins c’est de cette façon que moi je les
lis.
Lisez ce
livre.
Première
raison, il est passé complètement inaperçu et le syndrome de l’élégance du hérisson commun à tous les libraires
passionnés fait que je me dois de le faire connaître.
Seconde
raison, c’est un pur
bijou.
15 novembre 2009
Le soldat et le gramophone
"Tu vas voir, ca va te rappeler Emir Kusturica !"
"C'est Kusturica en livre, c'est énorme !"
Alors je m'y suis plongé. C'est vrai. Sans aller jusqu'à Kusturica, on repère les similitudes et on est dans le même univers et on s'attend à voir la frimousse de Miki Manojlovic débarouler à l'improviste. Comme chez Kusturica, on écoute quelqu'un raconter son histoire en s'attardant plus sur les personnages hauts en couleurs, à la façon dont ils se sont retrouvés confinés dans leur situation actuelle et comment ils composent avec. Pour filer la métaphore, on peut même y trouver par moment du Jean-Pierre Jeunet tant le livre est visuellement riche. A force d'hippolyties fantaisistes, de scènes bruyantes et joyeuses, de drames (ou de situations pouvant potentiellement y dériver) racontés avec bonne humeurs et embellissements de la réalité comme avait pu le faire Tim Burton dans Big Fish, -le tout dans une version balkanique- on se dit qu'on est tombé là sur une perle rare.
Pourtant, comme chez Kusturica, on se retrouve emporté dans une certaine épaisseur qui, contrairement à Kusturica chez qui ca passe, étouffe le bouquin. Le récit manque de courant d'air, il est alambiqué et devient difficile à suivre quand s'enchaine sans prévenir anecdotes passées, situations présentes et interventions extérieures (parce qu'il y a toujours du monde partout, dans les Balkans, c'est toujours vivant) et le fil rouge se retrouve parfois engoncé dans un tas de divergences certes agréables mais qui perdent parfois le lecteur.
Des paragraphes mieux dessinés, voire même une mise en page plus distincte eût été profitable au texte.
Mais que le paragraphe précédent ne vous décourage pas, Le soldat et le gramophone vaut le détour, c'est certain. Il faut aussi se méfier du premier chapitre, qui ne donne pas du tout le ton du bouquin, on passe du lyrisme du début à la vivacité de la fin sans même s'en apercevoir.
14 novembre 2009
Il est bientôt une heure
La Confrérie prend un retard conséquent, mais va bientôt revenir avec tambours, trompettes, majesté, triomphe, enthousiasme et acclamations.
Et en plus, avec un programme pas dégueu (du moins en ce qui me concerne, pour ce qui est des autres, le prix les retient prisonniers de leur lectures. En parlant du prix, d'ailleurs, on ne sait toujours pas quand il sera décerné, même s'il le sera).
Promis débouleront sur le blog Sasa Stanisic, Isaac Babel, Ricardo Piglia, Pascal Garnier, Claude Ponti, Jacques Chessex. Et que dalle sur les prix, ni Begbeider, ni Marie NDiaye, ni Laferrière, ni Guenassia et encore moins Simon Liberati, parce qu'il ne faut pas non plus déconner, on ne parle ici que de bons livres, exception faite de Sacha Sperling, mais bon, on ne peut pas bien viser à tout les coups.
Néanmoins, entendons nous bien, ni Babel, ni Ponti, ni les autres ne posteront, il y aura juste des articles sur eux. Non mais des fois...
19 octobre 2009
Le violon de Rotschild
En voilà une critique dont la rédaction s'annonce épineuse. Le violon de Rotschild, petit texte de Tchékhov, ne pèse que trente pages. Le but est d'en parler sans le parapgraser jusqu'à retranscrire le récit entier avec des mots différent.
Pour planter le décor (mais le planter dans quoi ?), Iakov est vieux, il habite une petite isba depuis quarante ans avec sa femme, et fabrique des cercueils. Iakov compte plus les sous qu'il ne gagne pas que ceux qu'il gagne. Jusqu'au jour ou Marfia, madame Iakov s'éteint. Autant s'arrêter là, vous en savez déjà beaucoup, hélas.
