La Confrérie des Libraires Extraordinaires

"Le libraire est l'ami du livre; pas de tous les livres, mais de ceux qu'il considère assez pour les transmettre aux lecteurs." Tahar Ben Jelloun

18 novembre 2009

On ne boit pas les rats-kangourous

On en boit pas les rats kangourous. Estelle Nolet, Albin Michel.

 

Jai acheté ce livre comme ça. Pour le prix tout dabord. Je navais rien lu de nouveaux ( parutions récentes ) depuis quelques années, retournant aux sources des grands classiques. Redécouvrant Dostoïevski ou Joyce ou Hobbes pour la philosophie. Cest donc ne sachant nullement vers quoi je maventurais, ce que jallais lire etc. que jai commencé ce livre. Juste le quatrième de couverture ma plus ou moins séduit.

Je dois vous raconter ce quest-ce livre

 

La première page.

En fait pas tout à fait la première page. Juste les premières phrases. Dés la lecture des premières phrases je savais où jallais, ce que jallais lire.

Jai très rarement lu de livre comme ça. La dernière fois que jai lu un livre comme je lai pour celui-là cétait Les Bienveillantes et cétait en 2006 et aussi Septentrion de Calaferte.

 

Comment dire. Jai eu limpression de redécouvrir le plaisir de bouquiner jusquà pas dheure. De dévorer un livre de cette manière. Les heures se sont engouffrés dans le monde réel mais moi je ny étais plus à ce moment là. Je navais plus envie de lire, jétais concentré sur autre chose.

Bref.

Ce livre ma fait leffet dune claque dans la gueule. Jai fini ce livre en une nuit. Il fallait que le finisse, ça ne pouvait être autrement. Comment dire.

Dabord, le style. Il est là cest indéniable, même le plus stupide et acariâtre des critique ne peut nier ça. Pas même un plaisantin qui me dirait le contraire parce que ça le fait rire. Cest une valse constante de personnages très bien construits, cohérents. Aucun temps mort. Une ambiance digne de Kafka ou encore de Lovecraft. Un roman étrange à latmosphère bizarre qui ne laisse pas indifférent. Cest un premier roman tonitruant. Un livre puissant. Il fait désormais partie de mes dix livres préférés.

Des personnages au bout du rouleau, perdus, qui ne savent pas pourquoi ils continuent mais qui continuent tout de même, aucun espoir de leur côté, pourtant ils rêvent mais ils ont laissé tomber. Jusquà ce que le personnage principal séveille, se pose des questions, confronté et torturé face à limpossibilité de sortir de cet endroit, il cherche une solution. Par lui on va découvrir qui sont les autres et il va se découvrir également.

Tous sont embourbés dans le néant, un endroit mystérieux, mythique, comme une prison mythologique. Au fil des pages on se rend compte que la vie ne se résume pas à quelques détails anodins, comme un bon travail où de chouettes amis. Non, ce roman nous dit juste que la vie cest avant tout être humain, et quêtre humain cest recherché quelque chose.

 

Lhistoire est toute simple en apparence. Une bande divrogne perdus dans un endroit étrange, perdus au fond deux-mêmes. Ils sont connu le monde extérieur avant déchouer ici, sauf le personnage principal avide dhistoires.

 

Ce nest pas ma critique la plus structurée, bien quelles ne le soient pas vraiment comparée à celles que lon peut trouver sur les sites de critiques littéraires habituels où sétale une critique intellectuelle pompeuse.

 

Un livre cest fait pour soulever des émotions ou des pensées, faire réfléchir ou divertir. Cest comme ça quon doit le lire, du moins cest de cette façon que moi je les lis.

 

Lisez ce livre.

Première raison, il est passé complètement inaperçu et le syndrome de lélégance du hérisson commun à tous les libraires passionnés fait que je me dois de le faire connaître.

Seconde raison, cest un pur bijou.

 

 



13 octobre 2009

Des hommes

Des_hommes  Autre sélectionné pour le prix du livre extraordinaire, sélection française, Des hommes est un livre qui nous parle des blessures de la guerre. Blessures qui ne se referment pas et qui à tout moment, peuvent ressurgir.

