08 octobre 2009
Nous les robots!
Ayant depuis longtemps terminé le cycle de Fondation et alors que je ne vous ai toujours pas fait la "critique" des tomes 4 et 5, je vais néanmoins vous toucher un mots sur les 520 premières pages de ce livre. Plus précisément, de la première partie intitulé "Nous les robots". Le reste, je ne l'ai pas encore lu.
Cette partie rassemble 33 nouvelles de robots écrites par Monsieur Isaac. Je me dois de vous dire que si vous avez aimez ses romans, vous adorerez ses nouvelles. Je dirais même qu'elles sont meilleurs, tant son style clair et efficace s'y intègre bien. Tant le message qu'il veut nous faire passer, atteint son but. Dans sa préface, Jacques Goimard commence par ces termes:
"La quintessence d'Asimov, c'est la clarté. Son écriture est si transparente que l'on ne la voit pas. Ses exposés sont si limpides qu'on n'y perd jamais le fil. Avec lui, rien n'est opaque, impénétrable ou rebutant. Toute son œuvre est un monument à la déesse Évidence. Il est le parfait héritier actuel d'une tradition culturelle éminente: la lumière grecque, la sérénité goethéenne, la pureté bien ordonnée des grands classiques français [...]."
Asimov aime la Science et la robotique. A chacune de ses nouvelles, il explore et développe une thématique, une idée. A la fois pour nous émouvoir et nous apprendre. Il est le père des "robots" et a voulu les comprendre. La question des robots dans notre société l'interroge. Les trois lois, que vous devez tous connaître:
1) Un robot ne peut nuire à un être humain ni laisser sans assistance un être humain en danger.
2) Un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par les êtres humains, sauf quand ces ordres sont incompatibles avec la première Loi.
3) Un robot doit protéger sa propre existence tant que cette protection n'est pas incompatible avec la Première ou la Deuxième Loi.
A travers ces trois Lois, Asimov invente pour comprendre. Chacune de ces nouvelles sont excellentes, certaines sont meilleurs mais toutes sont géniales! Par ses histoires de robots, c'est le scientifique avide de comprendre et de nous faire comprendre qui parle. Son style est curieux, interrogateur, passionnant! Il sait nous émouvoir et nous surprendre, amener le récit et le suspense. Poser des questions et quelques fois, des réponses...
Les nouvelles sur les robots d'Asimov est LE volume de l'auteur que je vous recommande le plus. Riche, intelligent, il sera vous émouvoir. Ce n'est pas juste de la "sf", mais de la curiosité pour la science, l'avenir, les robots, nos rapport avec eux...
Je vous conseille d'opter pour le volume chez omnibus, certaines nouvelles récentes ne figurent pas dans les volumes de poche. Ajouter à cela les deux romans et cela vous fera moins chère. En plus, le papier est plus beau, car un bouquin comme celui là!... (sourire niais d'un mec épaté!)
Ravhin
27 juillet 2009
Un combat
Je me suis dit que tiens, l'expérience du Pigeon ayant été probante, un autre Süskind ne pourrait pas faire de mal. Ben merde...
Pour être honnête, j'aurais aimé être satisfait par Süskind, mais à bien y regarder, il n'y a pas vraiment le compte.
Comme dans pas mal de recueil de nouvelles, le tout est assez hétérogène et irrégulier, certaines idées sont travaillées, d'autres sont plus poussives et peuvent faire penser à du remplissage. Toutefois, on ne me fera pas croire que Süskind a travaillé ces nouvelles comme il avait travaillé Le Pigeon. Le style est assez superficiel, et dans nombre d'idées qui méritent un développement conséquent, Süskind se contente d'énoncer en quelques phrases ce dont il veut parler sans vraiment aller dans le fond des choses.