Pourtant, cette petite fable dans la Russie du XIXe passe toute seule. Elle regorge de Tchékhov, évidemment, de petits détails pas vraiment capitaux mais sans lesquels il manquerait quelque chose au texte (aspect qu'on retrouve encore maintenant chez les russes, Zakhar Prilepine le premier). Tchékhov, c'est celui qui écrit sobrement, sans aucune fioriture, et à qui on peut reconnaitre ce que peu d'auteurs ont. Tchékhov est né avec le mot juste. En toute circonstance. Pour tout.
Quant à la remarque qui va suivre, permettez moi de la compléter par d'autre remarques: premièrement, j'ai pesé scrupuleusement mes mots avant de la formuler; deuxièmement, je replace cette remarque partout depuis plusieurs années, depuis que j'ai lu L'ours, comme quoi, ca date pas d'hier.
Maintenant que la préface de la remarque tient la route, je vais pouvoir la coller comme conclusion: Tchékhov se place parmi les meilleurs auteurs jamais publiés.
Là !
18 octobre 2009
San'kia
La quatrième de couverture vante les mérites de Zakhar Prilepine, allant jusqu'à le taxer d'être populaire en Russie, d'être le fer de lance de la nouvelle génération d'auteurs russes contemporains. L'argument principal étant de dire que Prilepine plait à tous: aux vieux parce qu'il montre une jeunesse fade, aux jeunes parce qu'ils l'interprètent dynamique; à l'extrême gauche parce qu'il montre la génération jeune qui veut faire bouger la Russie, aux sympathisants du pouvoir parce qu'il met en scène des jeunes militants qui n'arriveront jamais à rien; etc...
On peut même aller jusqu'à dire que Prilepine a inventé le roman neutre, dans lequel chacun reconnait son époque, son entourage, sa situation, et dans lequel chacun se trouve caressé à lisse-poil, ce qui est toujours agréable, et dans lequel chacun se reconnait par la propre interprétation que chacun fait du roman et des personnages. On peut où bien voir (dans San'kia, du moins) des futurs grandes personnalités influentes, ou de futurs hommes respectables à défaut d'être grandioses, ou des ratés persuadés d'être déjà grands, ou des gentils voulant déjà être influents, ou faire partie d'une masse qui l'est tout en étant individuellement en accordéon, prisonnier entre la vivacité et les moments plus calmes, entre le rythme effréné et celui extrêmement lent.
Ce qui saute au yeux, finalement, est que les points de vues sont très différents les uns des autres, mais qu'après la lecture, on s'apercoit qu'aucun ne prime vraiment sur les autres. On est partagé entre tous et on a même pas forcément besoin d'un tiers (en plus de soi et du livre) pour le cerner, puisque d'une part, San'kia est incernable, et que d'autres part, la profusion d'interprétation qui jaillirait d'un cercle de lecture jaillit en soi même tout seul.
Puisqu'il faut bien dire deux mots sur l'histoire, San'kia est le diminutif de Sacha (entre autres, d'où le piège chez les russes, si tu rencontres un Sacha, un San'kia, un Sanietchka et un Sania, il est fort possible que tu ne rencontre qu'une personne. Chaque prénom est là bas déclinable une dizaine de fois). Il a la vingtaine, est un membre actif d'un parti qui veux révolutionner la Russie, changer le monde, et se contente de casser en attendant de trouver quoi faire de mieux. Derrière la brute du premier chapitre, Sania (je change le diminutif mais pas le personnage, c'est pour voir si vous suivez) se trouve être empêtré dans l'âge du vieil ado et du jeune adulte, qui peine un peu à décoller. Intimidant et ailé en groupe, vulnérable et/ou dérisoire seul.
On devine assez vite que Prilepine décrit le jeune russe type à travers son personnage, et que la fresque qu'il nous met sous les yeux et qui entremêle toute sorte de personnages, entre CRS russes, profs de philo, vétéran de l'Afghanistan, caucasien éméché, fantômes des défunts de la famille, fantômes des vivants de la famille ou autres protagonistes, est un point de vue malicieux qui peut passer pour l'apologie ou le pamphlet de la jeunesse russe actuelle.
Alors évidemment, mais c'est pas une raison pour ne pas le lire ou pour ne pas au moins se pencher sur San'kia, c'est un portrait de la Russie qui évidemment a fonctionné là bas parce que c'est là bas. Mais quand même.
