viscogliosiPuisqu'on est bien chez Attila, on va y rester. Je ne sais pas s'il y a un canapé chez vous, les amis, mais je m'y installe avec tout ceux qui tombent sur ma page.

La lecture date de plusieurs mois, mais je tiens à vous en faire part aussi, toujours parce que c'est bien. Pour les puristes, on peut dire que c'est une autobiographie, quoiqu'on en est pas vraiment sûr non plus, on peut dire qu'il décrit un personnage mais aux antipodes d'Emmanuel Bove ou d'Anna Lavrinenko. Vous allez très vite comprendre.

Là encore, on enlève tout le superflu. Pas comme chez Echenoz, ou on enlève tout jusqu'à avoir du froid, nu, impersonnel et inexpressif, mais qui laisse apparent le moteur qui rugit par excès de puissance et de zèle. On enlève le couvercle du pot de miel pour laisser échapper l'odeur et se laisser bercer.
Un personnage, donc. On ne sait pas qui, et on s'en fout. C'est tout le monde. Une description en quarante huit dessins et autant de légendes, on est un peu chez tout le monde, là aussi. Attila en parle de Ma vie de garcon comme versant parfois chez Max Ernst, et on pourrait même pousser la chose plus loin. On garde Max Ernst, on lui donne un visage plus humain, et on écrit ses tableaux en vers pour illustrer celui qui tient la plume, qu'il soit auteur ou personnage. Et on le diversifie, aussi, parce que Fabio Viscogliosi, faut pas déconner, ne se résume pas jusqu'à Max Ernst.
Il y a ceci de riche, chez Viscogliosi, ce coup-ci, qu'il fait d'un bonhomme tout le sujet de Ma vie de garcon et le dévoile en silence. Il te met à disposition (parce que oui, je te tutoie, maintenant. On se connait, depuis le temps, quand même) une planche, un dessin onirique, imaginaire et tout ce que tu veux et une légende à côté. Il te parlera d'un peu tout, tu auras droit à la nuit, aux femmes, aux repas ou à tout un tas de petites choses insignifiantes en apparence mais qui prennent du corps à la manière qu'il a d'en parler.
Toute la description est dans ce qu'il ne dit pas. C'est précisément là que la lecture et le dénuement rentrent en ligne de compte. C'est là que tu lis. Tu lis les quelques lignes, voire même la ligne, et regardes le dessin, tu refermes le bouquin et commence à rechercher ce qui les lies. Tu commences la lecture en trouvant le matériau qui a servi à Fabio Viscogliosi à écrire ses dessins. Et en comprenant l'impression même pas palpable que le dessin décrit.

Forcément, tu te reconnaitras sur quelques pages. Pas forcément toutes, bien sûr, mais sur quelques unes, tu comprendras très vite ce qu'il dit parce que tu auras le même rapport que lui sur son propos.
Et tu verras que c'est une lecture marquante. Il n'y a rien de littéraire, et même moi qui recherche de la qualité littéraire, une plume qui aie du corps et de la densité, qui ne suis pas forcément bon public sur le dessin, je me souviens de cette lecture là, précisément, plusieurs mois après pour te retenir et te diriger vers elle. Ma vie de garcon est un recueil de dessins littéraires, avec un autre usage de la plume. Finalement, c'est de la littérature.