La Confrérie des Libraires Extraordinaires

"Le libraire est l'ami du livre; pas de tous les livres, mais de ceux qu'il considère assez pour les transmettre aux lecteurs." Tahar Ben Jelloun

05 septembre 2009

La faculté des rêves

facult__des_revesCommencons par être honnête: je ne suis pas allé jusqu'au bout de la faculté des rêves. Qu'on ne m'en veuille néanmoins pas, j'ai essayé.

Dès que le livre est arrivé, il a interpellé un grand nombre de personnes qui sont passées devant. On se retrouve face à l'univers de Valerie Solanas, prostituée américaine qui, dans les années 1960 a tenté de buter Andy Warhol pour se faire un nom. Le récit avait l'air d'être construit dans un enchevêtrement de prose, de théâtre, quelques vers, de courts chapitres dont les liaisons entre eux pouvaient faire penser, à première vue, à Alexandra Geyser (pourtant, même si je ne la connais pas et même si c'est pas si compliqué, Sarah Stridsberg a l'air plus classe que Geyser, un cran au dessus, je veux dire, si ce n'est plus). Je confesse donc volontiers qu'en prenant ce bouquin à lire, j'étais plus animé par la curiosité que par l'entrain.

Après quelques pages, on s'apercoit que Stridsberg a travaillé la manière dont elle restitue des ambiances, même si on est loin du compte, et par moment, on se demande si son but n'était pas de replacer dans un bouquin un string maculé de sang, une vieille sécrétion vaginale et un juge d'instruction à moustaches.
Certes, on s'imagine bien Solanas en sorte de Shirley Goldfarb encore plus désargentée et dépressive également, mais sérieusement, elle. Au premier degré, je veux dire. On se figure la pute de quarante ans, déjà les cheveux rêches et gris, accoudée à sa table, devant sa fenêtre, une bouteille d'alcool fort dans la main et les yeux sur les oiseaux qui attendent quelque chose mais quoi sur les lignes éléctriques. La facon dont elle depeind l'univers de sa personnage manque en revanche cruellement de finesse et les termes employés pour faire passé l'aspect glauque de son sujet passe pour le plaisir d'être cru (pas le plaisir malsain, mais plutôt le pari entre amis "Eh, tu paris que je replace une sécrétion vaginale dans un roman ?") et rends des atmosphères glauques stériles. On voit bien qu'il faut que ca soit glauque, mais la nécéssité de la décrire plus que de la mentionner n'apparait pas évidente, lesdites descriptions, fréquentes pourtant, ne tendant vers pas grand chose digne d'intérêt.

Mais ca n'engage que moi.



16 juin 2009

Petits suicides entre amis

Petits_suicides_entre_amis   Là vous vous dîtes, après le pessimisme des récits apocalyptiques, ravhin nous sort un truc bizarre là, il nous inquiète! Quand ma compagne a vu le titre du livre que je lisais, elle s'est sur le moment un peu inquiété! Sa tête était assez drôle à voir... Rassurez vous! Pas d'envie de suicide en ce qui me concerne. Je conseillerai même ce livre aux suicidaires ou dépressifs ça vous fera beaucoup de bien!!!

Avec un petit humour noir bien décalé, ce récit est un petit bonheur d'optimisme. A mourir de rire! (l'auteur de ce commentaire nie toute tentative de jeu de mot pas drôle) C'est le récit d'une troupe de suicidaires qui après un colloque décide de chercher un coin sympa pour se suicider dans les règles de l'art. Le leitmotiv: autant faire ça bien, proprement et à plusieurs.
Cette joyeuse troupe déambulera dans toute la Finlande et ailleurs à la recherche du site et de la manière idéale.