 

   A lire ce début on pourrait comparer Démon et Des hommes. On parle de la guerre, elle marque à vie. Mais la ressemblance s'arrête là. Démon est la démarche d'un fils qui ne l'a pas connu et qui cherche à comprendre la souffrance des abandonnés, une démarche de journaliste/homme pour qui le fait ne suffit plus et que rien ne parle plus que l'expérience, le vécu.
Des homme est au contraire le récit très personnel d'hommes qui ont vécu le traumatisme de la guerre. Qui ne s'en sont jamais vraiment remis. Pas de pourquoi cette guerre ou de raison à la violence des hommes. Mais une évocation très forte, avec précision et force de détail, de cette expérience de la guerre, de la guerre d'Algérie. De ces ennemis introuvables, des horreurs commises.
   Et ce sont parfois des détails, des mots qui s'échappent, pour que ressurgisse le spectre de la guerre qui n'a jamais fini de hanter ces hommes.
Il y Rabut, qui nous raconte cette histoire, son cousin Bernard "mort" en Algérie et qui est devenu Feu de bois, homme brisé et assisté.

 

   Tout commence une soirée d'hiver. L'anniversaire de Solange, sœur de Feu de bois, et un cadeau mal perçu pour la famille pour que tout dégénère. Pour nous replonger dans cette guerre passée et pour ces hommes, toujours présente.

 

   Il faut reconnaître que Mauvignier sait rendre l'évocation frappante. Le talent littéraire est certain. Le ressentiment, la douleur, l'attente... sont retranscrit avec une force évidente et un brin de mélancolie.

 

   Par contre, pour ceux qui ne sont pas sensibles à ces "blessures" de guerre, à ces récits très "intérieurs" passez votre chemin. Pour les autres, vous apprécierez le talent de Laurent Mauvignier.

Ravhin/l'afghan.

10 octobre 2009

Démon

D_mon   Mélangeant le récit autobiographique, le reportage, la réflexion historique, Thierry Hesse nous a produit un livre bouleversant et épique. Une mise en abîme des blessures et des oubliés de l'Histoire.

   Trois jours m'ont suffit pour dévorer ce livre. Logiquement, il figure sur la liste du prix du livre extraordinaire.

   Démon est le récit d'une expérience assez personnelle. Celle de pierre Rotko, journaliste, qui a perdu le contact avec son père Lev, exilé de l'URSS qu'il avait fuit la nuit de la mort de Staline. Homme nostalgique de l'URSS mais vivant à l'occidentale, Jamais ce dernier ne parlera de son passé.  Mais un jour, il insiste auprès de pierre pour lui parler de ce qu'il avait toujours caché et refoulé: son passé sous le régime communiste, l'assassinat de ses grand parents juifs par les nazis, sa fuite en occident... Cette révélation va littéralement bouleverser pierre qui éprouvera le besoin viscéral de connaître l'histoire de sa famille.

   Mais cela ne suffira pas. Au delà du savoir, il est une chose irremplaçable. Le vécu. Pierre va alors suivre son démon et partir. Non pour la Russie, terre d'origine de sa famille. Mais dans un lieu où comme à l'époque de ses grand parents, on oublia un peuple dans la tourmente de la guerre, à Grozny, en Tchétchénie.

   L'histoire de la famille de Pierre est donc un prétexte. Prétexte pour faire l'expérience de l'abandon. Prétexte pour voir l'Histoire dans la peau des oubliés, des juifs en russie, la mort de Staline, le sort des Tchétchènes, la prise d'otage dans un théâtre russe...
  Alternant le récit au présent et celle du passé, Thierry Hesse livre un tout passionnant et cohérent. Un livre qui tient plus du témoignage et du "quelque chose à apporter". Ne cherchez donc pas une réponse aux grandes questions de l'Histoire, mais une démarche profonde transformant l'histoire en récit, le récit en vécu.



Ravhin/l'afghan.

20 septembre 2009

Mes illusions donnent sur la cour

sperlingLe premier bouquin qu'on m'a demandé le jour où je suis revenu de mes vacances bien méritées, c'était Mes illusions donnent sur la cour. Le deuxième, aussi. Vous comprendrez bien que ca a attisé ma curiosité. Sans aide informatique, je pense que je n'aurais jamais trouvé le bouquin, et soit dit entre nous, ca n'aurait pas été une perte.

