19 octobre 2009
Le violon de Rotschild
En voilà une critique dont la rédaction s'annonce épineuse. Le violon de Rotschild, petit texte de Tchékhov, ne pèse que trente pages. Le but est d'en parler sans le parapgraser jusqu'à retranscrire le récit entier avec des mots différent.
Pour planter le décor (mais le planter dans quoi ?), Iakov est vieux, il habite une petite isba depuis quarante ans avec sa femme, et fabrique des cercueils. Iakov compte plus les sous qu'il ne gagne pas que ceux qu'il gagne. Jusqu'au jour ou Marfia, madame Iakov s'éteint. Autant s'arrêter là, vous en savez déjà beaucoup, hélas.
Pourtant, cette petite fable dans la Russie du XIXe passe toute seule. Elle regorge de Tchékhov, évidemment, de petits détails pas vraiment capitaux mais sans lesquels il manquerait quelque chose au texte (aspect qu'on retrouve encore maintenant chez les russes, Zakhar Prilepine le premier). Tchékhov, c'est celui qui écrit sobrement, sans aucune fioriture, et à qui on peut reconnaitre ce que peu d'auteurs ont. Tchékhov est né avec le mot juste. En toute circonstance. Pour tout.
Quant à la remarque qui va suivre, permettez moi de la compléter par d'autre remarques: premièrement, j'ai pesé scrupuleusement mes mots avant de la formuler; deuxièmement, je replace cette remarque partout depuis plusieurs années, depuis que j'ai lu L'ours, comme quoi, ca date pas d'hier.
Maintenant que la préface de la remarque tient la route, je vais pouvoir la coller comme conclusion: Tchékhov se place parmi les meilleurs auteurs jamais publiés.
Là !
18 octobre 2009
San'kia
La quatrième de couverture vante les mérites de Zakhar Prilepine, allant jusqu'à le taxer d'être populaire en Russie, d'être le fer de lance de la nouvelle génération d'auteurs russes contemporains. L'argument principal étant de dire que Prilepine plait à tous: aux vieux parce qu'il montre une jeunesse fade, aux jeunes parce qu'ils l'interprètent dynamique; à l'extrême gauche parce qu'il montre la génération jeune qui veut faire bouger la Russie, aux sympathisants du pouvoir parce qu'il met en scène des jeunes militants qui n'arriveront jamais à rien; etc...
On peut même aller jusqu'à dire que Prilepine a inventé le roman neutre, dans lequel chacun reconnait son époque, son entourage, sa situation, et dans lequel chacun se trouve caressé à lisse-poil, ce qui est toujours agréable, et dans lequel chacun se reconnait par la propre interprétation que chacun fait du roman et des personnages. On peut où bien voir (dans San'kia, du moins) des futurs grandes personnalités influentes, ou de futurs hommes respectables à défaut d'être grandioses, ou des ratés persuadés d'être déjà grands, ou des gentils voulant déjà être influents, ou faire partie d'une masse qui l'est tout en étant individuellement en accordéon, prisonnier entre la vivacité et les moments plus calmes, entre le rythme effréné et celui extrêmement lent.
Ce qui saute au yeux, finalement, est que les points de vues sont très différents les uns des autres, mais qu'après la lecture, on s'apercoit qu'aucun ne prime vraiment sur les autres. On est partagé entre tous et on a même pas forcément besoin d'un tiers (en plus de soi et du livre) pour le cerner, puisque d'une part, San'kia est incernable, et que d'autres part, la profusion d'interprétation qui jaillirait d'un cercle de lecture jaillit en soi même tout seul.
Puisqu'il faut bien dire deux mots sur l'histoire, San'kia est le diminutif de Sacha (entre autres, d'où le piège chez les russes, si tu rencontres un Sacha, un San'kia, un Sanietchka et un Sania, il est fort possible que tu ne rencontre qu'une personne. Chaque prénom est là bas déclinable une dizaine de fois). Il a la vingtaine, est un membre actif d'un parti qui veux révolutionner la Russie, changer le monde, et se contente de casser en attendant de trouver quoi faire de mieux. Derrière la brute du premier chapitre, Sania (je change le diminutif mais pas le personnage, c'est pour voir si vous suivez) se trouve être empêtré dans l'âge du vieil ado et du jeune adulte, qui peine un peu à décoller. Intimidant et ailé en groupe, vulnérable et/ou dérisoire seul.