Il n'y a pas à dire, on ne s'ennuie pas! Paasilinna écrit tellement bien, qu'il nous implique dans le projet fou de ces hommes et femmes qui n'ont plus rien à perdre. On a presque envie qu'ils réussissent tellement l'on est entraîné dans cette aventure folle. Si je vous choque en disant ça, j'en suis désolé, mais les scènes décrites et le décalage qu'elles suscitent vous fait complètement rire! De toute manière, j'ai dit "presque"! Car Arto Paasilina distille au fur et à mesure du texte quelques éléments assez forts qui nous revenir à une certaine réalité. Une description assez forte des hommes et femmes mis au ban de notre monde. Au finale nous prenons toute la mesure de leur détresse sans qu'à aucun moment nous nous sentions déprimé. Une aventure folle, petits suicides entre amis nous donne un petit coup de booste au moral. Que du bonheur!

C'est un texte résolument optimiste et habile! Un régale. Une histoire dingue et décalé, parfois dur mais toujours belle.


Ravhin l'Afghan.

19 février 2009

Le géant

geant_bdEst paru il y a quelques jours un bouquin de Riikka Ala-Harja, au nom à l'orthographe difficile à retenir.
L'action se déroule en Finlande et campe un ado qui mesure, à 16 ans, deux mètres vingt sept, soit une taille convertible, si l'on change de mètre étalon, en un peu plus d'un Great Khali (à droite). Taneli est donc le plus grand du lycée (et de loin), et les adolescentes de son âge sont un peu rebutées par sa taille. Taneli, qui n'échappe à la la règle de l'ado, commence à seize ans à trouver anormal d'entrer systématiquement seul dans un lit mais profite de son poignet pour avoir une vie sexuelle pas trop plate. Il va même, pour combler se manque, jusqu'à prendre des cours de théâtre avec une comédienne locale, de retour au pays après un exil raté, et qui a récemment posé nue pour un magazine de cul.

Pour être tout à fait honnête, j'éprouve une certaine sympathie pour l'éditeur, Gaia, estimable par essence par leurs idées chouettes de traduire et d'éditer Wassmo, Riel ou Mazetti, mais, pour continuer dans l'honnêteté, Ala-Harja, on pouvait s'en passer.
Pourtant, formuler un reproche précis sur Le géant n'est pas si facile. En mettant des mots sur les impressions, on peut déplorer un manque d'inventivité et de trop grandes longueurs. J'entends par là que le style choisi est facile et un peu monotone, et que la description de l'adolescence par les questions due à une éducation sexuelle pudique au point d'être inexistante (ce qui est malgré tout tout à fait réaliste, pour le coup) de laquelle découle une obsession juvénile ne se résume pas à mater des pages et des pages durant une prof de théâtre, fut-elle une bombe. Je veux dire par là que l'ado ne fait pas que mater et se lamenter sur ses échecs sentimentaux. Ala-Harja s'attarde tellement sur quelques points qu'elle rend sa description de l'adolescence incomplète. Malheureusement...
La suite, parait-il, parle de New-York et du théâtre, des comédiens et de la scène, mais le style et le questionnement de Taneli dans les premières pages agissent comme un préventif.

28 décembre 2008

La pierre qui vibre

brummsteinIl en fallait bien un chiant au milieu de toutes ces bonnes lectures. Le bouquin d'Adolphsen dont je vous parlais il y a quelques articles s'est bien avéré aussi chiant que le laissait prévoir les premières pages. La quatrième de couverture parle d'une pierre assez étrange et peut-être témouine d'une activité géologique passée et révolutionnaire que découvre un passionné de géologie dans les Alpes suisses après la guerre de 1870. La pierre censée être un trésor des sciences devient petit à petit inintéressante à force du peu d'attention qu'on lui porte et passe de mains en mains jusqu'au milieu du XXe siècle. Le problème de "Brummstein" ("pierre qui vibre" en allemand et titre du bouquin chez Gaia), c'est qu'on attend, page après page, que ca démarre. On sent le début proche, on sent que ca peut s'emballer d'un moment à l'autre et être un bon roman. On sent que ca va se faire, que l'étincelle va se pointer; on sent que ca vient, que ca se rapproche, mais ca ne vient pas. On s'impatiente, on sent le début proche, mais le début arrive sans doute après la fin. C'est emmerdant.