Mes illusions donnent sur la cour n'a pas besoin de pitch particulier. Sacha Sperling, l'auteur, probablement édité parce qu'il est le fils d'Alexandre Arcady et Diane Kurys, tout deux réalisateurs pas forcément mauvais lorsqu'ils s'y mettent, approuvera certainement le pitch suivant et rachitique: Sacha, le personnage principal, est un ado qui va rentrer en troisième et qui se fait chier partout. On peut même rajouter, puisque ca crève les yeux, qu'il est atteint de dépression juvénile.
Le plus dommage est que ladite dépression se ressent dans le récit. On se retrouve plongé dans la peau du prof de francais qui a relevé les copies et qui lit les mauvais récits de ses élèves desquels suintent une certaine non-motivation. "Fait ièch, la prof de francais 'è veut qu'on fasse une rédac, stro nul ! En plus, j'comprends même pas l'sujet !". Il y a de quoi déprimer le prof. Dans le cas présent, il y a de quoi déprimer le lecteur. J'imagine que le meilleur signe de démotivation de l'élève pour une rédac se remarque dans l'anorexie dont ses phrases sont atteintes (ceci dit, j'attends malgré tout l'approbation d'un prof de francais), et c'est exactement ce qu'on retrouve chez Sperling: sujet+verbe+complément et on enchaine avec un point parce que faut pas déconner, ca fait mal au poignet, merde. Voire même, de temps à autre, un enchainement de plusieurs phrases sans complément.
On peut retrouver ce style chez d'autres pourtant, dans quelques polars, les phrases courtes tiennent en haleine; dans tout récit dans lequel le narrateur ne sait pas ce qui va lui arriver, les phrases courtes pullulent et donnent de la vie au récit. La condition sine qua non pour que la phrase courte tienne le récit est encore qu'il y est un récit, des trucsà dire, des évènements à mettre, des rebondissements à apporter. C'est bien ce qui manque. On lit que Sacha va à Disney et fume un joint. Qu'il prend une glace. Qu'il invite un pote. Etc... Il n'y a rien qui puisse justifier une quelconque intrigue.
Les rares sursauts de sa plume, les rares tournures qu'il emploie pour nous sortir de notre torpeur ou de notre apoplexie ne sont pas sans rappeler Florian Zeller, hélas.

Mais je vous vois venir, vous allez me sortir que j'ai vanté Moins que zéro, de Bret Easton Ellis, sur ce même blog, et qu'à bien y regarder, les contenus peuvent se ressembler. Certes.
Dans les deux cas, on se retrouve dans la jeunesse dorée, dans le vide qui la caractérise, dans le manque de profondeur, dans les ragots à deux balles ("Est-ce que Daniel et Blair ont couché ensemble ?", ce qui laisse place de longues réflexions pendant des jours dans une société dépeinte comme un sautoir géant où de toutes facons tous les ados couchent ensemble, quelque soit le sexe), et tout les gadgets qui l'accompagnent d'habitude.
Les différences ne sont pas nombreuses mais évidentes. Sacha Sperling est de cette jeunesse dorée, et son récit donne l'impression d'être une autobiographie, auquel cas, elle est effectivement ratée, allant jusqu'à vanter les problème de la jeunesse dorée ("J'ai eu 8 en maths, je vais me suicider" / "Je dois être chez Lorraine à huit heures, mais je n'ai pas mes Convers aux pieds, je dois repasser chez moi les mettre, je serais en retard, je vais me suicider"). Le point de vue duquel se placait Ellis était externe, complètement distant, comme quoi, quant on parle de ses expériences, c'est toujours mieux avec du recul.
D'autre part, sur la jeunesse dorée en elle même, Ellis était aussi plus efficace. L'idée de dépeindre le vide d'une jeunesse qui n'a aucun sens de la mesure dans un pays qui n'a pas non plus le sens de la mesure donne une impression d'hyperbole permanente, d'éxagération constante qui justement, fait tout dans Moins que zéro. Serling tente de prendre le filon d'Ellis (ce qui n'est pas forcément une idée à laisser en plan) mais prend le même cadre dans un pays plutôt normal, dans lequel le pognon n'est pas une jungle, ni l'expression de l'anarchie, ni poussée à son paroxysme comme c'est le cas aux Etats-Unis.

