11 juin 2009
Le château dans les livres
Comme promis avant avant-hier selon la date de mon dernier post, je m’attaque à la plus grande et fabuleuse des trilogie jamais écrite par un anglais.
Désolé, la pluie et surtout une sacré migraine m’ont empêché de faire le trajet depuis chez moi jusqu’au point internet qui me coûte 3.90 à chaque fois.
Je vous prie de m’excuser chers lecteurs mais la migraine c’est un peu comme si vous aviez des marteaux dans la tête qui tambourinent, l’enfer dans le cerveau. Les migraineux parmi vous comprendront.
La trilogie de Gormenghast, Phebus pour l'ancienne édition, chez points pour la nouvelle. Prix variable.
Tout se déroule dans un même lieu, un lieu fantastique, onirique, surréaliste. Le château de Gormenghast, demeure ancestrale des comtes de Gormenghast.
L’histoire débute alors avec la naissance de Titus soixante dix-septième comte d’Enfer. L’agitation est palpable au château. La célébration de cette naissance bat son plein, tant dans le domaine que dans le village des sculpteurs non loin, mais je reviendrai sur lui plus tard.
Ce qui fait la puissance de ce livre, ce n’est pas l’histoire en elle-même, elle n’est qu’un prétexte. Ce sont les personnages et le premier d’entre eux, le château et plus exactement le domaine entier. Le lecteur va se promener au fil des salles oubliées et des couloirs vides et noirs en suivant Finelame, le perfide personnage principal.
Il est dérisoire de qualifier les personnages de primaire ou secondaire, car tous ont de l’importance et seront traités de manière égale. Je vous jure que l’on peut entendre les os de Craque l’Os lorsqu’il se déplace. Il est le serviteur unique du Soixante seizième comte d’Enfer. Celui-ci passe son temps dans les livres où il trouve le réconfort nécessaire à sa condition. Et la folie. 
Pour l’anecdote, le personnage que j’aime le plus, pour ne pas dire dont j’étais amoureux, reste Fushia, fille du Comte et sœur de Titus. Elle s’ouvrira au monde par l’intermédiaire de Finelame. Son personnage reste le plus énigmatique et beau que j’ai jamais rencontré dans la littérature, car il s’agit ici de littérature et non de fantasy. Tout au plus du merveilleux, mais c’est pareil. ( cf Todorov ).
C’est tout un monde qui va s’ouvrir à vous au fur et à mesure des pages. Les lois aux origines perdues et rituels auquel chaque Comte est soumis et qui rythme la journée monotone. La Comtesse entouré de chat et d’oiseaux. Les manipulations de Finelame. Le cuisinier Lenflure dans sa guerre contre Craque l’Os.
Le village des sculpteurs lui-même est rythmé selon des rituels précis, comme le festival du château où chaque sculpteur présente son œuvre. Le gagnant voit son œuvre entreposé dans la salle des sculptures, où elle sera oubliée, hormis d’un serviteur qui s’occupe de dépoussiéré l’endroit.
Il y a ce chapitre génial après l’incendie de la bibliothèque du Comte dans lequel le Comte et sa fille sont réunis.
Le traitement des saisons est particulièrement beau. Des pages et des pages rien que dans la contemplation et la fascination du temps qui change, des années qui passent alors que le château reste invariablement le même.
Le premier tome est une merveille, le second est définitivement le meilleur. Titus a grandi et préfère à ses précepteurs faire du cheval dans les bois. Son personnage devient plus important et apparaît plus souvent dans le livre.
Enfin je ne vais pas vous raconter l’histoire. J’espère néanmoins vous avoir donné envie de lire ces livres magnifiques. J’ai délibérément oublié plusieurs personnages tels celui du médecin et de sa sœur.
Quant au troisième tome, méfiance. Je vous conseille de laisser passer un peu de temps avant de la lire, c’est totaleme
nt différent. Je ne vous raconte rien quand à l’histoire mais je vous garantis qu’il est aussi bien que les autres, quoiqu’il traite d’un tout autre sujet.