Le résultat donne des nouvelles très rythmées mais sans temps de repos. Comme un film d'action de deux heures quarante: à force d'explosion et de rafales de famas furieux, on se lasse et on zappe. C'est exactement ce qui arrive, un évènement qui demanderait quelques pages pour lui se réduit à un paragraphe et on se retrouve avec une nouvelle de huit pages qui en supporterait une trentaine.
C'est bien dommage...
26 juin 2009
Microfictions
Comme on pouvait s'y attendre, Microfictions n'échappe pas à la règle stricte des recueils de nouvelles. En gros, c'est assez irrégulier.
Distinguons tout de même deux catégories de recueil. Prenons par exemple Corinna Bille, nouvelliste suisse, dont on sent à la lecture le caractère et l'ambiance singulière de ses histoires ou anecdotes. Régis Jauffret, lui, a livre il ya quelques années maintenant un paveton d'à peu près mille pages et contenant autant de nouvelles, d'une page chacune. Evidemment, certains thèmes abordés ne le sont que sommairement, alors que d'autres ne méritaient pas forcément plus d'approfondissement que ca; certains se sont vus amputés de la chute alors que d'autres ont une conclusion digne de leur développement; certaines ont une ligne simple et définie qui contraste avec d'autres plus confuses; si bien qu'on passe sans arrêt du coq à l'âne.
On peut même avoir l'impression, à vrai dire, que les idées qui ont du fleurir simultanément chez Jauffret se sont étouffées entre elles en voulant être exploitées en même temps. Une compétition se créent entre toute jusqu'à ce que toute y perdent quelques plumes. D'autres, à l'inverse n'ont aucune ambition particulière, comme si l'auteur avait voulu arriver au chiffre symbolique des milles nouvelles et avait du remplir pour atteindre l'objectif.
Pourtant, même si Jauffret aurait pu faire un tri, ce bouquin, sorte de souk littéraire (au bon sens du terme) ou de bazar de proximité (où l'on peut par exemple acheter à dix heures et quart, le soir, des pics à apéritifs parce que les invités arrivent mais qu'on vient de s'aprcevoir qu'on manque de quoi planter dans les amuses-gueule) où l'on trouve de tout et de rien. Loin de moi l'idée de me la péter une nouvelle fois avec Pennac, mais lui même, Gallimardien également, affirmait le droit imprescriptible du lecteur: on peut piocher dans les bouquins. En d'autres termes, une nouvelle pas satisfaisante peut être sautée.
Comme quoi...
29 mars 2009
Anthologie
Anthologie de la nouvelle
Serbe, Gaïa au prix de 25 €
Vous trouverez cet ouvrage d’occasion
au Gibert Joseph 5e arrondissement.
J’ai dévoré ce livre. J’avais
des a priori concernant la littérature de l’est. Je ne m’en cache pas. Ayant
connu quelques déboires avec Dostoïevski à mes premières heures littéraires. Je
me suis réconcilié depuis avec lui grâce au « Joueur »
Puis est venu après
copieusement épuisé ce livre, la curiosité d’approfondir dans cette voie lorsque
j’ai entendu parlé de cette anthologie.
J’ai donc acheté ce livre. Et
là s’est produit le choc.
C’est fort, c’est puissant, c’est
vrai. C’est un imbroglio drôlement bien agencé. Une littérature nourrie de siècles
d’histoire, et pas n’importe quelle histoire, pas la fainéantise de la littérature
française ou anglaise. Non une véritable histoire, c’est un sacré choc que de
lire ça.
Même si la guerre reste une
ritournelle dans les thèmes abordés, elle reste le prétexte à la libération des
mots, de toile de fond de personnages presque lyriques.
C’est une envolée comme j’en
ai rarement vu. Tant dans la forme que sur le fond, les deux se rejoignent, s’entrecroisent,
jouet à cache-cache par moments.
Non vraiment c’est une découverte
inouïe et je m’y replonge parfois.
J’avais voulu du changement
dans mes lectures, et ça mes amis c’en est un.
