le_paon

Encore une fois, et pour être bien sur d'être le plus complet sur mes bonnes surprises de l'année passé au cours de laquelle j'ai été absent d'ici, je mets en avant un vieux truc bon lu il y a longtemps, par une soirée d'hiver mais réchauffé par les lumières chaleureuses d'un pub irlandais.

Et c'est quoi ? C'est du russe. On est bien des années avant Vladimir Maïakovski, perdu dans le Saint-Pétersbourg du dix-neuvième et entre des personnages là aussi très riches. Les personnages principaux s'effacent même assez vites devant les secondaires, jusqu'à n'être qu'un prétexte pour les dépeindre eux, comme peut l'être Nick Carraway dans Gatsby.
On est coincé entre une tante pleine aux as, rigide, sévère, antipathique et froide, tellement fuyante et invisible qu'elle alimente malgré elle une mythologie urbaine parmi tous les locataire plus ou moins miséreux de l'immeuble qui lui appartient, jute à côté de sa grande maison.
Entre son suisse, intendant russe de l'époque, qui gère les loyer et fait office tant de concierge que de créancier et qui véhicule parfois même une image de maton. Il est rigide, dévoué à sa patronne qui l'aurait, semble-t-il, sorti d'une situation pas facile en l'embauchant et il aurait su lui rendre son service en devenant le seul intendant à donner satisfaction. Il est impassible et fidèle, et reste très impopulaire lorsqu'il débarque le premier du mois réclamer les loyers et retirer les fenêtres en cas de retard de paiment annoncé.
Et une petite fille qui grandit au long du roman. Il faisait froid, le loyer n'était pas payé au passage de l'intendant, et l'hiver qui s'engouffait par la fenêtre retirée a emporté ses mère et grand-mère. On suit son évolution au long des pages, et comme tous les autres personnages (même ceux que je tais ici) tournoie et de densifie au long du roman.

On y retrouve le même procédé narratif et spectateur que Gatsby, dont je suis sur que je vous ai déjà parlé, et quelques relents de réalisme comme à pu nous en livrer Maupassant. La trajectoire de certains rappelle même pas mal les nouvelles ou roman de celui-là, d'ailleurs, et même si la verdure normande est hyper loin, on retrouve les mêmes descriptions d'états d'âme complexes, ces personnages conscients de leur chute et de sa lenteur, des conséquences qu'auront une décision ou un acte précis.
C'est une sorte, finalement, de réaliste francais du dernier quart du dix-neuvième, mais transposé avec cette épaisseur slave. On est très couvert pour se protéger de la trempérature, mais on est très rythmé en dessous, et on sent la chaleur se développer sous les couches de fringues.  On y retrouve même le côté cynique et noir de certains autres, différents de celui des pamphlétaires mais qui nourrit le réalisme du texte. On se place entre le narrateur qui assiste à l'histoire et l'auteur qui la voie plus tristement, avec noirceur et rictus nerveux.

Oui, d'accord, je vous le concède, si je vous dis que c'est triste, vous n'allez pas tenter le coup, mais bien que noir et implacable, on note une certaine poésie, au fil des pages. Ce genre de mélancolie qu'on avait déjà vu chez Boris Zaïtsev et que Vladimir Maïakovski avait retranscrit différemment, et que, sur certains côté, Anna Lavrinenko a adapté à l'époque actuelle. Alors c'est un bon texte, pas très épais, parfait pour une après-midi en terrasse, et qui laisse dans une ambiance sans doute brumeuse et mélancolique, mais très agréable à ressentir après la lecture du texte et à voir se dissiper doucement.