On devine assez vite que Prilepine décrit le jeune russe type à travers son personnage, et que la fresque qu'il nous met sous les yeux et qui entremêle toute sorte de personnages, entre CRS russes, profs de philo, vétéran de l'Afghanistan, caucasien éméché, fantômes des défunts de la famille, fantômes des vivants de la famille ou autres protagonistes, est un point de vue malicieux qui peut passer pour l'apologie ou le pamphlet de la jeunesse russe actuelle.
Alors évidemment, mais c'est pas une raison pour ne pas le lire ou pour ne pas au moins se pencher sur San'kia, c'est un portrait de la Russie qui évidemment a fonctionné là bas parce que c'est là bas. Mais quand même.
Prilepine peut avoir un oeil malicieux, voir amusé, en voyant son lectorat remarquer qu'il a pris position par rapport à son thème sans pour autant dégager de conclusion évidemte, ni de point de vue évident, et sans qu'on sache même comment lui nous l'a présenté, ni ce qu'il en pense. Pourtant, on devine qu'il a un point de vue tranché la dessus, mais à force de le retourner dans tous les sens, on finit par ne plus savoir où est l'envers de l'endroit. C'est un livre couteau suisse, un roman aux aspects sociologiques indéniables et rigoureux.
Et Prilepine nous montre qu'il n'est pas une cacahuète sur un clavier d'ordi.
25 septembre 2009
Il va pleuvoir, un jour
Les listes des prix sont tombées. Au moins celles des plus importants. Et rien que pour passer le temps, je vous livre en avant première mes pronostics rien qu'à moi, que complèteront sans doute vos pronostics à vous.
Pour le Goncourt, je ne vois pas trop qui pourrait venir chatouiller Mauvignier (Des hommes, Minuit). Là, pas de suspense.
Pour le Renaudot, en revanche, j'imagine plutôt le coup tordu, je verrais bien un oustider sortir de nulle part, comme Olivier Sebban (Le jour est votre nom, Seuil)
Je suis dans l'expectative pour le Femina, le seul bouquin de leur sélection que j'ai lu, c'est La délicatesse, de Foenkinos, mais ce n'est pas vraiment le genre de bouquin que ce jury prime d'habitude. Alors bon, je vais dire Noëlle Revaz (Efina, Gallimard), parce qu'il faut bien Gallimard quelque part...
L'Interallié, je le verrais bien pour Minh Tran Huy (La double vie d'Anna Song, Actes Sud).
Le Médicis, je suis sur qu'il reviendra à Vincent Message (Les veilleurs, Seuil), parce qu'il faut bien un prix mérité, et qu'en plus, il a tout pour être primé cette année.
23 septembre 2009
L.A... j'en ai le vertige
J'étais en Allemagne quand on m'a parlé de ce bouquin, à ce moment, il n'était pas encore publié en France. La personne qui m'en avais parlé a vécu un temps à Los Angeles et après lecture du roman, s'est trouvé toute étonné d'y avoir survécu...
L.A..
La ville de la démesure.
La ville du cinéma. La ville des gangs. La ville des espoirs. La ville du porno. La ville des paillette et du faux semblants. La ville la plus folle. La ville la plus dangereuse. La ville qui réalise tous les rêves. Pas forcément les vôtres.La ville la plus. La plus... la plus!... La ville vers laquelle tout l'Amérique se dirige.
C'est un portrait dingue d'une ville complément dingue et incroyable. Un tableau ou se mêle répulsion et fascination. Portrait d'une ville à travers le destin de personnes prisent au hasard. Des destins projetés dans la tourmente de L.A. Certains ne font qu'une apparition sommaire, d'autres se retrouvent au fil des chapitres, mais aucun ne sort indemne de cette ville, pour le bien, ou pour le pire. On tente d'y faire sa vie, poussé par la lumière et l'aura de cette ville, on y vient pour vivre à fond ses rêves, au prix parfois de se casser la gueule.
