La Confrérie des Libraires Extraordinaires

"Le libraire est l'ami du livre; pas de tous les livres, mais de ceux qu'il considère assez pour les transmettre aux lecteurs." Tahar Ben Jelloun

18 octobre 2009

San'kia

9782742785759_157La quatrième de couverture vante les mérites de Zakhar Prilepine, allant jusqu'à le taxer d'être populaire en Russie, d'être le fer de lance de la nouvelle génération d'auteurs russes contemporains. L'argument principal étant de dire que Prilepine plait à tous: aux vieux parce qu'il montre une jeunesse fade, aux jeunes parce qu'ils l'interprètent dynamique; à l'extrême gauche parce qu'il montre la génération jeune qui veut faire bouger la Russie, aux sympathisants du pouvoir parce qu'il met en scène des jeunes militants qui n'arriveront jamais à rien; etc...
On peut même aller jusqu'à dire que Prilepine a inventé le roman neutre, dans lequel chacun reconnait son époque, son entourage, sa situation, et dans lequel chacun se trouve caressé à lisse-poil, ce qui est toujours agréable, et dans lequel chacun se reconnait par la propre interprétation que chacun fait du roman et des personnages. On peut où bien voir (dans San'kia, du moins) des futurs grandes personnalités influentes, ou de futurs hommes respectables à défaut d'être grandioses, ou des ratés persuadés d'être déjà grands, ou des gentils voulant déjà être influents, ou faire partie d'une masse qui l'est tout en étant individuellement en accordéon, prisonnier entre la vivacité et les moments plus calmes, entre le rythme effréné et celui extrêmement lent.
Ce qui saute au yeux, finalement, est que les points de vues sont très différents les uns des autres, mais qu'après la lecture, on s'apercoit qu'aucun ne prime vraiment sur les autres. On est partagé entre tous et on a même pas forcément besoin d'un tiers (en plus de soi et du livre) pour le cerner, puisque d'une part, San'kia est incernable, et que d'autres part, la profusion d'interprétation qui jaillirait d'un cercle de lecture jaillit en soi même tout seul.

Puisqu'il faut bien dire deux mots sur l'histoire, San'kia est le diminutif de Sacha (entre autres, d'où le piège chez les russes, si tu rencontres un Sacha, un San'kia, un Sanietchka et un Sania, il est fort possible que tu ne rencontre qu'une personne. Chaque prénom est là bas déclinable une dizaine de fois). Il a la vingtaine, est un membre actif d'un parti qui veux révolutionner la Russie, changer le monde, et se contente de casser en attendant de trouver quoi faire de mieux. Derrière la brute du premier chapitre, Sania (je change le diminutif mais pas le personnage, c'est pour voir si vous suivez) se trouve être empêtré dans l'âge du vieil ado et du jeune adulte, qui peine un peu à décoller. Intimidant et ailé en groupe, vulnérable et/ou dérisoire seul.
On devine assez vite que Prilepine décrit le jeune russe type à travers son personnage, et que la fresque qu'il nous met sous les yeux et qui entremêle toute sorte de personnages, entre CRS russes, profs de philo, vétéran de l'Afghanistan, caucasien éméché, fantômes des défunts de la famille, fantômes des vivants de la famille ou autres protagonistes, est un point de vue malicieux qui peut passer pour l'apologie ou le pamphlet de la jeunesse russe actuelle.
Alors évidemment, mais c'est pas une raison pour ne pas le lire ou pour ne pas au moins se pencher sur San'kia, c'est un portrait de la Russie qui évidemment a fonctionné là bas parce que c'est là bas. Mais quand même.

Prilepine peut avoir un oeil malicieux, voir amusé, en voyant son lectorat remarquer qu'il a pris position par rapport à son thème sans pour autant dégager de conclusion évidemte, ni de point de vue évident, et sans qu'on sache même comment lui nous l'a présenté, ni ce qu'il en pense. Pourtant, on devine qu'il a un point de vue tranché la dessus, mais à force de le retourner dans tous les sens, on finit par ne plus savoir où est l'envers de l'endroit. C'est un livre couteau suisse, un roman aux aspects sociologiques indéniables et rigoureux.
Et Prilepine nous montre qu'il n'est pas une cacahuète sur un clavier d'ordi.