Prilepine peut avoir un oeil malicieux, voir amusé, en voyant son lectorat remarquer qu'il a pris position par rapport à son thème sans pour autant dégager de conclusion évidemte, ni de point de vue évident, et sans qu'on sache même comment lui nous l'a présenté, ni ce qu'il en pense. Pourtant, on devine qu'il a un point de vue tranché la dessus, mais à force de le retourner dans tous les sens, on finit par ne plus savoir où est l'envers de l'endroit. C'est un livre couteau suisse, un roman aux aspects sociologiques indéniables et rigoureux.
Et Prilepine nous montre qu'il n'est pas une cacahuète sur un clavier d'ordi.
13 octobre 2009
Des hommes
Autre sélectionné pour le prix du livre extraordinaire, sélection française, Des hommes est un livre qui nous parle des blessures de la guerre. Blessures qui ne se referment pas et qui à tout moment, peuvent ressurgir.
A lire ce début on pourrait comparer Démon et Des hommes. On parle de la guerre, elle marque à vie. Mais la ressemblance s'arrête là. Démon est la démarche d'un fils qui ne l'a pas connu et qui cherche à comprendre la souffrance des abandonnés, une démarche de journaliste/homme pour qui le fait ne suffit plus et que rien ne parle plus que l'expérience, le vécu.
Des homme est au contraire le récit très personnel d'hommes qui ont vécu le traumatisme de la guerre. Qui ne s'en sont jamais vraiment remis. Pas de pourquoi cette guerre ou de raison à la violence des hommes. Mais une évocation très forte, avec précision et force de détail, de cette expérience de la guerre, de la guerre d'Algérie. De ces ennemis introuvables, des horreurs commises.
Et ce sont parfois des détails, des mots qui s'échappent, pour que ressurgisse le spectre de la guerre qui n'a jamais fini de hanter ces hommes.
Il y Rabut, qui nous raconte cette histoire, son cousin Bernard "mort" en Algérie et qui est devenu Feu de bois, homme brisé et assisté.
Tout commence une soirée d'hiver. L'anniversaire de Solange, sœur de Feu de bois, et un cadeau mal perçu pour la famille pour que tout dégénère. Pour nous replonger dans cette guerre passée et pour ces hommes, toujours présente.
Il faut reconnaître que Mauvignier sait rendre l'évocation frappante. Le talent littéraire est certain. Le ressentiment, la douleur, l'attente... sont retranscrit avec une force évidente et un brin de mélancolie.
Par contre, pour ceux qui ne sont pas sensibles à ces "blessures" de guerre, à ces récits très "intérieurs" passez votre chemin. Pour les autres, vous apprécierez le talent de Laurent Mauvignier.
Ravhin/l'afghan.
12 octobre 2009
Décès de Jacques Chessex
Jacques Chessex, le Jacques Chessex, nous a quitté vendredi soir lors d'une conférence à la bibliothèque d'Yverdon, et s'est effondré alors qu'un auditeur l'interrogeait sur l'affaire Polanski (ca ne s'invente pas...). La conférence aurait duré une dizaine de minutes avant que l'auteur ne s'effondre, emporté par un malaise cardiaque. Fin de la soirée.
Il y a un sacré paquet de bouquins à retenir, à lire, à relire ou rouvrir. L'ogre, en premier lieu, publié
dans les cahiers rouges de Grasset, probablement un des seuls primés au Goncourt qui tient la route, dans lequel il dépeint avec le style qui le caractérise, sans fioriture ni embellissement superflu, les relations difficiles avec son père qu'il ne portait pas vraiment dans son coeur. On retrouve dans son oeuvre l'an dernier, dans Pardon mère, dans lequel il regrette, bien après sa mort à elle, l'assimilation de sa famille à son père et l'amalgame malheureux.
Retenons aussi ses deux dernières oeuvres, Le vampire de Ropraz et Un juif pour l'exemple, dans lesquels il relate deux faits divers qui l'ont marqués, l'un pouvant s'apparenter à la mythologie valaisanne bien qu'il se déroule au début du siècle, l'autre ayant fait polémique en Suisse pendant la guerre alors que Chessex n'avait que huit ans. On y découvrait alors Chessex historien et passionné, au point d'entamer un troisième livre dans la lignée de ces deux là, qui reste vraisemblablement dans les bureaux de Grasset en attendant une éventuelle édition, plus tard, comme manuscrit inachevé.