C'est sobre. Parfois brutal et piquant. Émouvant par moment. Mais toujours, toujours! Fascinant!
"[...]Ce roman résonne des millions de vies qui, misent ensemble, décrivent une ville, une culture et une époque.[...]
Ravhin.
20 septembre 2009
Mes illusions donnent sur la cour
Le premier bouquin qu'on m'a demandé le jour où je suis revenu de mes vacances bien méritées, c'était Mes illusions donnent sur la cour. Le deuxième, aussi. Vous comprendrez bien que ca a attisé ma curiosité. Sans aide informatique, je pense que je n'aurais jamais trouvé le bouquin, et soit dit entre nous, ca n'aurait pas été une perte.
Mes illusions donnent sur la cour n'a pas besoin de pitch particulier. Sacha Sperling, l'auteur, probablement édité parce qu'il est le fils d'Alexandre Arcady et Diane Kurys, tout deux réalisateurs pas forcément mauvais lorsqu'ils s'y mettent, approuvera certainement le pitch suivant et rachitique: Sacha, le personnage principal, est un ado qui va rentrer en troisième et qui se fait chier partout. On peut même rajouter, puisque ca crève les yeux, qu'il est atteint de dépression juvénile.
Le plus dommage est que ladite dépression se ressent dans le récit. On se retrouve plongé dans la peau du prof de francais qui a relevé les copies et qui lit les mauvais récits de ses élèves desquels suintent une certaine non-motivation. "Fait ièch, la prof de francais 'è veut qu'on fasse une rédac, stro nul ! En plus, j'comprends même pas l'sujet !". Il y a de quoi déprimer le prof. Dans le cas présent, il y a de quoi déprimer le lecteur. J'imagine que le meilleur signe de démotivation de l'élève pour une rédac se remarque dans l'anorexie dont ses phrases sont atteintes (ceci dit, j'attends malgré tout l'approbation d'un prof de francais), et c'est exactement ce qu'on retrouve chez Sperling: sujet+verbe+complément et on enchaine avec un point parce que faut pas déconner, ca fait mal au poignet, merde. Voire même, de temps à autre, un enchainement de plusieurs phrases sans complément.
On peut retrouver ce style chez d'autres pourtant, dans quelques polars, les phrases courtes tiennent en haleine; dans tout récit dans lequel le narrateur ne sait pas ce qui va lui arriver, les phrases courtes pullulent et donnent de la vie au récit. La condition sine qua non pour que la phrase courte tienne le récit est encore qu'il y est un récit, des trucsà dire, des évènements à mettre, des rebondissements à apporter. C'est bien ce qui manque. On lit que Sacha va à Disney et fume un joint. Qu'il prend une glace. Qu'il invite un pote. Etc... Il n'y a rien qui puisse justifier une quelconque intrigue.
Les rares sursauts de sa plume, les rares tournures qu'il emploie pour nous sortir de notre torpeur ou de notre apoplexie ne sont pas sans rappeler Florian Zeller, hélas.
Mais je vous vois venir, vous allez me sortir que j'ai vanté Moins que zéro, de Bret Easton Ellis, sur ce même blog, et qu'à bien y regarder, les contenus peuvent se ressembler. Certes.
Dans les deux cas, on se retrouve dans la jeunesse dorée, dans le vide qui la caractérise, dans le manque de profondeur, dans les ragots à deux balles ("Est-ce que Daniel et Blair ont couché ensemble ?", ce qui laisse place de longues réflexions pendant des jours dans une société dépeinte comme un sautoir géant où de toutes facons tous les ados couchent ensemble, quelque soit le sexe), et tout les gadgets qui l'accompagnent d'habitude.
Les différences ne sont pas nombreuses mais évidentes. Sacha Sperling est de cette jeunesse dorée, et son récit donne l'impression d'être une autobiographie, auquel cas, elle est effectivement ratée, allant jusqu'à vanter les problème de la jeunesse dorée ("J'ai eu 8 en maths, je vais me suicider" / "Je dois être chez Lorraine à huit heures, mais je n'ai pas mes Convers aux pieds, je dois repasser chez moi les mettre, je serais en retard, je vais me suicider"). Le point de vue duquel se placait Ellis était externe, complètement distant, comme quoi, quant on parle de ses expériences, c'est toujours mieux avec du recul.