23 avril 2009

Je suis ton petit-fils

kotcherguine

Qu'on me permette, après quelques pages lues, de faire la moue. Ravhin remarque (à tort ?) que je ne poste pas beaucoup de critiques dithyrambiques, qu'il ne s'attende pas à en lire une ce soir.

Comme le suggère la couverture (chelou) et l'auteur (contemporain, jeune et russe) on peut s'attendre à un bouquin de la trempe d'Ikonnikov, soit, comme un paquet de plaisant auteurs russes actuels, des énormités et des scènes absurdes écrites sur un ton tellement monocorde qu'elles paraissent presque comme ordnaires. Alors, après la décéptions du Dieu des animaux dont j'ai réussi à parler dans le post précédent, je me suis dit qu'un auteur russe à moitié fou (comme Svetislav Basara, d'ailleurs, mais avec la qualité qui fait défaut à Kotcherguine, pour ce volume en tout cas) pouvait faire repartir sur de bons rails mes choix de lecture.

Eh ben non. Kotcherguine n'est pas du tout fou et Actes Sud publie trop, ces temps ci. Il est même trop normal comparé à Kourkov, Ikonnikov ou Sorokine. Le personnage du roman de Kotcherguine est Kotcherguine, exilé temporairement en Belgique dans une résidence d'auteur pour pondre un roman, et décide de parler dans son futur prochain né de son grand père, ministre sous le régime du parti unique. Il s'agit pourtant d'une facon détournée de parler de sa grand mère, mamie-gâteau effacé par le personnage charismatique qu'est son mari.
Kotcherguine a connu sa grand-mère qui exercait sur lui une certaine fascination assez inintéressante. Tout le monde a connu et admiré ses grands-parents et peu de monde leur consacre un livre où l'on peut raconter les sorties en ville, les soirées à discuter, les bons gâteaux et tout les petits souvenirs d'enfance. Par exemple, mes grands parents habitent sur la Manche et chaque sortie sur la plage qui jouxte leur maison est consacrée à des recherches acharnées de cailloux verts, débris de bouteilles polis et rejetés par la mer (les voisins appellent ca des trésors mais l'appelation exacte est bien cailloux verts), et pourtant, moi qui espère être publié, je ne raconterais pas ca dans mon bouquin parce que ca n'a aucun intérêt. La digression elle même entre parenthèse est destinée auxdits voisins et est circonstancielle.
Le livre d'Ilya Kotcherguine aussi. Il est sans doute intéressant à lire quand on a connu la grand mère de l'auteur, mais en tout cas, ce n'est pas mon cas.

03 avril 2009

Australia Underground

Australia_Underground   Quoi?!! Encore un polar actes sud?? (je vous entends déjà...) Mais vous n'auriez pas tord. De toute manière je mets un peu le polar de côté et me replonge dans la Sf (avec le cycle de fondation, Asimov).

  Commencer Australia Underground juste après Ellroy est assez étrange. C'est comme un choc culturel et il faut quelques jours pour s'y habituer. Ellroy vous fous la tête si loin sous l'eau qu'il vous faut pour remonter quelques palliers de décompressions. Mais une fois remonter et que l'on prend la mesure d'Australia Underground, on l'apprécie. On l'apprécie même beaucoup!

  Avec Ellroy on a la face caché d'un monde, son côté sombre mais réel. Avec Mc Gaham on a ici plutôt un côté militant, une interrogation sur le délire sécuritaire, entendez par là la perte de notre liberté en échange de notre sécurité. Australia Underground est complétement fictif. Son action se déroulant dans le futur nous montre un avenir possible, mais surtout, nous fait entrevoir une évolution. Vers quoi notre société peut se diriger. Andrew Macgahan va même plus loin, il nous montre même que cette sécurité n'est qu'un leurre, un hochet que l'on agite devant nos yeux pour nous contenter.