Le plus étrange, dans tout ca, réside surtout dans l'accueil dithyrambique que lui ont réservé les critiques. Il ne faut pas craindre, à mon sens, de s'engueuler avec Diane Kurys en disant honnêtement que le bouquin de son fils ne pèse pas lourd dans le paysage littéraire, qualitativement, j'entends. Evidemment, économiquement, ca se vend. Non pas que j'espère ne pas vendre Mes illusions donnent sur la cour, mais cette rentrée littéraire vaut mieux que ca. Lisez plutôt Les veilleurs ou Culte, c'est quand même autre chose.

14 septembre 2009

Les veilleurs

messageSi l'on prend en compte mon caractère extraordinaire, on peut prendre mon pari au sérieux: Les veilleurs aura un prix. Je n'ai pas spécialement d'info dessus, mais je suis prêt à le parier.
D'abord parce que quoiqu'on dise, Message à le profil type pour être le fer de lance des éditions du Seuil pour cette rentrée (ou pour la rentrée du Seuil, plus exactement), il a bonne presse, il est partout, il bénéficie de la sympathie du public (ou parce qu'il est jeune, ou parce qu'il publie son premier roman, ou les deux). On peut même le rapprocher de l'aura qui émanait de Là où les tigres sont chez eux (Zulma, 2008) de Blas de Roblès lors de la dernière rentrée automnale. Premier roman, bonne tête, de quoi assurer une place dans les listes des différents prix et de provoquer des discussions quant au sacre autour des tables où l'on décide des lauréats.

Quant au contenu, force est de constater que quelque chose émane du bouquin, même fermé sur une table de nuit. Ne serait-ce qu'en se familiarisant avec l'intrigue, en lisant le synopsis, on voit bien que la rentrée littéraire de cette année repose (entre autres) dessus.
Un homme transparent, que personne ne remarque, plus transparent encore que n'importe quel badaud, sort dans la rue et abat de sang froid trois passants qui avaient le tort de passer au mauvais endroit au mauvais moment, avant de piquer un somme sur les cadavres. On apprend vite que parmi les victimes se trouve une étudiante polonaise qui se trouvait être la maitresse du maire de la ville, qui s'apprête à entamer sa campagne pour prendre sa propre succession à la mairie. Ledit maire a attendu l'enquête et hâté le procès pour faire taire l'opposition qui commencait à avancer l'argument de l'insécurité. Le meurtrier est condamné à perpétuité et très vite, est transféré dans une clinique spécialisée, dirigée par un psychiatre qui fait grincer des dents parce que ses bons résultats sont difficilement contestables. Le psychiatre va devoir collaborer avec un ancien flic, à la demande du maire qu'on devine de plus en plus comme un des hommes les plus importants du pays, pour tenter d'affirmer non la culpabilité du meurtrier, avérée par la cinquantaine de témoins, mais sa responsabilité pénale, ou en d'autres termes, s'il a agit par lui même, ou sur ordre de quelqu'un, ou s'il était manipulé. Evidemment, et parce que c'est pas drôle sinon, la tâche est ardue, il faut enquêter sur un semi-amnésique qui se connait à peine lui même et élucider un mystère que personne au cours des deux derniers mois n'ont pu venir à bout.

Qu'on ne s'inquiète pas, il n' s'agit pas d'un énième polar qui serait adapté au ciné avec Bruce Willis et Christian Bale, d'un genre surfait à force revisites et de réécritures permanentes, bien au contraire. Une fois terminé, j'ai essayé de trouver un élément de comparaison, un auteur ou un bouquin de qui rapprocher Les veilleurs. Je n'ai pas trouvé. D'un côté, on peut le rapprocher de Julien Capron par la ville imaginaire dans le pays imaginaire dans lequel l'action de déroule, à la fois proche de notre monde et totalement différent, obéissant à l'obligation de recréer totalement une mégapole, et carrément une société et un mode de fonctionnement, un quotidien, même, comme avait pu le fiare Capron dans ses bouquins (même si dans ce domaine, Capron à trouvé, parmi les jeunes auteurs, quelqu'un de plus balèze que lui); on peut s'imaginer aussi quelques touches de Cormac McCarthy, dans la restitution des ambiances par des descriptions pas vraiment grandioses ni compactes, justes simples et efficaces; du Harlan Coben dans l'esprit et l'entretien de l'intrigue, la construction alambiquée (parfois trop, même) du récit; on peut aussi trouver un auteur de polar psychologique (mais j'ai beau chercher, je n'en connais pas de vraiment bon, Ravhin va surement nous éclairer là dessus) qui fouille à ce point ses personnages, détaille à ce point son intrigue; Stieg Larsson pour le détail de ses ambiances, même si force est de constater que le succès de Millenium à l'étranger se doit aux ambiances décrites et au cadre de la Suède qu'on ne connait pas forcément partout dans le Monde...
Même si a bien y réfléchir, ca ressemble à tellement d'auteurs que ca ne ressemble plus vraiment à l'un ou à l'autre. A force de ressembler à tout, on finit par ne ressembler qu'à soi. Ben voilà. Tout ca pour dire que je n'ai trouvé personne à qui comparer Vincent Message.