Le point le plus fort du livre, c’est le style de son écriture. C’est poétique à chaque ligne, un style lyrique pour un lieu baroque. C’est une véritable envolée à chaque page. Pas une longueur. C’est un livre plus que génial, dire ça remplacera n’importe quel baratin.
Aucun doute, Mervyn Peake était un écrivain plus que brillant autant qu’un illustrateur talentueux.
22 mars 2009
Sekai no owari to hâdo boirudo wandârando (à ta santé!)
Et en Français, on a juste traduit ça par, la fin des temps. C'est plus court quand même. J'avoue qu'à l'heure où j'écris ces lignes je ne suis pas encore aller consulter les deux japonophiles que je connais pour demander si le titre est réellement le même, parce que j'ai un petit doute...
Murakami a l'art d'écrire sur des sujets complexes, certainement difficiles à bien traiter, par des mots et des phrases simples. Cela tient peut être à sa façon de construire le récit, à nous donner les images qu'il souhaite nous donner. Aux personnages aussi. Dans sa préface, Alain Jouffroy démarre par cette phrase: Haruki Murakami est le romancier-poéte des temps qui viennent et qui effaceront peut être les nôtres. (préface présente dans ce livre et qui donne un éclairage très utile à l'oeuvre!).
L'écriture de Murakami est entraînante, captivante. Parler comme Alain Jouffroy le fait de Murakami n'est pas facile, je n'aurais pas ici la prétention de le faire aussi bien, car sous la facilité apparente de la lecture, se cache un foisonnement d'idées! Si Murakami plaît tant ce n'est pas pour rien. Vous avez le sentiment de lire quelque chose qui a beaucoup de sens sans vous écraser, sans aucune prétention que de vous enmenner quelque part, de vous faire rêver et réfléchir.
Murakami nous parle ici de l'Homme du XX eme siècle, de son possible avenir en temps qu'être. cette vie déracinée, où chacun commence à voir le sens du mot liberté se vider de sens, où certains commence à douter de l'existence autonome de leurs propres sensations, seras t-elle suivie d'une autre, inimaginable, impensable - inventée par une autre espèce d'hommes que nous? (Dixit préface d'Alain Jouffroy)
Comme dans Kafka sur le rivage, une double narration, l'une plonge notre héros dans le monde des merveilles sans merci où il fera la rencontre d'un informaticien-savant qui va changer sa vie, le plongeant de force dans une machination cruelle qui le transformera à jamais. Monde échos du notre.
L'autre narration, nous situe dans le monde de "la fin du monde". Endroit clos, étrange, où l'on doit abandonner son ombre, ses souvenirs et son coeur à la porte de ce monde. C'est le monde "parfait" que l'on découvre avec le narrateur, chapitre après chapitre. Ces deux récit s'alternent et se rejoignent, formant un tout cohérent. Et même si personnellement j'ai toujours une préférence pour Kafka sur le rivage, La fin des temps ne déçoit pas. C'est un roman profond et envoûtant, effrayant et contemporain.
L'afghan/Ravhin. (qui est désolé de ne pas avoir beaucoup de temps pour poster des articles en ce moment. Ca ira mieux après mai).
22 janvier 2009
Neige
Bien qu'on m'est conseillé avec enthousiasme et conviction la lecture de "Neige", il m'est impossible de rejoindre les avis que j'ai eu sans être faux cul.
Alors certes, le Japon du XIXe, le voyages plus où moins initiatiques là bas, avec zenitude de la neige et tout le bordel, c'est poétique et apporte du cachet au bouquin. On peut même y trouver un certain charme, malgré, pour être honnête, quelques passages où Fermine force un peu la poésie jusqu'à avoir des lignes sirupeuses, somme toute plutôt regrettable.
Pour ce qui est de la plume, on repassera. Pas vraiment écrit, malgré, je reconnais, une plume qui s'accorde avec le papier peint du bouquin, avec l'histoire pas trépidante du tout mais jolie quand même.
Dans l'épuration du style, Fermine est pire qu'Echenoz. Echenoz vire tout, même le bon, Fermine le fait aussi, mais en pire. Là où sa plume est passée, les mots n'ont visiblement pas repoussés.
Je veux dire par là que malheureusement, Fermine n'explore pas la langue ni ne joue avec. C'est malheureux...