Il laisse aux lecteurs une oeuvre gigantesque et junglique dans laquelle s'entremêlent poésie, nouvelles, romans, chroniques, essais critiques, littéraires ou même sur la peinture, et même carrément des tableaux. On gardera également en mémoires ses participations à des petites revues littéraires (telles Europe ou la NRF), ou sa place de choix dans le jury du prix Médicis, le tout lui ayant valu une légion d'honneur et un statut de Chavalier des Arts et Lettres.
Outre ces indications matérialistes et incontestables, il restait aussi le plus grand auteur suisse romand de ses dernières années, orphelin qu'il était de Maurice Chappaz, décédé six mois plus tôt. En attendant que Michel Layaz ou Ivan Farron prennent le flambeau, laissons à Jacques Chessex le statut de numéro un, et accordons lui l'aura qu'il mérite, comparable à celle de Cendrars ou Ramuz.
11 octobre 2009
Sélection étrangère du prix du livre extraordinaire !!!
1) La reine des lectrices, Alan Bennett, Denoël:
Une farce sur le pouvoir
subversif de la lecture. La reine d'Angleterre se découvre par hasard
un goût pour la lecture. Rien n'arrête son appétit dévorant et elle en
vient à négliger ses engagements. Du valet de chambre au prince Philip,
tout Buckingham grince des dents tandis que cette passion royale
bouscule le protocole.
2) Culte, Lyubko Deresh, Stock:
Yurko Banzaï est un professeur de
biologie inexpérimenté, amateur de culture underground et consommateur
de drogues en tout genre. Il remarque Dartsia Borges, jeune femme
timide et rejetée par tous. Très vite, des phénomènes étranges se
produisent à Midni Bourky, cette ville perdue des Carpates : des hiboux
envahissent la ville, des gens disparaissent et une épidémie de grippe
gagne le collège.
3) L'enfant des colonels, Marias Fernando, Cénomane:
Le
testament d'un homme démoniaque qui manipule la vie des autres et la
violence qu'engendre la dictature des colonels dans la république
imaginaire de Léonito constituent la trame de ce roman, qui se présente
comme une constante succession d'énigmes. Prix Nadal 2001.
4) San'kia, Zahar Prilepin, Actes sud:
Un portrait de la jeunesse russe
révoltée. San'kia, Sacha, se réfugie chez son grand-père après une
manifestation qui a mal tourné. Son père est mort à cause de l'alcool
et sa mère, qui travaille dur pour un salaire de misère, ne comprend
pas ses aspirations révolutionnaires.
5) Firmin, Sam Savage, Actes sud:
A Boston, dans les années 1960,
Firmin est un rat des villes friand de grande littérature, qu'il dévore
au sens propre comme au figuré. Dans les caves d'une librairie au bord
de la faillite, il doit faire face à la réhabilitation du quartier, qui
menace de détruire son univers.
6) Conseils d'un disciple de Morrison à un fanatique de Joyce, Bolano Roberto / Porta Antonio Garcia, Bourgois:
Ángel Ros aime le danger, Joyce et les
Doors. Le temps d'un été à Barcelone, ce
jeune écrivain en devenir s'éprend d'Ana,
une Sud-Américaine excentrique, qu'il suit
comme son ombre jusqu'aux extrémités
les plus sombres où sa folie l'entraîne.
Dans son errance suicidaire, ce couple à
bout de souffle va s'aimer, se perdre, jouer
avec sa vie et celle des autres, terroriser
et massacrer absurdement en quête d'une
improbable issue. omment Ana échappera-t-elle à cette
plongée dans les bas-fonds du crime ?
Ángel réussira-t-il à écrire son roman
joycien tandis que résonnent les dernières
notes de The End de Jim Morrison ? Ce livre est un jeu avec
l'érudition, la noirceur, la rage, l'humour et la
mélancolie.
7) L.A. Story, James Frey, Flammarion:
Quatre destins permettent de
tisser l'histoire de la ville de Los Angeles : Esperanza, petite-fille
d'immigrés mexicains ; Amberton, acteur narcissique et coqueluche des
studios ; Dylan et Maddie qui ont déserté l'Ohio pour échapper à la
violence familiale ; et Joe, amoureux de sa bouteille et de sa liberté.