Pour autant, évitons toute méprise dommageable, il s'agit bien là d'un roman de littérature générale. Et c'est là la malice de Message, qui, puisqu'il a inventé un pays, une capitale (ou en tout cas une ville sacrément importante), peut se permettre de critiquer ce qu'il trouve empreint de lacune, comme des systèmes carcéral ou psychiatrique par lesquels il doit viser des instutitions existantes mais qu'il peut se permettre de critiquer puisqu'il les a inventés, même en s'étant inspiré d'un univers existant.

Allez, prenez une aspirine. Et Les veilleurs, aussi. Je vais devoir vous lâcher la grappe et m'arrêter de moi même pour éviter de faire un article au nombre de lignes infini, ou trop imbouffables parce que trop long. Le seul conseil que je peux vous donner est d'éavoir le courage de vous lancer dans un long bouquin, et de couper sa densité par d'autres lectures.

31 août 2009

Par effraction

frappatLe livre d’Hélène Frappat aurait pu être une perle rare. Je veux dire par là que des livres bien écrits, avec une vraie plume, y’en a pas des masses. Ben pourtant, non.

 

Indéniablement, Frappat sait manier la langue et Par effraction le prouve. Elle a de l’idée, ne serait-ce que pour attirer le lecteur à tourner les pages les unes après les autres, assidument, en écrivant son récit à la deuxième personne du singulier, par exemple (mais avec la forme de politesse), prenant le lecteur à témoin de l’histoire dont il est, de fait, lui-même le personnage principal ; de découper le récit pour ne pas que les chapitres s’étouffent les uns les autres, par exemple.

Pourtant, le rythme contemplatif et descriptif freine le récit et empêche les bonnes idées qu’elle a eu de se développer et de rayonner sur le texte comme elles devraient le faire. Quand je parle de description, je dois bien avouer qu’on est hélas loin de Cingria ou Chessex, malheureusement, et que les images qu’Hélène Frappat nous place devant les yeux ne jureraient pas dans un album photo d’une famille dont on ne soupçonnait pas l’existence avant de tomber dessus. On est face à des instants fugitifs capturés par elle, mais regorgeant de souvenirs épars qui nous sont trop étrangers ou trop banaux pour être fascinants, malgré un certain don qu’ A., la personnage principale, tente de dompter au fil des photos souvenirs de l’album.

L’idée aurait pu être bonne si le roman démarrait un jour, mais hélas, hélas, l’histoire de A. mêlée à la votre (ou la notre, d’ailleurs, puisque Frappat parle sans arrêt de vous) atrophie une des deux intrigues et son mélange avec ce qui ne figure pas sous les yeux du personnage-lecteur freine celle qui tendait à se développer.

 

Les idées étaient bonnes pourtant, tant sur le thème que dans l’écriture et le ton choisi par Hélène Frappat, mais on sent au final que Par effraction n’est pas le livre bien foutu qu’il aurait pu/du être.

25 août 2009

Match aller

match_aller

On peut comparer les deux romans de Julien Capron, Amende Honorable et Match Aller, sans avoir recours à un semblant de mauvaise foi. On y retrouve à peu près le même univers, le symétrique du notre dans un ailleurs lointain, sorte de monde fantastique sans fantasmagorie inspirée par Tim Burton (ou fantasmagorique sans fantastique, ça marche aussi). Pour être tout à fait honnête, et pour prévenir tout le monde, le lecteur occasionnel de Marc Lévy, d’Olivier Adam ou Christine Angot (encore que je suis bien incapable de dire si Angot dispose encore d’un lectorat) serait perdu dans ce monde complètement imaginé par Capron, bien qu’inspiré de celui dans lequel nous vivons.