D'autre part, sur la jeunesse dorée en elle même, Ellis était aussi plus efficace. L'idée de dépeindre le vide d'une jeunesse qui n'a aucun sens de la mesure dans un pays qui n'a pas non plus le sens de la mesure donne une impression d'hyperbole permanente, d'éxagération constante qui justement, fait tout dans Moins que zéro. Serling tente de prendre le filon d'Ellis (ce qui n'est pas forcément une idée à laisser en plan) mais prend le même cadre dans un pays plutôt normal, dans lequel le pognon n'est pas une jungle, ni l'expression de l'anarchie, ni poussée à son paroxysme comme c'est le cas aux Etats-Unis.
Le plus étrange, dans tout ca, réside surtout dans l'accueil dithyrambique que lui ont réservé les critiques. Il ne faut pas craindre, à mon sens, de s'engueuler avec Diane Kurys en disant honnêtement que le bouquin de son fils ne pèse pas lourd dans le paysage littéraire, qualitativement, j'entends. Evidemment, économiquement, ca se vend. Non pas que j'espère ne pas vendre Mes illusions donnent sur la cour, mais cette rentrée littéraire vaut mieux que ca. Lisez plutôt Les veilleurs ou Culte, c'est quand même autre chose.
14 septembre 2009
Les veilleurs
Si l'on prend en compte mon caractère extraordinaire, on peut prendre mon pari au sérieux: Les veilleurs aura un prix. Je n'ai pas spécialement d'info dessus, mais je suis prêt à le parier.
D'abord parce que quoiqu'on dise, Message à le profil type pour être le fer de lance des éditions du Seuil pour cette rentrée (ou pour la rentrée du Seuil, plus exactement), il a bonne presse, il est partout, il bénéficie de la sympathie du public (ou parce qu'il est jeune, ou parce qu'il publie son premier roman, ou les deux). On peut même le rapprocher de l'aura qui émanait de Là où les tigres sont chez eux (Zulma, 2008) de Blas de Roblès lors de la dernière rentrée automnale. Premier roman, bonne tête, de quoi assurer une place dans les listes des différents prix et de provoquer des discussions quant au sacre autour des tables où l'on décide des lauréats.
Quant au contenu, force est de constater que quelque chose émane du bouquin, même fermé sur une table de nuit. Ne serait-ce qu'en se familiarisant avec l'intrigue, en lisant le synopsis, on voit bien que la rentrée littéraire de cette année repose (entre autres) dessus.
Un homme transparent, que personne ne remarque, plus transparent encore que n'importe quel badaud, sort dans la rue et abat de sang froid trois passants qui avaient le tort de passer au mauvais endroit au mauvais moment, avant de piquer un somme sur les cadavres. On apprend vite que parmi les victimes se trouve une étudiante polonaise qui se trouvait être la maitresse du maire de la ville, qui s'apprête à entamer sa campagne pour prendre sa propre succession à la mairie. Ledit maire a attendu l'enquête et hâté le procès pour faire taire l'opposition qui commencait à avancer l'argument de l'insécurité. Le meurtrier est condamné à perpétuité et très vite, est transféré dans une clinique spécialisée, dirigée par un psychiatre qui fait grincer des dents parce que ses bons résultats sont difficilement contestables. Le psychiatre va devoir collaborer avec un ancien flic, à la demande du maire qu'on devine de plus en plus comme un des hommes les plus importants du pays, pour tenter d'affirmer non la culpabilité du meurtrier, avérée par la cinquantaine de témoins, mais sa responsabilité pénale, ou en d'autres termes, s'il a agit par lui même, ou sur ordre de quelqu'un, ou s'il était manipulé. Evidemment, et parce que c'est pas drôle sinon, la tâche est ardue, il faut enquêter sur un semi-amnésique qui se connait à peine lui même et élucider un mystère que personne au cours des deux derniers mois n'ont pu venir à bout.
