krachtAvant de rentrer dans le vif du sujet, je vais commencer par reconnaitre la malhonnêteté de ma démarche. Je n'ai pas fini le bouquin (mais vous me direz que ca m'arrive de temps en temps), mais là, pour le coup, je m'écraserai si vous me dites que "Même pas soixante pages, merde !"

Pourtant, qu'on ne s'y trompe pas: certes je ne suis pas allé bien loin et n'ai donc pas fait preuve de témérité mais je n'ai pas non plus été poussé au courage par le texte de Christian Kracht.
Le sujet, pourtant, m'avait plutôt emballé. Il semblait s'agir d'une fiction historique, d'une réécriture de l'histoire et d'une tentative d'imaginer le monde actuel sur un postulat de base plutôt singulier: à quoi ressemblerait le monde si, plutôt que d'être un concept russe, le monde soviétique serait allé s'implanter en Suisse ? Tordons le cou vite fait, pour éviter un malentendu, à une méprise qui pointe le bout de son nez (et promis, après, j'arrête avec les deux points): non, il ne s'agit là pas du tout d'un essai ni de divagations sur l'opposition des philosophies politiques russes et suisses au fil du XXe siècle. Zobi.

Donc, disais-je avant d'être assez grossièrement interrompu par moi même, le sujet était prometteur. Pourtant, une fois la lecture entamée, on est assez vite décu et on se retrouve face à un texte plutôt pictural au concept pas inintéressant s'il ne devenait pas lourd au fil des pages. Je vous plante rapidement le décor pour illustrer la phrase précédente qui, lâchée comme elle l'est pour l'instant, est totalement gratuite.
La Suisse, donc, est soviétique. La guerre, finalement, a éclaté et on se retrouve plus ou moins sur un conflit armé entre la Suisse d'un côté, grande puissance mondiale visiblement puisqu'elle tient tête depuis pas loin de cent ans aux armées allemandes et britanniques. Berne a été en Allemagne pendant dix ans, Innsbrück est en Suisse et on a pas de trace de l'Autriche, et Minsk, quand à elle, est aussi helvétique (d'où une éventuelle question peut-être naïve si Kracht a répondu dans l'importante partie du bouquin que je n'ai pas lu: quid de la Russie, probablement restée tsariste, si elle est menacée par ce qui aurait du être eux ? Et de la France, qui influe sur une partie de la Suisse, elle aussi ?
Le personnage central semble être une huile de l'armée suisse, ce qui n'est pas forcément une mauvaise idée, mais je viens tout de suite à l'illustration de mon argument principal. Après une cinquantaine de pages, on en est toujours à chercher une quelconque trace d'intrigue ou n'importe quoi qui donne envie de continuer.
Lorsque les premières pages, qui décrive une Suisse grise, pendant l'hiver, prise dans une guerre qui prend de plus en plus des aspects de conflit sans issue, au système politique totalitaire qui tranche vraiment avec la réalité, des frontières qui on tellement bougé qu'elles résument finalement plus la Suisse à une grosse moitié de l'Europe Centrale plus qu'à ce qu'elle est vraiment, on se dit que ca le fait. Ajoutons à cela les descriptions du ciel gris, bas, de la neige boueuse par endroit et qui correspond parfaitement au bourbier que ca semble être, on se dit là encore que c'est prometteur.
Et finalement très vite, le filon s'épuise. On se contente de descriptions, et plus du ciel bas que de l'opposition de la Suisse telle qu'elle est dans le bouquin et de celle qu'elle est dans la réalité, et à force de rester dans le pictural et à oublier l'opposition qu'on a envie de voir traitée, quitte à ne pas avoir de nouvelle d'une intrigue qui devient, petit à petit, hypothétique, on finit par se rendre compte, qu'en fait, la Suisse n'existe pas.
Puisque, d'une part, les frontières ont tellement bougé qu'on pourrait aussi bien se retrouver à Budapest qu'à Berne (et ce n'est pas la nomination de quelques lieux bernois qui accorderont au lieu de quoi influencer le récit) et que, d'autre part, tout à tellement changé qu'on ne reconnait plus la Suisse, puisque tout de qui fait le charme et la singularité de la Suisse dans le monde réel à été écrasé par le modèle soviétique (qui d'ailleurs n'est pas très différent du vrai que la Russie à connu), on ne retrouve pas du tout dans le bouquin ce qui nous avait pari prometteur sur la quatrième de couverture.

En fait, on se retrouve plus dans un jeu du gobelet: le soviétique n'est pas en Russie mais en Suisse et la Suisse n'est pas en Suisse mais en Europe de l'Est; et dans l'esprit la Suisse est la Russie, mais en plus germanique. La Suisse aurait du être l'attraction du tout, mais pourquoi pas. Et plutôt que d'avoir cette partie de gobelet fureteur, on a juste des description du ciel gris, de la neige boueuse, de Berne qui porte les stigmates de la guerre (parce que c'est dit, un pont a été détruit par les allemands et les vestiges trempent encore dans l'Aar) et on finit par tourner en rond en attendant que ca démarre ou qu'il y ait deux concepts qui, mêlés, pourraient rendre le texte intéressant.
L'atmosphère des premières pages est intéressante, c'est vrai, et même à voir le thème écrit plus haut, ca pourrait presque donner envie de le feuilleter, le bouquin, mais bon. C'est comme une voiture qui ne démarre pas: plus le moteur tousse, moins il tourne. Et du coup tu fais du sur place.