 

L’intrigue de Match Aller, pourtant, diffère de celui du précédent roman, et on passe ainsi des rouages du Parlement aux vestiaires d’une équipe de rugby.

Pour les amoureux du synopsis, Julien Capron nous emmène dans une équipe de rugby qui se classe chaque année de la même manière que l’Olympique de Marseille, soit assez honorablement mais qui entraine régulièrement des psychodrames dans des verres de pastis. Un jour, pourtant, un joueur découvre dans son sac, après un match, un morceau de cadavre calciné et jure qu’il ne s’y trouvait pas lorsqu’il est arrivé au stade avec son sac, témoignage en contradiction avec les vidéos de surveillance qui attestent que personne n’a approché le casier fermé dans lequel reposait ledit sac.

 

Comme dans Amende Honorable, Match Aller se cantonne dans le polar qui se démarque des grand classique du genre jusqu’à en différer complètement. On est dans l’intrigue policière jusqu’au cou en baignant pour autant dans un univers suffisamment imaginatif pour ôter tout point de repère au lecteur. A bien y réfléchir, pourtant, on retrouve dans le monde de Julien Capron certains aspect de la société qu’on retrouve également chez nous, mais en quelques détails, l’auteur arrive à nous lâcher dans un pays si proche du notre et si différent qu’on en devient un peu perdu, et avec un besoin de la narration et de la prose de Capron pour être guidé.

 

On regrettera, pourtant, la densité de sa plume ce qui me pousse à vous donner le conseil de fractionner la lecture de Match Aller. On peut en effet comparer le livre à un brownie : gustativement, c’est canon, mais une fois assimilé, on est vite rassasié. Donc, la meilleure chose à faire est de fractionner la lecture, de lire quelques pages, un chapitre, et de l’entrecouper par d’autres lectures. Pourtant, passer à côté de Match Aller, même s’il est en deçà d’Amende Honorable, serait dommage.

20 août 2009

Géométrie d'un rêve

reve_haddadAujourd'hui, c'est le jour d'Hubert Haddad. En librairie, aujourd'hui, vous pouvez trouver Géométrie d'un rêve, qui se trouve évidemment être son dernier né. Etant extraordinaire de nature, j'ai déjà vu de quoi il retournait et même si je dois avouer que je ne suis pas allé jusqu'au bout, je vais quand même vous en parler.
Le personnage d'Hubert Haddad, que nous pouvons appeler Hubert Haddad, relate une histoire d'amour passée avec une cantatrice, relation perdue à mi chemin entre l'addiction et la répulsion, et couche sur papier les moments qui ont suivi l'agonie de leur histoire commune.
Littérairement, malgré l'affection que je porte à Zulma, je ne peux pas parler d'un attachement particulier à ce texte.
J'irai même jusqu'à déplorer l'autoétouffement du texte, et je pense nécéssaire une explicitation de cette phrase obscure. Géométrie d'un rêve, comme nombre de bouquins d'Haddad, j'imagine, est vachement bien écrit mais malheureusement trop dense. On sent le fond, la matière, l'intensité du texte mais l'aspect brownique prend le pas sur la qualité de la plume et on lâche vite le texte. Quelques pages suffisent à rassasier l'appétit qui nous a poussé vers ce bouquin en particulier.

Pourtant, la manière dont le promeut Zulma donne un texte une image assez alléchante qui me convainc presque de le reprendre, eux ventent plus (et à raison, je le reconnais) la construction du roman qui enchevêtrent plusieurs récits oscillant entre rêves, réalité et fantasmagorie. J'aime ca, la fantasmagorie, pourtant, mais à bien y réfléchir, c'est un registre qui exige une certaine fluidité dans l'écriture, ce qui me laisse penser que la plume d'Haddad doit être plus efficace dans d'autres styles, probablement dans ses autres romans.
Pour tout amateur de la concision, on peut résumer la chose d'une manière assez simple: c'aurait été génial si ca avait été un autre roman. Quoiqu'à la réflexion, ce résumé est court mais fait passer ce post comme une critique manichéenne, catégorique et radicale et ne reflète pas du tout Géométrie d'un rêve, comme quoi, en matière de résumé, j'ai déjà fait mieux.