Qu'on ne s'inquiète pas, il n' s'agit pas d'un énième polar qui serait adapté au ciné avec Bruce Willis et Christian Bale, d'un genre surfait à force revisites et de réécritures permanentes, bien au contraire. Une fois terminé, j'ai essayé de trouver un élément de comparaison, un auteur ou un bouquin de qui rapprocher Les veilleurs. Je n'ai pas trouvé. D'un côté, on peut le rapprocher de Julien Capron par la ville imaginaire dans le pays imaginaire dans lequel l'action de déroule, à la fois proche de notre monde et totalement différent, obéissant à l'obligation de recréer totalement une mégapole, et carrément une société et un mode de fonctionnement, un quotidien, même, comme avait pu le fiare Capron dans ses bouquins (même si dans ce domaine, Capron à trouvé, parmi les jeunes auteurs, quelqu'un de plus balèze que lui); on peut s'imaginer aussi quelques touches de Cormac McCarthy, dans la restitution des ambiances par des descriptions pas vraiment grandioses ni compactes, justes simples et efficaces; du Harlan Coben dans l'esprit et l'entretien de l'intrigue, la construction alambiquée (parfois trop, même) du récit; on peut aussi trouver un auteur de polar psychologique (mais j'ai beau chercher, je n'en connais pas de vraiment bon, Ravhin va surement nous éclairer là dessus) qui fouille à ce point ses personnages, détaille à ce point son intrigue; Stieg Larsson pour le détail de ses ambiances, même si force est de constater que le succès de Millenium à l'étranger se doit aux ambiances décrites et au cadre de la Suède qu'on ne connait pas forcément partout dans le Monde...
Même si a bien y réfléchir, ca ressemble à tellement d'auteurs que ca ne ressemble plus vraiment à l'un ou à l'autre. A force de ressembler à tout, on finit par ne ressembler qu'à soi. Ben voilà. Tout ca pour dire que je n'ai trouvé personne à qui comparer Vincent Message.
Pour autant, évitons toute méprise dommageable, il s'agit bien là d'un roman de littérature générale. Et c'est là la malice de Message, qui, puisqu'il a inventé un pays, une capitale (ou en tout cas une ville sacrément importante), peut se permettre de critiquer ce qu'il trouve empreint de lacune, comme des systèmes carcéral ou psychiatrique par lesquels il doit viser des instutitions existantes mais qu'il peut se permettre de critiquer puisqu'il les a inventés, même en s'étant inspiré d'un univers existant.
Allez, prenez une aspirine. Et Les veilleurs, aussi. Je vais devoir vous lâcher la grappe et m'arrêter de moi même pour éviter de faire un article au nombre de lignes infini, ou trop imbouffables parce que trop long. Le seul conseil que je peux vous donner est d'éavoir le courage de vous lancer dans un long bouquin, et de couper sa densité par d'autres lectures.
05 septembre 2009
La faculté des rêves
Commencons par être honnête: je ne suis pas allé jusqu'au bout de la faculté des rêves. Qu'on ne m'en veuille néanmoins pas, j'ai essayé.
Dès que le livre est arrivé, il a interpellé un grand nombre de personnes qui sont passées devant. On se retrouve face à l'univers de Valerie Solanas, prostituée américaine qui, dans les années 1960 a tenté de buter Andy Warhol pour se faire un nom. Le récit avait l'air d'être construit dans un enchevêtrement de prose, de théâtre, quelques vers, de courts chapitres dont les liaisons entre eux pouvaient faire penser, à première vue, à Alexandra Geyser (pourtant, même si je ne la connais pas et même si c'est pas si compliqué, Sarah Stridsberg a l'air plus classe que Geyser, un cran au dessus, je veux dire, si ce n'est plus). Je confesse donc volontiers qu'en prenant ce bouquin à lire, j'étais plus animé par la curiosité que par l'entrain.
Après quelques pages, on s'apercoit que Stridsberg a travaillé la manière dont elle restitue des ambiances, même si on est loin du compte, et par moment, on se demande si son but n'était pas de replacer dans un bouquin un string maculé de sang, une vieille sécrétion vaginale et un juge d'instruction à moustaches.