Précisions quelconques sur L.A. Story: (ce dernier livre est un ajout de dernière minute car après reflexion, il le mérite. Un bon livre n'est-il pas celui qui vous marque, vit encore après la lecture ou, influence votre façon de voir? Los Angeles me fascine. C'est la ville des superlatifs et il est vrai que la littérature ayant pour cadre L.A est assez nombreuse et vraiment intéressante. Ellroy n'y a t'il pas écrit un célèbre polar sur une jeune femme assassiné, fait qui a défrayé la chronique? Parmis les livres récents beaucoup encore prennent pour cadre L.A. J'ai presque envie de faire une sélection spéciale L.A tellement la production est passionante sur ce sujet: nouvelles, romans, polars, essais... Même de ceux qui y voyage les récits divergent. Interessante, superficielle, folle, démeusurée, tentaculaire, obsédée du cinéma... On y vit le rêve américain, on y désespère...
L.A. Story a participé à cette vision fascinante que j'ai de cette ville. Je crois donc qu'il est normal de le faire paraître ici.)
Le jury va se réunir, devoir boire encore quelques coups pour tenter de trouver un lauréats, c'est dure libraire, puis se consoler de n'avoir pas nommé les autres. Et comme on est extraordinaire, sisi, on se donne le droit de modifier la liste, d'en rajouter et, de décerner le prix à la date que l'on voudra. On prendra la peine toutefois de vous avertir, parce qu'on est sympa quand même.
Ravhin l'afghan.
10 octobre 2009
Démon
Mélangeant le récit autobiographique, le reportage, la réflexion historique, Thierry Hesse nous a produit un livre bouleversant et épique. Une mise en abîme des blessures et des oubliés de l'Histoire.
Trois jours m'ont suffit pour dévorer ce livre. Logiquement, il figure sur la liste du prix du livre extraordinaire.
Démon est le récit d'une expérience assez personnelle. Celle de pierre Rotko, journaliste, qui a perdu le contact avec son père Lev, exilé de l'URSS qu'il avait fuit la nuit de la mort de Staline. Homme nostalgique de l'URSS mais vivant à l'occidentale, Jamais ce dernier ne parlera de son passé. Mais un jour, il insiste auprès de pierre pour lui parler de ce qu'il avait toujours caché et refoulé: son passé sous le régime communiste, l'assassinat de ses grand parents juifs par les nazis, sa fuite en occident... Cette révélation va littéralement bouleverser pierre qui éprouvera le besoin viscéral de connaître l'histoire de sa famille.
Mais cela ne suffira pas. Au delà du savoir, il est une chose irremplaçable. Le vécu. Pierre va alors suivre son démon et partir. Non pour la Russie, terre d'origine de sa famille. Mais dans un lieu où comme à l'époque de ses grand parents, on oublia un peuple dans la tourmente de la guerre, à Grozny, en Tchétchénie.
L'histoire de la famille de Pierre est donc un prétexte. Prétexte pour faire l'expérience de l'abandon. Prétexte pour voir l'Histoire dans la peau des oubliés, des juifs en russie, la mort de Staline, le sort des Tchétchènes, la prise d'otage dans un théâtre russe...
Alternant le récit au présent et celle du passé, Thierry Hesse livre un tout passionnant et cohérent. Un livre qui tient plus du témoignage et du "quelque chose à apporter". Ne cherchez donc pas une réponse aux grandes questions de l'Histoire, mais une démarche profonde transformant l'histoire en récit, le récit en vécu.
Ravhin/l'afghan.
09 octobre 2009
Clic clac !
Inspiré par de nouveaux horizons, et très pris par la recherche d'un emploi en ce moment, je me suis mis à la lecture du Déclic de Milo Manara.
Les initiés comprendront pourquoi cet auteur m'est cher.
Paroles d'un adepte rencontré en librairie << Au moins lui il fait du beau, pas du vulgaire qui rend les pages même vierges toutes poisseuses. >>
Édité sous coffret, 4 volumes, voici l'histoire de Claudia, jeune femme terriblement séduisante et aussi frigide qu'un iceberg, quoique en ce moment même ils se réchauffent. Et c'est le cas de notre héroïne sous l'impulsion de son mari via un dénommé Faust qu'il a embauché pour que sa femme s'amuse un peu plus.
