27 juillet 2009
Un combat
Je me suis dit que tiens, l'expérience du Pigeon ayant été probante, un autre Süskind ne pourrait pas faire de mal. Ben merde...
Pour être honnête, j'aurais aimé être satisfait par Süskind, mais à bien y regarder, il n'y a pas vraiment le compte.
Comme dans pas mal de recueil de nouvelles, le tout est assez hétérogène et irrégulier, certaines idées sont travaillées, d'autres sont plus poussives et peuvent faire penser à du remplissage. Toutefois, on ne me fera pas croire que Süskind a travaillé ces nouvelles comme il avait travaillé Le Pigeon. Le style est assez superficiel, et dans nombre d'idées qui méritent un développement conséquent, Süskind se contente d'énoncer en quelques phrases ce dont il veut parler sans vraiment aller dans le fond des choses.
Le résultat donne des nouvelles très rythmées mais sans temps de repos. Comme un film d'action de deux heures quarante: à force d'explosion et de rafales de famas furieux, on se lasse et on zappe. C'est exactement ce qui arrive, un évènement qui demanderait quelques pages pour lui se réduit à un paragraphe et on se retrouve avec une nouvelle de huit pages qui en supporterait une trentaine.
C'est bien dommage...
23 juillet 2009
Les fausses mesures
Ravhin, cette fois ci, tu n'auras même pas à t'époumoner en voyant que le visuel n'est pas dans l'album photo, le site de l'éditeur lui même en est dépourvu. ( Ah ouais?^^ >ajout de ravhin)
Cette parenthèse refermée, on va pouvoir passer aux Fausses Mesures, parce qu'on est la pour ca, quand même.
Je sais que beaucoup aiment les critiques auxquelles sont greffées un résumé du bouquin, mais comme d'habitude, je n'en ferais pas. D'autant que Les Fausses Mesures rentre pile poil dans la catégorie de bouquins, non seulement à défendre absolument, mais en plus dans celle des bouquins qu'on a vraiment aimé et pour lesquelles tout synopsis aboutit à un flot abondant et feuillu d'information sur l'histoire elle même et fatalement à un gâchis de la lecture. Parce que oui, si je vous raconte tout, vous n'aurez plus envie de le lire. Joseph Roth, c'est quand même vivant, c'est pas du Kundera. Donc, par pur souci de maintien de votre envie de vous jeter sur Les Fausses Mesures, je tiens à me tenir le plus éloigné possible du risque de faire un résumé trop long qui vous ôterait l'envie de le lire simplement parce que je n'ai pas pu m'arrêter dans mon homélie.
Pourtant, je peux quand même vous en parler. Pour ceux qui aiment la littérature et la bonne vieille expression du genre romanesque, c'est pour vous (tiens, prends le !); et pour ceux qui aiment les contes, c'est pour vous aussi (tiens, prends le, toi aussi !). Je vous sens perdu, d'où la nécessite de développer les lignes précédentes.
Les Fausses Mesures est à situer entre le conte et le roman. J'entends par là qu'on retrouve autant d'expressions de ces deux genres au sein du texte. Effectivement, on retrouve les ficelles que Roth a utilisé dans les contes, malgré la construction du récit comme un bon roman. Malgré le style sur lequel il raconte l'histoire d'Eibenschütz, artilleur reconverti en fonctionnaire dans une région froide de l'Autriche-Hongrie, on discerne le schéma narratif du conte et on peut établir un parallèle avec ETA Hoffmann (ou Andersen), bien que l'univers fantasmagorique ne soit ici pas clairement défini. Par exemple, les personnages eux mêmes sont des personnages de conte, s'il on y regarde bien, et bien que Joseph Roth n'ai pas eu besoin de deux cents pages pour le faire (comme Stieg Larsson, par exemple), on cerne bien les personnages e leur provenance, même si l'exploitation qui en a été faite pour le récit correspond plus à ce qu'on retrouve dans les romans standards.
Mais si, allez, reprend une aspirine.
Outre la manière dont Joseph Roth a travaillé un conte pour le faire entrer dans le genre romanesque, pour ceux qui se le demanderait, on ne se retrouve pas face à un brownie comme d'autres auteurs qui expérimente un roman qui mêle plusieurs genre. On est pas dans la densité de Julien Capron ou de Chloé Delaume, mais on se retrouve dans un style assez dépouillé qui ne s'encombre pas de fioritures diverses, ni de bibelots superflus, ni de moulures circonstancielles, ni de trucs et de machins surnuméraires.
Pour ceux qui aiment les métaphores à deux balles, enfin, ce roman est comme un torrent de montagne. Il suffit de se planter devant et de se laisser porter par lui. Je mets d'ailleurs au défi le premier venu (et les autres aussi) d'avoir recours à un marque page pour la lecture des Fausses Mesures.
(Putain, je me suis jamais vu aussi dythirambique...)
05 juin 2009
Fuck America !
Maintenant qu'il est revenu à la vie bloguesque et aux affres du cybermonde, Adnihilo a du pain sur la planche tant il a eu le temps nécessaire pour lire pendant ce long mois sans internet et durant lequel je me languissais de vous tous.