30 décembre 2008
Lis !
Qu'on me passe le catalogage de la littérature francophone avec les francais, mais c'est plus pratique. Alors bon...
"Hier", Agota Kristof, Points. Enfin, je veux dire, collection Points.
Et pour éclipser "Brummstein", y'a pas mieux. Même pour éclipser "La
traversée du Mozambique par temps calme", "Où on va, Papa ?", et même
aussi "Folk", et les autres d'avant, qui ne sont quand même pas des
merdes. En effet, c'est gris et pas très joyeux, mais, c'est super bien
écrit. Dans un style qui se prend pas la tête, qui va à l'essentiel,
qui ne s'encombre pas d'inutile, mais qui raconte ce qu'il faut, qui
dépeind bien le vrai quotidien, qui n'embellit pas. Vous allez penser,
très certainement, que j'éxagère et pourtant je pèse mes mots: Agota
Kristof est une auteur à avoir lu dans sa vie. Crever sans avoir lu au
moins un bouquin d'Agota Kristof, ce serait au moins passible de la
peine capitale. C'est tellement bien foutu qu'on a plus rien à rajouter
à près. Lis moi ca, tu m'en diras des nouvelles.
15 novembre 2008
Le problème, c'est que le cadavre est resté vivant
Ah, Alexandre Ikonnikov ! Voilà un homme qui doit être heureux d'être
russe. S'il vivait en France, on aurait pu faire des quintaux de
calembours pourris et autres jeux de vaseux sur son nom.
Et en plus,
il n'écrit pas trop mal. Pas de quoi faire un prix Andrei Biely, mais
il faut bien remarquer que ca ferait mal au coeur quand ême d'utiliser
son bouquin pour emballer un maquereau fraichement pêché. Alors que
pour Guillaume Musso ca poserait pas de problème: ca s'appelle le
recyclage et Delanoe est pour.
Pour en revenir à Ikonnikov, c'est
plaisant, disais-je. Ca reflète assez bien la Russie actuelle et la
montre sous un angle qu'on ne connait pas tellement enfin de compte, ca
ne montre pas les intrigues compliquées des hautees sphères du pouvoir,
des dollars (oui, je sais, mais il y a encore quelques années, le
dollar était plus utilisé dans l'ex-URSS que le rouble, trop dévalué)
et de la coke. Ca ne montre pas Poutine mais un Sotnikov. Ou pour
donner un élément de comparaison, ca ne montre pas un Sarko, mais un
Fouselier (par exemple. enfin, j'entends par "Fouselier" un inconnu, un
gérant d'une Brioche Dorée ou un magasinier de Monoprix, même si là
bas, on parle plus de postier ou de directeur de kolkhoze.)
Le tout
se présente sous forme de nouvelles assez courtes et de temps à autres
assez décalées, ce qui laisse place à des phrases complètement
absurdes, telles "Le problème, c'est que le cadavre est resté vivant"
ou bien à propos d'une course de jeep organisée dans un stade municipal
par l'armée: "Il a foncé pleins gaz dans la tribune en criant "Bordel
de merde, qu'est que que vous avez tous à me regarder comme des cons
?". On se retrouve avec des quidams se retrouvant par un concours de
circonstances à s'endormir dans un cercueil avec un sac de comcombres
trempés à la main, un racketteur sympathisant avec sa victime et lui
offrant finalement une vodka... Il n'est pas interdit de s'imaginer que
ce livre, "Dernières nouvelles du bourbier" est noir mais ce serait se
tromper. Même si les thèmes des nouvelles ne sont pas des plus joyeux,
c'est un livre qui reste assez gai grâce à l'humour grincant dont
Ikonnikov a fait preuve. C'est corosif, c'est hilarant, ca rince des
tripes et la rate.
Si le cercle de lecture des Mouches sont des
casse-cou de la littérature et prêts à s'aventurer dans des auteurs
dont la notoriété ne doit pas dépasser Brest-Litovsk, "Dernières
nouvelles du bourbier" pourrait parfaitement être un bon choix. Mais
qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit. Je ne veux
influencer personne.