  Je vous avoue avoir dévoré assez frénétiquement les derniers chapitres, le suspense me prenant tellement. Je devorais tellement les lignes que j'en sautais parfois sans le vouloir, m'obligeant à relire, tellement j'étais pressé de savoir la suite. Australia Underground correspond à notre époque (n'installons nous pas de plus de caméras? Ne devons nous pas désormais dénoncer le premier venu pour empocher quelques billets?...) Peur et suspicion. Peur et haine. Peur. Peur. PEUR!!! Ce sont des sentiments exploités dans ce super récit. (l'écriture n'est pas aussi puissante et violente que celle d'Ellroy mais son sens l'est).

  Le récit est construit de la même manière que pour "Derniers verres", son précédent livre (dont une critique est présent sur le blog). Une alternance efficace du présent (en 2010) et du passé pour comprendre comment on a pu en arriver là (L'Australie est au temps présent du récit une dictature sécuritaire). Austalia Underground se lit sur un rythme rapide. Notre héros qui n'en n'est pas un se fait enlever par un groupe terroriste, puis libérer par l'armée. Ouf se dit notre héros, mais non. L'armée veut le tuer. Pourquoi? c'est tout de même le frêre du premier ministre, même s'il a peu de contact avec son frêre...
   Mais Australia Underground, ce réseau de résistants à la dictature sécuritaire en place le sauve lui et la chef des terroristes, et c'est le début d'une fuite. Ils sont désormais tous en dangers de morts. Nous en apprenons beaucoup au fil de leur échappée sur l'après 11 septembre en Australie. Sur les changements provoqués par le péril terroriste, et sur son exploitation par les politiques les plus réactionnaires. Si nos héros sont en dangers de mort, c'est que le gouvernement Australien a peur d'une chose... Que la vérité se fasse sur le plus gros mensonge qu'elle a orchestré!

Un récit très rythmé, efficace, une belle réflexion sur l'exploitation de la peur et de l'ignorance, sur la tolérence et la liberté. Ajouter à cela une tension de plus en plus forte à mesure que les pages se tournent et que la fin approche...

L'afghan/Ravhin.

23 mars 2009

Etonnement pré-dominical, post-dominical, et puis dominical aussi

Qu'on me permette d'être surpris par une publication d'Actes Sud, qui met à l'office "Des nouvelles d'Agafia".
Il me faut préciser avant toute chose que cet article part déjà sur un ton indigné qui ne reflète pas du tout le fond de ma pensée, mais que l'on peut en revanche mettre sur le compte de l'avancement de la nuit, heure où tous les gens normaux rêvent de palmiers, de femmes nues, d'airbus, de leur enfance, de coupe-ongles, de rasoir à sextuple lame ou de quoi que ce soit qui soit produit par leur imagination (j'ai déjà rêvé de post-it, après tout...).
Paraissent en effet Des nouvelles d'Agafia, de Vassili Peskov, reporter russe intrigué par la famille Lykov, dont Agafia Lykova est la seule survivante, et qui en a fait des bouquins. Pour vous mettre dans le bain, les Lykov, engagé religieusement, sont allés se paumer en Sibérie pour échapper à l'anticléricalisme soviétique et se sont embarqués dans une longue robinsonnade de plus de cinquantes piges au point que tout le monde, le pouvoir y compris, les ont oubliés. A la fin des années 1970, des météorologues russes qui passaient là où aucun russe (hormis un Lykov) n'avait mis le pied depuis un bon siècle n'était passé (au point qu'on disait le coin vierge de toute activité humaine). Quelques années plus tard, la découverte de la famille de Karp Ossipovitch Lykov et de sa sémillante famille a été rendue publique, et tout le monde s'est intéressé à l'histoire, évidemment, même Brejnev, qui a préféré enterré l'histoire et laisser les Crusoé dans leur lopin géant de Sibérie.
Peskov est régulièrement allé leur rendre visite, et Agafia, maintenant seule survivante, a embauché (ou du moins converti) quelques personnes perdues (un chasseur qui a loupé l'hélico pour retourner chez lui, par exemple) à vivre avec elle. Ils sont donc trois à vivre dans un domaine de fortune mais qui résiste à tout depuis les années 1930 ou 1940.