Certes, on s'imagine bien Solanas en sorte de Shirley Goldfarb encore plus désargentée et dépressive également, mais sérieusement, elle. Au premier degré, je veux dire. On se figure la pute de quarante ans, déjà les cheveux rêches et gris, accoudée à sa table, devant sa fenêtre, une bouteille d'alcool fort dans la main et les yeux sur les oiseaux qui attendent quelque chose mais quoi sur les lignes éléctriques. La facon dont elle depeind l'univers de sa personnage manque en revanche cruellement de finesse et les termes employés pour faire passé l'aspect glauque de son sujet passe pour le plaisir d'être cru (pas le plaisir malsain, mais plutôt le pari entre amis "Eh, tu paris que je replace une sécrétion vaginale dans un roman ?") et rends des atmosphères glauques stériles. On voit bien qu'il faut que ca soit glauque, mais la nécéssité de la décrire plus que de la mentionner n'apparait pas évidente, lesdites descriptions, fréquentes pourtant, ne tendant vers pas grand chose digne d'intérêt.
Mais ca n'engage que moi.
02 septembre 2009
La légende de nos pères
Chalandon signe un bouquin assez étrange. On y retrouve son père, vivant uniquement dans les souvenirs qu'il couche sur papier, et un autre ancien résistant qui met à contribution sa casquette de biographe public en lui racontant cette époque.
C'est étrange et au final un peu confus, on se retrouve pris dans une toile composée comme un patchwork, entre ses souvenirs de son père, les souvenirs de son client de qui il devra mettre en forme la bio, les pages déjà prêtes de ladite bio, les relations qu'il entretient avec la fille de son client (qui allonge le pognon). On est à la fois aujourd'hui et cinquante ans plus tôt, à la fois résistant et retraité et les intrigues qui se chevauchent donnent l'impression de se battre: lorsque l'une démarre et s'envole, elle est rattrapée par une autre qui, sans transition (un peu comme dans La Soif), prend le relais et laisse l'autre en plan et le lecteur est freiné dans sa lecture. Lorsque l'histoire qui s'envolait reprend a main, on est un peu anesthésié, on met quelques lignes à la reconnaitre avant de repartir pour trop peu de pages.
Pourtant, qu'on ne se trompe pas, elles ont beau se pietiner les pieds, les différentes intrigues (bien qu'elles composent la même histoire), elles n'en sont pas moins flanteuses. Il y a quelque chose au fond, et toutes les différentes intrigues se révèlent finalement reliées par une entité plus grande qui les regroupe toutes. Elles s'articulent toutes autour des mêmes personnages, des mêmes intérêts, mais vus de différents point de vue: celui qui veut savoir, celui qui raconte, celui qui transmet à la fille de celui qui raconte, celui qui fait dans les flashbacks, etc...
C'est assez sophistiqué, en fin de compte. La construction est assez multiarticulée et ambitieuse, mais Chalandon ne s'en sort pas si mal. Concernant la plume, pas grand chose à dire, en revanche, elle s'intercale dans la catégorie des bouquins où cet aspect est secondaire. Elle n'est pas digne des plus grands, mais elle pas mauvaise malgré tout. Elle passe inapercue. Tant mieux, quelque part, c'aurait été dommage qu'elle marche sur la charpente du récit.
01 septembre 2009
Culte
Culte est un bouquin singulier.
Lyubko Deresh, aussi. Deresh est plus jeune que le Comte et plus vieux que moi,
et a le même âge que Ravhin. Comme Lyubko le dit lui-même (s’il m’autorise à l’appeler
Lyubko), sortir de l’adolescence lui a plu, et l’underground qui ponctue son
bouquin n’est pas gratuit. Luybko n’a pas inventé cette culture mais l’a
exploré consciencieusement et ce passage par sa période underground rend son
bouquin plus vrai, encore.
Pour la petite anecdote, et beaucoup d’entre vous, après la lecture de Culte, resteront scotché par ce détail, Lyubko a rédigé ce roman au court de sa seizième année.