La belle étant journaliste, le mari, un homme influent.
De quoi il retourne. ( Ha ha ! )
Faust découvre dans le tome 1 une boîte avec un bouton qu'il faut tourner. Au début c'est un peu du rien, mais l'homme qui lui confie cette boîte lui raconte une histoire. Cette boîte est reliée aux pulsions ignorées de la belle Claudia.
Et là tout s'enchaîne.
Le résultat, un dessin magnifique ( en noir et blanc de préférence ) et un seul mot d'ordre chez Manara. La beauté de la femme. Et c'est vrai qu'elle est belle. Pas de chichis porno ici, pas de triolisme avoué, pas de fantasme ridicule à coups de culbute, rien de tout ça mes enfants.
Les onanistes passez votre chemin, et évitez de déborder sur la moquette vous êtes sympa.
Le point fort, malgré les situations, c'est la beauté virginale et la contemplation de Claudia. Personnellement, ça m'a bien inspiré pour une petite nouvelle.
Après ça reste de l'érotisme alors allez pas chercher du grand littéraire.
Une très bonne surprise, lors de ma découverte de Manara, il y a déjà bon nombre d'années.
En attendant je chercher toujours cette boîte.
Clic-clic !
08 octobre 2009
Nous les robots!
Ayant depuis longtemps terminé le cycle de Fondation et alors que je ne vous ai toujours pas fait la "critique" des tomes 4 et 5, je vais néanmoins vous toucher un mots sur les 520 premières pages de ce livre. Plus précisément, de la première partie intitulé "Nous les robots". Le reste, je ne l'ai pas encore lu.
Cette partie rassemble 33 nouvelles de robots écrites par Monsieur Isaac. Je me dois de vous dire que si vous avez aimez ses romans, vous adorerez ses nouvelles. Je dirais même qu'elles sont meilleurs, tant son style clair et efficace s'y intègre bien. Tant le message qu'il veut nous faire passer, atteint son but. Dans sa préface, Jacques Goimard commence par ces termes:
"La quintessence d'Asimov, c'est la clarté. Son écriture est si transparente que l'on ne la voit pas. Ses exposés sont si limpides qu'on n'y perd jamais le fil. Avec lui, rien n'est opaque, impénétrable ou rebutant. Toute son œuvre est un monument à la déesse Évidence. Il est le parfait héritier actuel d'une tradition culturelle éminente: la lumière grecque, la sérénité goethéenne, la pureté bien ordonnée des grands classiques français [...]."
Asimov aime la Science et la robotique. A chacune de ses nouvelles, il explore et développe une thématique, une idée. A la fois pour nous émouvoir et nous apprendre. Il est le père des "robots" et a voulu les comprendre. La question des robots dans notre société l'interroge. Les trois lois, que vous devez tous connaître:
1) Un robot ne peut nuire à un être humain ni laisser sans assistance un être humain en danger.
2) Un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par les êtres humains, sauf quand ces ordres sont incompatibles avec la première Loi.
3) Un robot doit protéger sa propre existence tant que cette protection n'est pas incompatible avec la Première ou la Deuxième Loi.
A travers ces trois Lois, Asimov invente pour comprendre. Chacune de ces nouvelles sont excellentes, certaines sont meilleurs mais toutes sont géniales! Par ses histoires de robots, c'est le scientifique avide de comprendre et de nous faire comprendre qui parle. Son style est curieux, interrogateur, passionnant! Il sait nous émouvoir et nous surprendre, amener le récit et le suspense. Poser des questions et quelques fois, des réponses...
Les nouvelles sur les robots d'Asimov est LE volume de l'auteur que je vous recommande le plus. Riche, intelligent, il sera vous émouvoir. Ce n'est pas juste de la "sf", mais de la curiosité pour la science, l'avenir, les robots, nos rapport avec eux...
Je vous conseille d'opter pour le volume chez omnibus, certaines nouvelles récentes ne figurent pas dans les volumes de poche. Ajouter à cela les deux romans et cela vous fera moins chère. En plus, le papier est plus beau, car un bouquin comme celui là!... (sourire niais d'un mec épaté!)