Qu'on me permette donc de m'étonner qu'on fasse sortir une suite dix sept ans après "Ermites dans la Taiga" (Vladimir Peskov, Actes Sud, 1992), épuisé depuis déjà une petite dizaine d'années. Autant, une suite est sympathique, autant on peut réimprimer le premier. Quand même. Pour ceux qui ne l'ont pas lu à l'époque... Pour introduire la suite... Allez...

05 mars 2009

Gloire

kehlmannEn le voyant sur la table, je me suis dit que puisque Les arpenteurs du monde était pas mal, Gloire devait être dans la lignée.
Gloire se compose de neuf nouvelles qui, éventuellement, peuvent avoir un lien entre elles. Encore que. Elles ne sont liées que par paire, quand elles trouvent dans le bouquin une siamoise digne d'être leur soeur. On trouve, pour ne citer que la meilleure et la plus rigolote, voire même la seule digne d'être relevée, un citoyen allemand banal, qui répare des PC récalcitrants, qui du jour au lendemain recoit sur son portable des appels qui ne lui sont pas destinés, mais qui tendent vers Ralf, un homme qu'il n'a jamais vu. Excédé dans un premier temps, le techinicien se prend au jeu et répond aux appels en se faisant passer pour le destinataire espéré. On trouve donc quelques actes gratuits, mais marrants, comme lorsqu'il hurle dans le téléphone "On annule tout !" sans avoir la moindre idée de son interlocuteur, du sujet de la conversation, ni même de ce qu'il annule. Pourtant, aussi cocasse soit-elle, cette nouvelle aurait pu être géniale si Kehlmann avait eu lidée (géniale, elle aussi) de l'écrire avec un peu d'inventivité, même un petit peu. Mais non.
Pour ceux qui, malgré tout, sont tentés par le nouveau né de l'auteur des Arpenteurs du Monde, je préfère vous prévenir, la meilleure est la première, les autres le sont moins et le recueil est au final un dégradé de couleurs. Mais la première peut valoir le coup quand même, si vous n'avez rien à lire, un soir, esseulé(e) dans le salon, sans rien à la télé ni amis dispos.

01 mars 2009

Meurtres à pékin...

meurtres___p_kin  Écrit par un écossais habitant en France, ce polar se déroule...en chine. Normal. Meurtres à Pékin est le premier volume d'une série dans laquelle on retrouve les enquêtes du commissaire chinois Li Yan et l'américaine Margaret Campbell, médecin légiste détective à l'occasion.

   Peter May est (selon la 4ieme de couv) passionné de la Chine et membre honoraire de l'association des écrivains de romans policiers à la section de Pékin... Dit comme ça ça ne rigole pas! Bon sinon le polar est sympa mais pas de quoi en faire un chef d'oeuvre non plus. C'est pas mauvais non plus attention! Il y a un petit côté engagé et dénonciateur chère à la collection Babel noir et qui dans le cas présent, plaira beaucoup à notre josé bové vous allez comprendre.
Mais bon, de quoi ça parle?
   Margaret est une légiste Américaine spécialiste des corps brulés qui dans le cadre d'un échange Américano-chinois, donnera pendant quelques semaines des cours dans une université Pékinoise. Li Yan quant à lui est fraichement promu commissaire et dès son premier jour, trois cadavres étranges sont retrouvés. L'un est fortement brûlé. Utilisant les talents de Margaret pour les autopsies, c'est le rapprochement de plus en plus fort entre cette dernière qui sera progressivement intégré à l'enquête et Li Yan, tous les deux ayant pourtant une culture très différente! Seulement voilà, l'enquête est suivit de très près par des personnalités très haut placé voyant d'un très mauvais oeil son avancé.

