09 avril 2009
Du vent dans les branches de Sassafras
Après Pons qui trucide sa femme et ses voisins, des vacances en Bretagne dans une ville de province aseptisée (mais néanmoins reposante), un Murakami qu'on peut oublier sans cas de conscience, une bouse pseudo érotico-intello-prétentieuse, un bouquin rigolo s'imposait.
Et comme la réception d'Obaldia à l'Académie s'était faite à une époque où c'était un gage de qualité, je me suis dit que c'était une bonne idée de se pencher sur Du vent dans les branches de sassafras.
En commencant la lecture, on s'attent à tout, sauf à ce sur quoi on tombe. Nez à nez, même. En effet, sassafras n'est pas un lieu, mais un arbre, ca ressemble même à ca. Etant donné qu'on le retrouve plutôt dans le centre est des Etats-Unis, on ne va pas s'étonner qu'Oeil-de-Lynx, le Peau-Rouge de la pièce, s'en serve pour communiquer à ses troupes la situations des cow-boys prisonniers de leur ranch assailli.
Obaldia se défoule pas mal, dans sa pièce. Il campe bien les personnages, les excluant tous de la normalité. On se retrouve avec un vieux de soixante dix ans (comme pouvait l'être Claude Rich dans Coeurs, de Resnais), un toubib qui se pochtronne à longueur de scènes, une femme soumise, une fille entrant parfaitement dans le canon de beauté de maintenant, un fils jeune et pâle blouson de cuir, un sherif blasé mais courageux et espagnol, des indiens pas bilingues et même une prostituée as de la gâchette.
Tout ce petit monde, au milieu du dix neuvième siècle, un peu à l'est des états où s'illustraient Wyatt Earp, Jesse
James, les frères McLaury, "Wild" Bill Hikok (éphémère mari de Calamity Jane), "Curly" Bill Brocious, Doc Holliday, Daniel Boone ou encore Frank Quantrill, Obaldia flingue l'aura des as de la gâchette en reconstituant la situation type du cow boy en détresse mais qui résiste jusqu'au bout, les dépeignant comme peut le faire le quotidien. De même que le roi Arthur, pour rester dans la mythologie, ne devait pas être le plu noble des hommes tous les jours, il devait par exemple forcément dire des gros mots (comme le démontre Alexandre Astier, par exemple).
Parce que oui, le western et ses mythes sont la mythologie américaine. Et Du vent dans les branches de sassafras, par son décalage et son cynisme lorsqu'il s'agit de légendes, se rapproche de Kaamelott. L'un châtie bien les légendes bretonnes, l'autre le mythe sheriff et des as de la gâchette, des vrais. Du western.
09 mars 2009
Bouli Miro
C'est court, ca se lit vite, ca dépote, ca fonce, c'est une fable mignonne et fantaisiste mettent en scène un gamin énorme et bigleux dont sa cousine tombe en amour à la naissance.Et c'est là qu'on voit que Melquiot a été gamin, on a même l'impression, tellement que c'est mignon, que Fabrice Melquiot a interrogé des enfants candides et mignons avant d'écrire la pièce. L'histoire en elle même a peu d'intérêt, c'est une sorte d'ambiance enfantine qui nous transporte dans le livre. Pour ceux qui douterait de la fantaisie de Bouli Miro, on peut se dire que c'est une sorte d'Olivier Rameau enfant, avec des aventures plus rythmées que celles de Rameau. Et plus déjantées, aussi, c'est pas dans Olivier Rameau que Sharon Stone débaroule sans crier gare ni que des réfugiés albanais remontent le moral à un chef de gare dépressif. Alors je parle même pas de la voix sismique du tonton ni du kiosque à journaux du papa. Et pourtant, l'avalanche de personnages fantasmagoriques tient en une cinquantaine de pages. C'est singulier.
Mais génial.
24 février 2009
La ferme des concombres
Patrick Robine est discrètement passé chez la Table Ronde, et pour autant, je ne suis pas certain qu'Actes Sud le regrette avec insistance. Ne voir là aucune méchanceté, mais simplement, Robine a beau faire des textes rigolos, ils fondent dans la bouche comme une petite comédie familiale américaine. C'est marrant, ca détend sur le coup, mais ca s'oublie aussi facilement que ca s'est laissé voir.