16 août 2009

L'or

orJe m'en étais fait tout un plat, allant jusqu'à me persuader que L'or me séduirait à outrance. En fait, le décalage entre les espoirs que je fondais dessus et la lecture du texte est conséquente.
En fait, on retrouve dans L'or toutes les ficelles qui composent d'ordinaires les récits de voyages épiques, ceux là mêmes écrits par ceux que Mac Orlan appelaient les aventuriers passifs, ces auteurs de romans d'aventures (maritimes, généralement) qui n'ont que très peu voyagé et qui ont nourri leurs intrigues de leur grande imagination et des quelques savoirs basiques, qui ressemblent plus à des astuces d'ailleurs, acquis au cours d'un week end de vacances qu'ils couplent aux récits des vrais aventuriers (les aventuriers actifs) qui voyagent et voient le monde, mais qui n'écrivent pas.
Probablement Cendrars entre dans la catégorie des passifs, le problème réside dans le fait qu'il n'atteint pas, dans ce domaine, des auteurs comme Patrick O'Brien, par exemple. Le style est assez commun, voire plat, à certains moments, et s'accorde assez peu avec le voyage entrepris par Suter, le personnage principal, vagabond et escroc en Europe qui, une fois établi dans le Missouri, enfourche son cheval pour trouver la Californie et s'y installer.
On se contente de phrases basiques sujetverbecomplément en pensant que l'énonciation d'un fait suffit au lecteur pour se l'imaginer, échafaudant peut-être l'hypothèse consistant à mettre à contribution l'imagination du lecteur pour interpréter ce qui est sommairement mentionné, négligeant le fait que l'interprétation du lecteur est délicieuse lorsqu'elle se prête au tout autre chose qu'un fait matériel ou futile.
L'histoire délarre du coup assez tard, et l'impatience créee chez le lecteur n'est pas si bien rassasiée et satisfaite. On s'attend à une histoire grandiose et démesurée, une vie qui force à l'admiration, comme les Américains de toute époque savent le faire, mais la vie de Suter, aussi tragique et fascinente soit-elle, aussi dramatique soit-elle, n'est pas aussi instense que la lenteur du début ne le laissait présager.

09 juin 2009

L'A26

Encore Pascal Garnier, et il écrit bien, le bougre.

9782843044755

Etant donné que Garnier, on le connaît, je ne vais pas vous faire l'affront de vous le présenter encore (ou du moins de présenter son style) parce que premièrement, l'A26 est fidèle aux autres ouvrages de Garnier, et que d'autres part, comme vous avez certainement épluché ce blog sous toutes ses coutures, vous êtes déjà au courant.
Come d'habitude, donc (!), Garnier écrit du sombre, restitue parfaitement les ambiances en quelques coups de Word. Ouvrir "L'A26" revient à entrer dans la petite maison dans laquelle vit un agent SNCF qui sait sa fin proche et s'inquiète pour l'avenir de sa soeur, qui, depuis qu'on lui a chouré ses cheveux à la libération ne sort plus de chez elle. Une fois ouvert, l'impression d'être avec les personnages dans cette maison aux volets clos depuis cinquante ans et habitée par un fantôme entretenu par son propre frère vous saisit par les 9782843044359_1_75épaules.
Pour ceux qui vont le finir, je suis preneur de toute impression sur le personnage principal féminin qui occupe ses journées en restant persuadée que même si la guerre est terminée, se doit de combler le vide créé par l'absence du monde par ce qui le comblait avant, reemplir son présent avec son passé et composer avec son frère qui regrette la vie qu'il aurait pu avoir sans elle.
Evidemment, parce que c'est Garnier, survient du noir très noir au moment où l'on s'y attend le moins et une fin imprévisible, comme ce fut le cas dans la Théorie du Panda.
A comparer les deux, pourtant, la Théorie du panda était plus finement construite et décollait au moment où attendait pas une telle explosion. N'allez pas pour autant imaginer que ladite théorie est meilleure et confère à l'A26 une facultativité littéraire, les personnages sont sans doute mieux construit ici que dans l'autre, avec plus de profondeur, j'en veux pour preuve les disscussions plus passionnées qui résulte du personnage de Yolande de l'A26 que celui de Gabriel de la Théorie du Panda.
Voilà.

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