   Dans ce polar, c'est l'occasion de confronter deux mondes, celui de l'amérique que représente margaret, et de la chine de Li Yan. Deux mondes deux cultures que Peter May essaye de confronter à travers l'enquête et la "collaboration" forcée de nos deux protagonistes. Ce polar reste cependant celui d'un occidental et de Sa vue (documentée) de la chine. Je disais tout à l'heure que ça plaira à notre josé bové. Tout simplement car l'on parle des OGM et de firmes maveillantes. Et oui, ici les grands méchants sont ceux qui ne pensent qu'au pognon. L'histoire je vous dis est sympa, agrémenté même d'une histoire d'amour qui se profile à l'horizon (oh c'est beau!) mais qui prend peut être un peu trop de place car pas très passionante... (au contraire de celle dans Millénium). Le thème est interessant mais n'est pas abouti. Le livre manque de quelque chose. De puissance certainement. De style aussi, plutôt classique. (en comparaison avec Américan Tabloid de james Ellroy que je lis actuellement c'est flagrant). On devine un peu trop ce qui va se passer. Le mot qui résume bien Meutres à Pékin c'est ça: c'est sympa.

   Une enquête contenant un petit mélange de cutures opposées, de danger écologique et humanitaire, de manipulation politique et d'histoire d'amour interdit... Ca pourraît être géniale mais bon... c'est sympa. Pas un grand polar donc, mais qui reste agréable.

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29 janvier 2009

Et hop, un dernier pour la route!

Derniers_verres   Sur les conseils d'un collègue, j'ai lu (et dévoré) ce polar. Alors sur mon conseil, vous lirez ce polar. (si si, et pas la peine de vous rebeller. Aller hop!)

   Alors que Rivages nous propose de très bons polars, sombres, généralement plutôt axés sur l'aspect social ou les rapports sociaux, avec des flics ou dectectives privés tour à tour héros ou antihéros; Actes sud (et donc Babel leur édition de poche) nous produit également de très bons polars mais où l'aspect politique ou économique (avec un regard critique) est prédominant (Ex de millénium, La chasse au reine de sibérie...). Ici Andrew McGahan nous enmène dans son pays, l'Australie, à travers les yeux de George, petit journaliste et alcoolique repenti, anciennement mêlé (10 ans plus tôt: en 1989) à l'un des plus gros scandale de corruption politique de l'Etat du Queensland.

   Dans derniers verres, tout s'enchaîne très vite et très bien. Le livre commence lorsque George est appelé en pleine nuit pour identifier un corp, un homme assassiné dans un transformateur éléctrique, tout près de la petite ville où George habite désormais. Le victime est un prénommé Charlie, ancien ami très proche de George et qui fut impliqué comme lui dans le grand scandale politique dix ans plus tôt. Dès lors tout va changer.

   Notre homme, très surveillé par la police, pars pour Brisbane, la capitale pour procéder à l'incinération de son vieil ami. Mais aussi pour tenter de comprendre ce qui est arrivé à ce dernier et cela a un rapport avec lui. George devra faire face à son passé. C'est pour lui l'occasion, et pour nous, de découvrir par les souvenirs de George, une époque, une ville qui a complétément changé depuis le grand scandale. Récit de ces souvenirs que McGraham alterne très efficacement avec "l'enquête" de George. Donnant une tension et une dimension suplémentaire à l'histoire. Auparavant au Queensland, plus qu'ailleurs, la corruption, le chantage, les arrangements étaient LA normalité. Auparavant, l'alcool comme les femmes coulaient à flot. Auparavent, la ville leurs appartenaient. McGraham nous dresse le portrait de cette époque hypocrite, mais aussi celui d'un homme (George) complétement destabilisé par les événements, bientôt en danger de mort et qui oscillera dangeureusement entre son ancienne vie qui le rattrape de plein fouet, et ce qui lui reste.

   McGraham nous écrit un très bon polar sombre, tout comme l'est George, son passé et son époque. Tout comme l'histoire qui le rattrape ici. Un modèle du genre, passionant!