Ravhin
Sélection française du livre extraordinaire !
Et voici en exclusivité, la sélection française!!!
1
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3
4
5
6
1) On ne boit pas les rats-kangourous, Estelle Nollet:
Dans un hameau perdu dans le désert, deux boutiques, une épicerie et un café où les habitants se retrouvent chaque soir. Rien de nouveau ne se passe jamais et personne ne peut sortir de ce pays marqué par la saleté, la chaleur et l'ennui. Willie, 25 ans, y est né et ne connaît rien d'autre. Un jour, il s'interroge sur les raisons qui ont poussé certains à venir ici. Premier roman.
2) Des hommes, Laurent Mauvigner:
Ils ont été appelés en Algérie en
1960. Deux ans plus tard, Bernard, Février, Rabut et d'autres sont
rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais
parfois, il suffit de presque rien, d'une journée d'anniversaire, d'un
cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé
fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.
3) Les veilleurs, Julien Message:
Nexus, jeune marginal, tue de
sang-froid, sans raison apparente, trois passants croisés dans une
ville imaginaire, Regson. Amnésique, condamné à perpétuité, il laisse
les psychiatres perplexes. Les recherches sur sa personnalité
reprennent quand Rilviero est chargé d'enquêter sur un possible complot
politique dont Nexus aurait été le bras armé. Premier roman.
4) Match aller, Julien Capron:
Le
club de rugby de Volmeneur joue le premier match de la saison. A la fin
de la rencontre, un corps carbonisé gît dans les vestiaires.
L'enquêteur Fénimore Garamande se retrouvera aux trousses de l'assassin
de l'Olympe, un tueur en série qui reproduit les scènes les plus
sanglantes de la mythologie.
5) Saisons russes, Ehnuel Florence:
A 40 ans, la narratrice a le
désir d'apprendre une nouvelle langue pour connaître dans le détail les
sensations exactes par lesquelles une langue va s'inscrire
naturellement dans son corps et le nourrir en profondeur pour
consolider sa personne entière. Elle rencontre Iouri, un professeur de
russe, qui n'a aucun mal à saisir le sens de cette démarche.
6) Démon, Thierry Hesse:
Pierre Rotko apprend par son père, après des années de silence, l'histoire de ses grands-parents, Franz et Elena, des Juifs russes assassinés par les nazis, mais aussi son exil en 1953. Pierre quitte alors tout pour entreprendre des recherches. Il se rend à Grozny, une ville de Tchétchénie en pleine guerre, afin de faire l'expérience des abandonnés de l'Histoire.
Voici la sélection Française de la confrérie des libraires extraordinaires.
Le jury va maintenant se réunir. Il se réserve aussi le droit de modifier la liste à tout moment.
Ravhin.
07 octobre 2009
Anges déchus, libraire déçu...
Là, je vous défis de trouver un jeu de mot plus nul que ça!
Second livre à raconter les histoires du mercenaire Takeshi Kovacs, Anges déchus se différencie pas mal de son prédécesseur l'excellent Carbone modifié.
Attention, ce n'est pas nul non plus! Ça manque dirons nous, d'un peu de souffle. Alors que Carbone modifié sautait dans tous les sens tout en gardant une cohérence, Anges déchus souffre de sacrées longueurs...
Tout commence sur la planète sanction IV (faut le vouloir un nom pareil...ça sent pas le pouvoir despotique...) C'est la guerre civile. Notre Takeshi au tout début du roman, est rapatrié dans un vaisseau hôpital pour soigner ses violentes blessures, je devrais plutôt dire qu'il s'est fait charcuter dans une bataille qui a mal tourné. Une fois soigné, il est abordé par un type dénommé Schneider qui lui propose un marché. L'aider dans une combine pour mettre la main sur une découverte archéo qui dépasse les espérances de tous. Je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Mais rassurez vous, si le sanguinaire Takeshi rentre dans cette aventure, ce n'est pas pour s'extasier devant une statuette à la con.
C'est l'un des petit plus de cette histoire d'ailleurs. On en apprend d'avantage sur l'univers dans lequel évolue notre héros, le passé de l'Homme, et qu'enfin, nous apprenons que nous ne sommes pas seuls dans l'univers...