La nouvelle a encore de biens
beaux et longs jours devant elle. Je me retrouvé errants dans les rues décrites
aux côtés des personnages. J’ai même partagés certains déboires. Je laisse le
soin au lecteur d’imaginer lesquelles.
La critique est courte
certes, mais je suis à court de vocabulaire autre que « c’est beau ».
16 mars 2009
La vengeance de la pelouse
Qui n'a pas lu Brautigan se doit de le lire. La vengeance de la pelouse en premier lieu, dans laquelle il expose pêle mêle de courtes histoires probablement vécues, et transcrites dans un style très dépouillé, juste assez pour se laisser le soin de replacer une ligne totalement absurde. Prenons pas exemple la description d'une roulote crade sous un ciel gris dans laquelle se confine un bucheron illéttré et retraité ayant pour seul compagnon une créature mi-chien mi-chat honorant les visiteurs d'un "miaouf".
Je reconnais ne pas savoir retranscrire une anecdote comme Brautigan le fait lui même et le réussit, il n'y a que lui pour raconter des faits comme La vangeance de la pelouse, et probablement comme dans ses autres volumes.
On peut aussi vanter ce bouquin comme plongeant son lecteur dans les Etats-Unis des années 1950, comme une série de textes qui se lisent tout seuls, comme un livre de nouvelles, et par conséquent tronconnable et grapillable à souhait, mais la facon dont Brautigan raconte les anecdotes qu'il a vues ou entendues supplante tout autre argument, jusqu'à le rendre superflu. Tout simplement.
10 mars 2009
Le coeur à genoux
Prenons un adolescent. Ou plutot un jeune adulte. La vingtaine, à peine. Attifons le d'un jean à la mode, d'une veste chère et d'une chemise à rayures discrètes (rouges, disons). Coiffons le en mettent sur le côté sa mèche blonde et laissons lui une barbe de trois jours pour qu'il s'imagine ne pas se raser pas tous les jours même s'il taille son duvet de trois jours pour que ca ait l'air négligé. Nous avons donc un parfait jeune minet aseptisé du seizième arrondissement de Paris. Appelons le Aymeric. Et mettons le au féminin. Nous obtenons Alexandra Geyser.
Alexandra Geyser livre un bouquin assez mauvais. Il y est question d'une allumeuse lamentable qui drague des tchèques lamentables et couche lamentablement. Dans un style, lamentable également, Geyser nous sort une histoire répondant à tous les stéréotype des post-ados du seizième (d'où Aymeric, qui n'a rien à voir avec le roman, mais qui est en quelque sorte le jeune habitant moyen de ces quartiers).
Stylistiquement, Le coeur à genoux fait l'affaire quelques lignes. On se dit qu'une page écrite comme ca, c'est pas mal. Mais le problème est que toutes les pages se ressemblent, disent la même chose, de la même manière. Ca parle de sexe comme un ado vierge en parle: "Je bande, je suis amoureux"/"Je mouille, je suis amoureuse". On peut même s'apercevoir après deux chapitres qu'on vient de plonger dans une piscine sans eau, ou suffisamment peu pour garder l'ongle du gros orteil tout sec.
La construction, elle aussi, est à revoir. Non pas parce qu'elle est nulle, mais parce qu'elle ne se contente pas de l'être.
Pour faire simple, chaque chapitre donne un point de vue et un narrateur différent. On peut se dire que c'est bien, que ca donne du rythme au récit, mais même pas. Ou alors, tous les personnages dans le monde s'expriment de la même manière et pensent pareil, ce qui là encore fait penser au marasme argentouillé du seizième. On passe de la petite nympho mineure au barman tchèque sans s'en apercevoir, tout est écrit pareil et le livre en arrive à être aseptisé et à devenir un oscilloscope éteint. Ou un encéphalogramme plat, ca marche aussi.