Pour commencer, j'ai lu, en grande partie au jardin du Luxembourg, Fuck America, d'Edgar Hilsenrath, qu'Attila a eu la bonne idée de traduire et de publier.
Le bouquin est en grande partie autobiographique, ce qui m'évite un long paragraphe. Je veux dire par là qu'au lieu de présenter l'auteur et le bouquin, je vais faire d'une pierre deux coups. C'est d'ailleurs ce qui me vaut mon statut de Libraire Extraordinaire.
Edgar se pseudonimyse dans le livre Jakob Bronsky, émigré allemand perdu des années dans l'immensité de New-York, trainant de petit boulot en petit boulot, comptant éternellement ses sous, écrivant tout le temps, s'adonnant pour survivre à des magouilles de légitime défense et pleurant sa bite en friche au sortir de la Guerre qui a tout ravagé sur son passage, lui y compris. Employée comme ca, l'expression concernant la bite peut surprendre, mais je ne fais que calquer l'état d'esprit de Bronsky-Hilsenrath dans mon modeste post.
On est pas si loin de Fante ou Bukowski, avec un genre de personnage qui aimerait bien choper mais qui ne peut pas, gêné par ses comptes d'apothicaires et sa réputation de prêt à tout pour quelques dollars de plus qui lui octroient quelques jours de vacances en plus, qui lui permet d'écrire, malgré sa bite en jachère. On peut même avancer qu'en dépit de certains efforts, il n'arrive pas à s'intégrer, barrière supplémentaire à l'usage de sa bite.
Détrompons nous pourtant, il ne s'agit pas d'un manuel de dépression, même si l'histoire n'est pas joyeuse. Il s'agit d'un roman qui, malgré son manque de gaité, est totalement absurde et dans lequel florissent des énormités ou des passages déjantés embués d'alcool divers.
En revanche, n'allez pas imaginer un texte bon enfant, c'est cru, sans ambages et grincant, ca ne s'embarrasse de rien et ca va directement à l'essentiel, malgré la richesse du personnage principal (pas en dollars, mais vous aurez bien compris le sens de cette phrase) et sa truculence.
Ca vaut le coup, le défaut (si c'en est un) étant le temps d'exploration exigé par le texte, on ne peut pas dire que ca soit si long que le suggère le dos du livre. Mais bon...
04 avril 2009
Coup de tête, d'oeil
Le Comte entame la lecture du livre " le soldat et le gramophone"
Dés les premières pages on ets captivé par le récit et le style. Pour un premier roman il promet beaucoup.
A suivre.
05 mars 2009
Gloire
En le voyant sur la table, je me suis dit que puisque Les arpenteurs du monde était pas mal, Gloire devait être dans la lignée.
Gloire se compose de neuf nouvelles qui, éventuellement, peuvent avoir un lien entre elles. Encore que. Elles ne sont liées que par paire, quand elles trouvent dans le bouquin une siamoise digne d'être leur soeur. On trouve, pour ne citer que la meilleure et la plus rigolote, voire même la seule digne d'être relevée, un citoyen allemand banal, qui répare des PC récalcitrants, qui du jour au lendemain recoit sur son portable des appels qui ne lui sont pas destinés, mais qui tendent vers Ralf, un homme qu'il n'a jamais vu. Excédé dans un premier temps, le techinicien se prend au jeu et répond aux appels en se faisant passer pour le destinataire espéré. On trouve donc quelques actes gratuits, mais marrants, comme lorsqu'il hurle dans le téléphone "On annule tout !" sans avoir la moindre idée de son interlocuteur, du sujet de la conversation, ni même de ce qu'il annule. Pourtant, aussi cocasse soit-elle, cette nouvelle aurait pu être géniale si Kehlmann avait eu lidée (géniale, elle aussi) de l'écrire avec un peu d'inventivité, même un petit peu. Mais non.
Pour ceux qui, malgré tout, sont tentés par le nouveau né de l'auteur des Arpenteurs du Monde, je préfère vous prévenir, la meilleure est la première, les autres le sont moins et le recueil est au final un dégradé de couleurs. Mais la première peut valoir le coup quand même, si vous n'avez rien à lire, un soir, esseulé(e) dans le salon, sans rien à la télé ni amis dispos.
16 janvier 2009
Christian Delius est allemand
Ayè. J'ai (enfin) finis Christian Delius et son "Le dimanche où je suis devenu champion du monde". Comme son nom ne l'indique pas vraiment, Christian Delius est allemand, et à lire son texte, on le remarque assez facilement.