Dommage ça aurait pût être bien. Évidemment, rien n'est facile, Takeshi va comme dans le premier roman, devoir faire face à d'obscur adversaire qui ne sont pas forcément ceux que l'on croit. La traitrise aussi, histoire de pimenter. Après un début prometteur, on s'ennuie un peu. Ça manque de percutant. L'écriture est dynamique, avec un vocabulaire très familier et futuriste suggérant l'action. Mais quelque chose ne suit pas. Du coup on n'est plus tout à fait dedans. Les longueurs s'installent. On rajoute un peu d'action à la fin mais sans convaincre. Le suspense et le rythme manque. Le tout manque de force.
Pour les fans du premier, gardez espoir, mon collègue qui suit l'auteur pense comme moi pour anges déchus mais il m'a assuré que son 3ième était bon! On vérifiera...
Ravhin.
30 septembre 2009
C'est de saison!
On en parlait depuis longtemps et enfin on s'est décidé à le faire!
La confrérie des libraires extraordinaires lance à partir de ce mois d'octobre 2009, le prix du livre extraordinaire.
Pourquoi ce prix? D'abord, parce que ça nous amuse de rechercher des bons bouquins (on est libraires après tout et c'est un peu le rôle du métier...) et de débattre entre nous, ce qui nous promet des soirées animés et arrosés...
Ensuite, dans cette période de prix littéraires nous avions, nous aussi, envie de vous faire partager nos choix de lectures et de récompenser le livre de l'année 2009.
Que récompense ce prix? Tout d'abord, précisons qu'il y aura deux listes. Une pour les romans français, une autre pour les romans étrangers. Le choix des livres se fait sur l'année écoulé. En gros, de octobre 2008 à octobre 2009. Chaque libraire extraordinaire, à l'aide d'autres libraires ou non, choisit les meilleurs livres sortis durant la période donnée, le comité exécutif de la confrérie se réunira le nombre de fois nécessaires pour élire, dans chaque catégorie, le meilleur livre de l'année.
La publication de la liste des nominés ne devraient pas tarder. D'ici la fin de la semaine cela devrait être publié. La remise du prix devrait avoir lieu fin octobre/début novembre. Nous vous avertirons dès qu'une date définitive sera décidé!
Ravhin/l'afghan.
26 septembre 2009
Il va même tempêter
Si vous êtes observateurs, vous vous serez probablement apercu que dans mon précédent article, j'ai collé une quantité industrielle de liens vers un site recensant une grande partie des prix littéraires et que, malgré ces maints renvois, je n'ai même pas pris la peine de mettre ledit site dans les liens de la colonne de droite. Ce n'est pas un oubli.
Non pas que les prix m'agacent, du moins pas autant que José Moore, qui s'occupe de la littérature dans la Gibert Joseph de Vaulx-en-Velin, mais l'alliance du site avec Amazon m'énerve. Pour ceux qui ne sont pas au courant, Amazon fait encore des siennes, allant jusqu'à imposer aux sites qui ont des liens vers eux de supprimer tout autre liens vers d'autres cybervendeurs. Donc, si ce site de prix proposait d'acheter un bouquin sur Amazon, PriceMinister, Ebay, Gibert Joseph, Chapitre ou d'autres sites, le webmaster est contraint de supprimer tout ces liens pour ne conserver qu'Amazon. Or, le site de prix littéraires a bien du être menacé, puisque seul Amazon a survécu sur ses pages.
C'est une sorte de terrorisme commercial, en fait (Le Livraire en parle d'aileurs très bien). La menace planant surtout sur les éditeurs référencés chez Amazon, puisqu'en cas de non-respect de la règle, Amazon retire de sa base de donnée toute référence de l'éditeur dissident. Donc, si tu es éditeur, que tu as des liens vers Amazon et d'autres librairies, tu es contraint de privilégier Amazon, et de signer par la même occasion (moralement ou physiquement, ca je dois avouer que je ne sais pas) un partenariat que tu ne veux pas forcément, d'une part; et de choisir entre Amazon ou la librairie, d'autre part, pris au piège que tu es dans le dilemme et l'ultimatum que de pose Amazon: "C'est le libraire, ou c'est moi".
Mais c'est pas grave, cher éditeur, envoie Amazon péter, tu n'as besoin de rien, et Electre et MediaBase t'ouvriront leur bras !








