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Bonjour,

On m’a chargé de reprendre le flambeau concernant les critiques de bandes dessinées. J’ai accepté avec plaisir… pour votre plus grand désarroi. Vous voilà prévenus !

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Mon premier choix s’est porté sur le dernier opus des Tuniques Bleues. Est-il encore utile de les présenter ? Aux Etats-Unis, en pleine guerre de Sécession (1861-1865), deux hommes aux caractères et aux physiques diamétralement opposés s’engagent un peu malgré eux sous la bannière nordiste. Le sergent Chesterfield, brute épaisse au cœur tendre, s’efforce le plus clair de son temps d’empêcher toute tentative de désertion du caporal Blutch, incurable objecteur de conscience. L’occasion pour Lambil (dessinateur) et Cauvin (scénariste) de dénoncer les horreurs du conflit tout en revisitant, à travers nombre de situations cocasses, une des pages fondatrices de l’histoire nord-américaine.

Cet album, le 54e du genre, est intitulé « Miss Walker » et entraine nos héros dans une aventure, disons le tout net, sans rebondissement où clichés inutiles et airs de déjà-vu se succèdent maladroitement. Alors, certes la qualité du dessin est toujours présente (avec néanmoins des décors souvent plus soignés que les traits des différents protagonistes), mais le scénario, pourtant axé sur un personnage ayant réellement existé, devient très vite prévisible et donc fatalement ennuyeux. Pire, il finit par se perdre en redondances : la moitié des pages uniquement utilisée pour décrire un médecin à la fois féministe et prohibitionniste, c’est beaucoup trop !

Quid de notre inséparable duo dans tout ça, me direz-vous ? Eh bien, dans un style que l’on pourrait aisément qualifier de « désespérément passif », le tandem historique se contente, comme nous d’ailleurs, de regarder cette femme au caractère bien trempé semer le chaos en pleine guerre civile… avant que tout ce joli monde ne s’éclipse (durablement ?) et sans même que cela ne nous émeuve davantage. Si l’on ajoute la présence incongrue de l’ennemi juré Cancrelat (soldat sudiste particulièrement sadique), le manque de réaction quasi-caricatural des huiles de l’état major et le ressort décidément trop facile de la soudaine prise de conscience des troupes, on s’aperçoit que L&C jouent une nouvelle fois sur du velours…

Bref, à l’image d’un autre grand classique de la BD franco-belge, Astérix, les Tuniques Bleues semblent pâtir depuis quelques tomes du vieillissement de leurs auteurs. Ne laissant finalement que peu de marge aux inconditionnels : un désamour croissant matérialisé par l’abandon progressif de cette série culte ou la réclamation à corps et à cris d’un lifting nécessaire passant par l’adoubement de nouveaux talents. À vous de choisir.