   L'Afghan/Ravhin.

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19 janvier 2009

"Prenez l'avion" de Denis Lachaud

lacuahdLe thème qu'a choisi Lachaud est assez intéressant et plutôt ambitieux. Un crash, deux survivants, qui tissent sans rien dire des liens forts à travers la jungle et qui se trouvent malgré eux séparés par leurs rapatriements. Disons le tout net, il s'agit à première vue d'une histoire qui a tout pour émouvoir et faire son petit effet. Impression confirmée par les preières lignes, qui, malgré un style nerveux où se reproduisent les virgules, donne envie de poursuivre la lecture. On s'accroche. Le rythme, se calme par la suite pour le soulagement du lecteur et le bien du texte, qui n'en devient que plus lisible.
En revanche, on dénotera les récurrences malheureuses de ce qui peut toucher pas mal de bouquins. Il y a pas mal de longueurs. Au primaire, on appellerait ca des compléments circonstanciels, dans le cas présent, on peut parler de pages et y accoler le même épithète. On se passerait bien de quelques pages un peu pompeuses sur des thèmes, qui, en plus de ne pas être magnifiquement traitées, n'apportent pas au texte tant de matière que ca. On peut même dire qu'au niveau de l'apport de ces pages au romans, la place qui leur est consacrée (et probablement le temps, aussi) est disproportionnée. C'est bien dommage, parce qu'au milieu de pages ennuyeuses (voire même, pour certaines, qualifiables de remplissage), on trouve une histoire assez bien imaginée et construite.
Alors certes, Pennac, dans "Comme un roman", affirmait au lecteur son droit imprescriptible de sauter des pages. Comme quoi, on peut toujours piocher... 

06 janvier 2009

La caverne des idees ! Je crie au génie!!!

la_caverne_des_id_es  Vous vous imaginez peut être que le libraire lit tous les livres pour vous sélectionner les meilleurs (on m'a déjà posé sérieusement la question!). Rien n'est plus faux. Ce n'est pas faute d'essayer, mais il y en a trop. Parfois (souvent) , c'est même le client qui fait remarquer au libraire un bon livre. Comme ce fut le cas pour celui ci. Ce client, me l'a tellement bien présenté que je l'ai acheté le soir même!

  Je n'hésite pas à le dire, José Carlos Somoza est un génie. Ce polar m'a bleuffé, pris par le piège du récit, de sa construction. Je vais m'expliquer. Un petit mot d'abord sur l'histoire.

  Dans la grèce antique (situez l'action entre le V et le IV siècle avant JC: après la tyranie des trentes il me semble. Réferez vous à une histoire de la grèce antique pour plus de précisions). Un éphèbe (Jeune athénien recevant une éducation le préparant à sa futur vie de citoyen) est assassiné. Son mentor à l'académie sollicite les services d'un déchiffreur d'énigmes Heraclés Pontor. Ensemble ils vont tels Sherlock Homes et le docteur Watson, écumer Athènes jusque dans ses plus sombres quartiers pour comprendre ce crime. D'autant plus que d'autres morts tous aussi inexplicables surviennent rapidement.