Pour ce qui est de l'homogéneité, donc, on repassera, d'autant plus que Geyser s'essaye à la poésie, en intercalant au pif quelques vers qui ne sont pas sans rappeler les lignes les plus pompeuses de Florian Zeller. C'est creux et prétentieux. C'est vide et vain. Comme Zeller et comme le seizième. Quoique Zeller a l'avantage d'avoir un ou deux amateurs qui font qu'on trouve ses bouquins relativement facilement, ce qui ne sera probablement pas le cas de Geyser.
La conclusion de départ, que j'avais imaginé en lisant le bouquin était de dire que je suis courageux d'être allé au bout, mais j'espère que si j'avoue m'être arrêté avant la centième page, vous ne n'en voudrez pas. Je n'aime pas les auteurs persuadés d'être bons, au point de s'écouter écrire, et précisant même entre parenthèses que la phrase précédente est une figure de style, et ce qu'il faut y lire.
Pourtant, c'aurait pu être bien si elle avait su se débarasser de sa
prétention adolescente, et si elle avait lu de bon auteurs, aussi, ce
qui aurait pu lui souffler à l'oreille quelques procédés littéraires
plus sérieux que le seul qu'elle connait.
05 mars 2009
Gloire
En le voyant sur la table, je me suis dit que puisque Les arpenteurs du monde était pas mal, Gloire devait être dans la lignée.
Gloire se compose de neuf nouvelles qui, éventuellement, peuvent avoir un lien entre elles. Encore que. Elles ne sont liées que par paire, quand elles trouvent dans le bouquin une siamoise digne d'être leur soeur. On trouve, pour ne citer que la meilleure et la plus rigolote, voire même la seule digne d'être relevée, un citoyen allemand banal, qui répare des PC récalcitrants, qui du jour au lendemain recoit sur son portable des appels qui ne lui sont pas destinés, mais qui tendent vers Ralf, un homme qu'il n'a jamais vu. Excédé dans un premier temps, le techinicien se prend au jeu et répond aux appels en se faisant passer pour le destinataire espéré. On trouve donc quelques actes gratuits, mais marrants, comme lorsqu'il hurle dans le téléphone "On annule tout !" sans avoir la moindre idée de son interlocuteur, du sujet de la conversation, ni même de ce qu'il annule. Pourtant, aussi cocasse soit-elle, cette nouvelle aurait pu être géniale si Kehlmann avait eu lidée (géniale, elle aussi) de l'écrire avec un peu d'inventivité, même un petit peu. Mais non.
Pour ceux qui, malgré tout, sont tentés par le nouveau né de l'auteur des Arpenteurs du Monde, je préfère vous prévenir, la meilleure est la première, les autres le sont moins et le recueil est au final un dégradé de couleurs. Mais la première peut valoir le coup quand même, si vous n'avez rien à lire, un soir, esseulé(e) dans le salon, sans rien à la télé ni amis dispos.
21 décembre 2008
Il n'y a pas que Delerm qui s'appelle Philippe
Le dernier livre de Philippe Fenwick est un recueil de nouvelles assez
hétéroclite qui porte bien son titre. On met ce qu'on veut, dans le mot
folk, un mot un peu fourre tout. On y trouve à peu près que des
situations singulières et assez étranges mais qui, à lire les
nouvelles, peuvent arriver de facon plutôt normale ou en tout cas pas
vraiment improbable. Le bouquin n'a pas ambition de faire de longues
pages qui se prennent la tête et d'intellectualiser à mort des
situations qui peuvent paraitre bizarre jusqu'à en faire une peinture
contemporaine avec un cercle rouge sous un carré vert qui symbolise la
crise économique et les spaghettis. Folk, des petites fictions
rapportées par Fenwick, et on fait ce qu'on veut des histoires, on les
interprète comme on veut, on les dissèque comme on veut. C'est
détendant. Ca ne se prend pas la tête. Et quelques semaines plus tard,
on est content de trouver comment parler de Folk, qui comme ses
histoires, est assez singulier, comme livre.