A bien y réfléchir, on ne peut décemment pas dire de La ferme des concombres est pourave comme une bobine de film d'Eddie Murphy ou un méchant de la première génération des Powers Rangers (encore que le deuxième cas provoque, à l'heure actuelle, une certaine sympathie chez le spectateur de part son aspect rétro, années 1990, et les souvenirs du mercredi de 1993 lorsque Marseille était champion d'Europe et que la matinée était ponctuée par ces sémillants justiciers masqués). Robine a fait quelque chose de marrant, même si on peut trouver quelques passages un peu poussifs, mais ne peut pas prétendre à marquer l'histoire de la littérature, ni non plus marquer un lecteur à vie. Je veux dire par là que marquer un lecteur sur un quart d'heure avec La ferme des concombres, c'est déjà pas mal. Pour vous donner un exemple, j'ai terminé ce bouquin la semaine dernière et ne poste quelque chose sur lui que maintenant, me souvenant de lui après l'avoir vu, sur mon bureau, entre Les errances d'Oisin (vivement conseillé par Le Livraire) et le programme du Théâtre du Nord Ouest, endroit dans lequel vous devez aller, les deux objets n'ayant pas bougé depuis plusieurs jours.
Pourtant Robine a lancé un courant littéraire, qui, sans être important, peut s'avérer intéressant: le livre M&M'S.
11 novembre 2008
Du statut de "Château en Suède"
Sous la pression de l'Afghan, je poste quelque chose de plus exhaustif sur la pièce de Francoise Sagan dont la réédition tardive provoquait mon émerveillement.
Lorsque je bossais au Coupe Papier, petite librairie à l'Odéon, spécialisée en théâtre et qui fera certainement l'objet d'un prochain post, la clientèle demandait assez régulièrement avec force et vigueur (et stress, parfois), des titres épuisés depuis quelques années. On avait donc, dans le panel de titre épuisés mais demandés des pièces de Marcel Aymé, quelques titres de Feydeau, l'intégralité des essais de Louis Jouvet sur le métier de comédien et dont au sujet desquels qu'aucun éditeur n'a la présence d'esprit de rééditer, l'intégralité des pièces de Steven Berkoff (à l'époque, évidemment, puisque maintenant ca va, merci Actes Sud), toutes celles également de Tom Stoppard, et bien sur Jerzy Grotowski et ses essais sur la mise en scène. Et "Château en Suède", de Francoise Sagan, publié me semble-t-il à l'Avant-Scène Théâtre du temps où il était joué dans je ne sais plus quel théâtre dans les mois suivant la fin de son écriture.
Un client enthousiaste m'avait même fait un petit exposé improvisé sur la pièce, avancant le caractère génial qui embaumait les lignes de Sagan, le démontrant par la collaboration d'André Barsacq pour l'écriture, l'Avant-Scène, l'adaptation au cinéma par Roger Vadim deux ou trois ans plus tard, le génie de la plume de Sagan, la reprise de personnages de la pièce dans un livre publié quelques années plus tard... Le patron, occupé dans l'arrière boutique, qui écoutait d'une oreille l'homélie, opinait doucement à chaque argument, et soutenant un peu plus tard les propos du client enthousiate mais décu de voir le titre épuisé.
La demande sur ce titre précis de la bibliographie de Francoise Sagan est revenue un sacré bout de fois ensuite, par les clients, par les recherches bibliographiques, ou par d'autres moyens dérivés. On m'a tellement affirmé que cette pièce était géniale que je me suis dit que j'essaierais de trouver l'édition épuisée quelque part, mais bien sûr, je me suis suffisamment cassé les dents pour avoir le droit à la machoire de "Dents de Requin" dans James Bond. Alors, j'ai un peu oublié, puisque de toute facons, il y avait bien autre chose à lire, même trop par rapport au temps dont dispose un lecteur, fut-il assidu jusqu'au sang.
Et puis, donc, c'est ressorti. C'est comme qui dirait une bonne nouvelle.
07 novembre 2008
C'est quand même pas trop tôt, je trouve
Ca y est. Enfin. Ils l'ont réédité.