  C'est une enquête des plus passionantes qui nous fait en plus découvrir la vie de l'Athènes du IV eme siècle Av JC. Nos deux amis vont devoirs revoirs leurs jugements, leurs préjugés et affronter le danger pour espérer résoudre l'enquête. Des indices apparaîtront, d'autres qui nous échappent mais pas à Héracles Pontor!
Ce n'est pas là le seul interêt de ce polar, ressemblant je l'ai dis, à un Sherlock Homes ou à un hercule poirot à l'antique.
  Autre point fort: Un traducteur retranscrit sous nos yeux, à travers des notes en bas de page, pensant s'appuyer sur la raison, ce texte de la caverne des idées. Ce dernier est convaincu que la caverne des idées, divisé en 12 chapitre chacun symbolisant une idée forte (tel les 12 travaux d'Hercule, ici les 12 travaux d'Héracles Pontor)), récéle une clé importante. Sans arrêt, il compare ses traductions et découvertes avec le premier traducteur de ce texte. Ces annotations (pas très longue) deviennent aussi passionnates que l'histoire en elle même! Une double lecture très agréable s'installe.
  Qui est ce traducteur?? Somoza? Un autre que Somoza cite? Ou encore autre chose? Et puis progressivement on comprend, et là on crie au génie! L'histoire prend une troisième perspective mais je ne peux vous dire laquelle sans vous gacher le plaisir de la lecture et de la découverte. Je ne dis qu'une chose: Jose Carlos Somoza a fait fort, très fort! C'est un polar qui dépasse en dimension bien d'autres! Car il y a autre chose que l'intrigue déjà exellente et la tentative d'éclairage du texte par le traducteur. Il y a un message finale. Une force du texte qui en fait un monument littéraire, et ce, sans aucune prise de tête! (pour ma part j'ai lu ce roman en rentrant du travail le soir).

Je vous dit déjà bonne lecture!

L'afghan/Ravhin.

   

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02 décembre 2008

La chasse au renne de sibérie

Chasse_au_renne_de_sib_rie Il était temps que je poste la critique, vu que j'ai fini le livre depuis plus d'une semaine déjà. (ça c'est de l'introduction...). Je ne m'attarderai pas sur l'auteur comme j'en ai l'habitude (juste préciser qu'elle est journaliste économique et dénonce assez régulièrement les liens entre le crime et l'économie), j'ai déjà fait un article de présentation dessus.

La chasse au renne de sibérie est ce que j'appelle: un "thriller économique" dans la russie 'moderne'. Je vais m'expliquer, mais petit rappel de l'histoire.

Denis tcheriaga est un ancien juge d'instruction reconverti comme directeur de la sécurité (autrement dit comme homme de main aux pouvoirs super étendu) du 5ieme plus gros conglomérat sidérugique mondiale (AMK)dirigé par Izvolski dit Le Lingot. Mais voilà, la disparition d'un directeur d'une filiale dirigé par AMK va précipiter denis Tcheriaga dans une sombre machination orchestré par la banque Iveko pour la prise de contrôle du conglomérat métallurgique. Vont alors se croiser au cours de sanglants affrontements, mafias russe, politiciens et policiers corrompus, fiscs plus ou moin pourri, et tout autres services ou organisations plus ou moin achetable, et quelques rares personnes honnêtes.

C'est un tableau plutôt interressant (et inquiétant) que dresse Julia Laytinina (l'auteur) du fonctionnement de l'économie, du politique et de la grande criminalité russe. Ainsi que les liens existants entre eux. Car il ne faut pas se leurrer. Qui a l'argent et l'influence, peut tout contrôler, y compris le fisc, les politiques, et même les services armées sencés être au service de l'Etat. En lisant ce polar on se demande presque si moscou, le kremlin, se situe dans le même pays que la sibérie, tant les "princes" financiers agissent sur leurs terres comme des seigneurs dignent de l'époque féodale, tant aucune règle ne semble incontournable.
Denis Tchériaga véritable "chien fidèle" d'Izvolski (vous l'aurez compris c'est le personnage principal du roman) va mener une lutte d'infleuce à la limite de la légalité (quoique plus rien ne semble légale ou pas) mais lutte aussi sanglante, sans merci contre la mafia, la banque Iveko, et toute les manoeuvre politico financière prise pour détruire AMK.

Il faut tout de même quelques pages pour s'habituer aux noms russes pas toujours prononçable, mais je vous rassure, il n'y en a pas trop.
On peut peut-être émettre quelques réticences quant à la traduction qui manque un peu de "vivant" (à moin que ce ne soit le style de l'auteur...),le manque de rythme de quelques chapitres parfois un peu trop dans les délibérations stratégico économiques et peut être, le denouement qui manque un peu de panache. Mais ne vous arretez pas à ce dernier terme ce serai une erreur! La chasse au rene de sibérie est vraiment passionnant pour le tableau dressé de la russie moderne!

Ravhin.

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