Le personnage principal, Yurko, apprenti prof de bio, a été affecté dans un collège d’une petite ville morte pour y faire ses armes. Au départ, tout de passe bien, mais il va être en proie, lui-même amateur de sensations fortes (pas de parapente ni de saut à l’élastique, qui sont des sensations fortes, certes, mais pas grand-chose par rapport à ce que Yurko lui-même vivra) et d’expériences diverses, va se retrouver dans des rêves éveillés, des rythmes effrénés, et tout un tas de choses que, pour le bien de cet article, je n’énumérerais pas.
Premièrement, parce qu’il faut bien vous laisser un peu de surprise dans la lecture de Culte ; deuxièmement, parce que je suis très mauvais lorsqu’il faut parler de l’underground et de ce qui tourne autour. Le sujet est vaste, et , même si le but n’est pas d’en présenter la culture, en livre les grandes lignes et montre à quel point ce monde est vaste et varié.
Je ne suis définitivement pas doué pour expliquer de quoi retourne ce monde, l’image que je m’en fait est suffisamment étendue pour que je ne sache pas par quel bout commencer, ni comment en parler le mieux. Je me figure cet univers mais me retrouve démuni lorsqu’il me faut disserter dessus, non pas par souci de ne pas être compris mais par simple souci de trouver les mots.
Pour ceux qui, littérairement, se demandent ce que vaut l’écriture de Lyubko Deresh, on peut essayer de le comparer à Youri Andrukhovych, les deux romanciers revendiquant la sympathie mutuelle qu’ils s’éprouvent (même si le premier, bien que jeune, a déjà l’expérience de quatre publications en Ukraine et une traduction chez nous ; le second a beaucoup plus d’écrits publiés, mais pas plus de quatre en francais). Pour ceux qui ne connaissent pas Andrukhovych, ce qui peut se comprendre, il a une plume qui rappelle celle de Deresh. Voilà.
Pour conserver un semblant de sérieux, Deresh se revendique fan de Burroughs, Led Zeeplin, ou Kerouac. Pour situer un peu le personnage…
31 août 2009
Par effraction
Le livre d’Hélène Frappat aurait
pu être une perle rare. Je veux dire par là que des livres bien écrits, avec
une vraie plume, y’en a pas des masses. Ben pourtant, non.
Indéniablement, Frappat sait manier la langue et Par effraction le prouve. Elle a de l’idée, ne serait-ce que pour attirer le lecteur à tourner les pages les unes après les autres, assidument, en écrivant son récit à la deuxième personne du singulier, par exemple (mais avec la forme de politesse), prenant le lecteur à témoin de l’histoire dont il est, de fait, lui-même le personnage principal ; de découper le récit pour ne pas que les chapitres s’étouffent les uns les autres, par exemple.
Pourtant, le rythme contemplatif et descriptif freine le récit et empêche les bonnes idées qu’elle a eu de se développer et de rayonner sur le texte comme elles devraient le faire. Quand je parle de description, je dois bien avouer qu’on est hélas loin de Cingria ou Chessex, malheureusement, et que les images qu’Hélène Frappat nous place devant les yeux ne jureraient pas dans un album photo d’une famille dont on ne soupçonnait pas l’existence avant de tomber dessus. On est face à des instants fugitifs capturés par elle, mais regorgeant de souvenirs épars qui nous sont trop étrangers ou trop banaux pour être fascinants, malgré un certain don qu’ A., la personnage principale, tente de dompter au fil des photos souvenirs de l’album.
L’idée aurait pu être bonne si le roman démarrait un jour, mais hélas, hélas, l’histoire de A. mêlée à la votre (ou la notre, d’ailleurs, puisque Frappat parle sans arrêt de vous) atrophie une des deux intrigues et son mélange avec ce qui ne figure pas sous les yeux du personnage-lecteur freine celle qui tendait à se développer.
Les idées étaient bonnes pourtant, tant sur le thème que dans l’écriture et le ton choisi par Hélène Frappat, mais on sent au final que Par effraction n’est pas le livre bien foutu qu’il aurait pu/du être.
