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Vous vous souvenez, il y a dix ans, quand je vous parlais des adaptations et du danger de les voir après avoir lu le texte ? Je ne sais plus du tout de quelles oeuvres il s'agissait, mais prenons Gatsby en exemple. Une fois avoir lu Fitzgerald, qui a envie d'avoir la tête de Di Caprio, aussi grand acteur soit-il, sur l'image gardée de Gatsby ? C'est à peu près la même chose pour La maison hantée et son adaptation, The haunting of Hill House, encore qu'il y a un paquet de différence. Donc, c'est pas ça du tout.

Mike Flanagan prend pas mal de liberté dans sa série. Il crée des liens de parenté qui n'existe pas, change des personnages de famille, glisse des passages entiers du roman dans d'autres contextes et se livre à un gran bonnetot. Et vous savez quoi ? Shirley Jackson par Mike Flanagan, c'est vachement mieux que Shirley Jackson tout court. Hélas.

Enfin, hélas... Non, pas hélas: tant mieux pour Flanagan. C'est que la plume de Shirley Jackson a vachement vieilli et se retrouve spécialement typée années 1980. On y retrouve tous les personnages classiques et un peu stéréotypés de la littérature américaine à succès de ces années là et, plus encore, on y retrouve la même écriture. Interdiction d'éllipses, détails parfois inutiles au scénario et pas assez finauds pour enrichir le tableau, moments clés un peu trop forcés. Ici un personnage réagit de manière inadéquat mais que la narration tente de légitimer sans en dire beauoup, parfois même en enfonçant des portes ouvertes; là, un chapitre entier pour raconter un trajet en voiture quand on attend fermement que démarrent les intrigues pour lesquelles on est là.

Parce qu'on sait très bien pourquoi on ouvre La maison hantée. C'est même dans le titre, tiens. Après avoir vu la série ou lu la quatrième de couverture, on attend la grande maison vivante et ses entités qui y gambadent. On trouve même quelques idées inventives dans la manifestations des fantômes, quelques bonnes trouvailles dans la descrption de la maison et dans l'ambiance retranscrite et on prend un certain plaisir à comparer la série et le roman. On y trouve ici un nom, là un lieu, un peu plus loin une phase qui résonnent dans la série mais placées complètement différemment, et hélas pour Shirley, c'est Mike qui, après avoir adapté son texte, en fait une curiosité autour de son scénario. Le texte originel devient une entité qui gravite autour de ce qu'il a engendré et ne supporte plus la comparaison.

Quand on a virevolté avec l'adaptation, les décors choisis, les personnages plus fouillés, moins clichées et mieux exploités et qu'on a échappé aux procédés littéraires d'éditeurs américains qui florissaient il y a trente ou quarante ans, on bascule forcément vers l'image. Au détriment du texte, certes. Et on tique un peu. Le classique de la littérature fantastique est devenu roman de gare et par dessus, sur ce terreau, une forêt à poussé. Les fantômes sont mieux dépeints et leur perception s'avère plus affinée et plus recherchée, les personnages enrichis parce que complètement refaits.
Quoique, quelque part, ce n'est pas si triste. Le matériau de départ, transcandé, prolonge la vie du texte. Plutôt que de laisser choir dans l'oubli qui le guettait sournoisement et de se fâner au fil des années comme un objet de déco d'une mode passée, l'adaptation tire le roman vers elle. C'est une série mais qui n'est pas issue d'elle-même. Elle lifte un texte qui en avait besoin et lui donne un intérêt totalement différent que celui qu'elle arborait d'abord.

Certes, le style a jauni et les personnages, fouillés à l'époque et triviaux maintenant, paraissent plus faux mais il y a autre chose à noter ici. Encore une fois, je n'ai pas d'équivalent littéraire mais plein cinématographiques. Prenons par exemple X-Files, série d'anthologie qui a bien mal vieilli, elle aussi. X-Files est une terre fertile qui, bien que craquelée maintenant, a permis l'éclosion d'un tas d'autres oeuvres, qu'elles soient visuelles, littéraires ou musicales. Au même titre que X-Files, La maison hantée est fondatrice de toute une cohorte d'oeuvres fantastiques, ou de science-fiction, ou d'autre genres encore. S'il faut rendre à César ce qui est à César, soulignons le caractère fondateur de ce texte. Ca, personne ne pourra lui retirer.

La maison hantée est un classique du fantastique, bien sûr, et son statut est sauf par l'action de The haunting of Hill House.

 

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