Pour être tout à fait honnête, "Le dimanche où je suis devenu champion du monde" rentre parfaitement dans lzs clous de la littérature allemande, ou, plus largement, de la littérature germanophone (pour faire plaisir aux suisses alémaniques et aux autrichiens): le rythme est assez lent, il ne se passe pas tant de choses que ca, mais chaque élément dont l'auteur parle (qu'il s'agisse d'un personnage quelconque, d'un lieu ou d'autre chose) prend une valeur certaine tant les germanophones savent décrire ce qu'ils voient. Dans le cas présent, une simple cloche qui sonne dans une église parait fascinante. On s'y attarde, dans la description, dans les conséquences sur les voisins, dans ce qui se passe autour au moment précis où elles commencent leur voltige, et digression vers le curé qui s'en occupe et même quelques lignes pour la forme pour le fabriquant de ladite cloche. De fait, on se retrouve plongé dans l'atmoshpère comme si on vivait au quotidien dans le village au clocheton qui vibre, on se retrouve plongé dans le bouquin comme si on y était acteur. Comme quoi, les allemands savent bien manier l'atmosphère et la restituer dans un bouquin.
Et puisque cet article est censé concerner "Le dimanche où je suis devenu champion du monde", parlons du bouquin en question. Il y a quand même quelque chose de regrettable, malgré les occurences nombreuses des caractéristiques savoureuses de la littérature allemande: le texte reste trop dans les clous. L'atmosphère est vachement bien rendue, mais il manque quelque chose de différent qui démarquerait ce livre des autres. J'irai même jusqu'à déplorer ce que je louais dans le paragraphe précédent. "Le dimanche où je suis devenu champion du monde" est trop pareil, trop comme les autres, trop dans les clous; il manque ce qui pourrait le démarquer des autres. Le style est pas mal du tout mais il manque un petit peu de personnalité, de tripes de l'auteur. On y retrouve tellement d'Allemagne qu'on en arrive à y perdre l'élément qui pourrait faire de ce roman quelque chose de bien, pour que l'on puisse dire: "C'est bien, à la hauteur de la bonne littérature allemande, ca ressemble à la vraie, à la grande, et en plus..."
En d'autres termes, c'est un bon livre auquel il manque quelque chose qui pourrait lui permettre de sortir du lot. "Le dimanche om je suis devenu champion su monde" est hélas noyé dans la quantité de romans pas mauvais, voire même bon, mais qui ne peuvent pas prétendre à égaler un Zweig ou même un Hesse. Trop dans la moyenne, hélas...
28 novembre 2008
C'est génial, c'est tout
Il y a des moments, de temps à autres, ou ce qui peut se dire de
positif découle de son antécédent. Par exemple, je me retrouve démuni
devant "Le voyage dans le passé", parce qu'encenser ce texte est
superflu, ferait trop lourd après sa lecture. Au fond, après une
lecture de Zweig, le silence qui suit est encore de Zweig, à tel point qu'une fois fini, tu ne peux pas t'emêcher de recommencer le bouquin. C'est génial,
c'est tout. C'est la littérature absolue, rien a redire, qu'est-ce qu'on peut rajouter, de toute facon ? Zweig
s'apprécie en silence.
24 novembre 2008
Quand on voit Zweig...
...comment résister ? Hein ? Je vous le demande...
13 novembre 2008
Peter Stamm
Avant toute chose, je concède volontiers que l'intitulé de la catégorie dans laquelle cet article est référencé est ambiguë. Il s'agit en effet plus de littérature germanophone que de littérature allemande. En l'occurence Peter Stamm a plus l'habitude d'être suisse alémanique qu'allemand. Attention, c'est pas la même chose. L'allemand est allemand, c'est logique, le suisse alémanique est suisse avant d'être germanophone, d'autant plus qu'en allant dans cette direction, la langue de Suisse dite "allemande" n'est pas de l'allemand du tout. Toutefois, il convient que j'arrête ici ce débat à sens unique qui n'intéresse personne, même pas moi. Et puis je ferais quand même bien de me surveiller avant de tenir un discours pouvant s'apparenter aux idées de l'UDC. Quand même...
Donc, disais-je avant d'être assez grossièrement interrompu par moi même, j'ai lu Peter Stamm, qui va sortir prochainement un recueil de nouvelles "Comme un cuivre qui résonne". Qu'on m'excuse d'ailleurs de ne pouvoir présenter la couverture, j'ai eu les extraits en épreuves non corrigées et la couverture n'était pas vraiment finite.
Peter Stamm a vraiment une plume plaisante, sans fioriture ni baratin surnuméraire, une écriture précise qui va directement à l'essentiel. Pour situer un peu, sa plume n'est pas sans rappeler celle d'Agota Kristof, même si l'élève ne dépasse pas encore la maitre en question.
Résumer les nouvelles serait assez difficile, non par le sujet qu'elle traite, mais l'auteur a une facon de reconter certaines choses assez singulière, empêchant tout résumé qui tiendrait la route. Par exemple, "Lukas va à la piscine et se baigne", résumé anorexique, et pourtant, Stamm arrive à accrocher l'oeil et l'esprit du lecteur. Le synopsis est effectivement succin mais la construction des personnages de Stamm rappelle que l'écriture est un art qui n'est pas si facile qu'il ne parait.
Peut-être est ce que vous vous demandez ce que c'est que ce bouquin, avec cette présentation si étrange, mais d'un autre côté, je voudrais bien vous y voir, à essayer de faire passer, par écrit, l'ambiance si particulière qui embaume et émane des textes de Stamm.
Attendez donc janvier et la parution du recueil pour vérifier par vous même que Stamm n'est pas un manchot.