30 octobre 2008

La cathédrale

cathedraleMême avec ce titre, je ne paierais aucun droit d'auteurs à personne, même pas à Terje Stigen, l'auteur du livre que je viens de finir et dont je me suis servi du titre pour intituler un article qui déjà a l'étoffe d'un article absolument exceptionnel. Que ce soit donc bien clair.

 

Je plante rapidement le décor. Une ville, en Allemagne, début 1945. Tout est par terre et ressemble à s'y méprendre à des tas de cailloux qui autrefois peut-être ont été des maisons et bâtiments divers. La seule survivante de la ville, c'est la cathédrale. Une énorme bombe à traversé le dôme et s'est figé dans le sol, mais ne représente visiblement aucun danger pour les quelques civils qui y ont trouvé refuge. Ces civils (déjà fameux puisque j'en parle) sont en fait un groupe d'allemands assez hétéroclite, avec un musiciens dont les ambitions ont été mutilées par la guerre et pas mal ébranlé par la situation, un SS déserteur qui ressemble à s'y méprendre à un colosse et dont la guerre a commencé à ronger la raison, un instit qui a vu de ses yeux dix-huit de ses vingt quatre élèves déchiquetés par une bombe anglaise et un comptable plutôt mystérieux rescapé de la destruction de Dresde, une famille de riches commerçants antipathiques et aux multiples enfants. Plus, évidemment, le personnage principal, fils d'un épicier dont la famille entière a fini dans une maison qu'une bombe à transformé en aérosol.

 

La cathédrale en question est donc un lieu de refuge dans lequel un groupe de personnes traumatisées par la guerre tente de conserver un semblant de raison, si tant est que cela soit possible. Je suis très difficile, en ce qui concerne les bouquins, un peu comme un sale gosse avec la bouffe. Pourtant, là, je suis incapable de dire si c'est merveilleux ou pourave, même si j'opterais plutôt pour la première option, en la nuancant, toutefois. La plume de Stigen est balaise et au dessus de la moyenne et même si on ne jouit pas (littérairement parlant, allons !) en lisant, il faut bien aussi noter que le style est assez plaisant et bourré d'une certaine poésie. Pas comme Lyonel Trouillot, tellement poétique que le livre s'étouffe lui même, pas lyrique non plus parce que c'est un mot qui fait peur et tellement employé pour tout qu'il ne veut plus rien dire, mais la poésie de la plume de Terje Stigen confère au récit et à l'atmosphère une saveur particulière.
L'atmosphère, justement, tiens ! Là encore, on voit que Stigen n'est pas un manchot, ni par la plume, ni par la construction du récit, ni par l'imagination. Un huis-clos presque total, plusieurs mois durant, dans une cathédrale balafrée, ca peut donner lieu à un bouquin qui te refile un sentiment assez étrange quand tu le lis. Et Stigen l'a parfaitement exploité. Ceci dit, le sentiment dont je parle est assez particulier et pas désagréable, et pourtant, même après une bonne réflexion, je suis parfaitement incapable de le décrire, ou alors il me faudrait ne pas être scrupuleux et rigoureux et décrire quelque chose qui s'en rapproche.

 

Je crois qu'en fait, on peut dire de "La cathédrale", de Terje Stigen, publié aux Presses Universitaires de Caen, que c'est un véritable ovni. Loin pourtant de ce que quelques critiques littéraires nazes appellent "ovni" les livres qui leur on plus, n'hésitant pas à cracher que c'est bien donc différent de tout. Je ne cherche pas à dire que "La cathédrale" est bien et qu'il faut le lire, je n'ai pas la prétention de décréter quel livre est bien et lequel est nul. Mais, je constate que "La cathédrale" ne rentre dans aucun des genre de bouquins dont les librairies regorgent, c'est un livre qui a suffisamment de caractère pour se démarquer du roman moyen que vous pouvez trouver dans une bonne librairie.

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