Bobin

Vous connaissez Ryokan, je suis sûr. Si si, vous en avez sûrement déjà entendu parler, ou alors penchez-vous sur son œuvre, ses écrits valent carrément le coup. C’est beau.

                Avec Ryokan, on est au dix-huitième beaucoup, dix-neuvième un peu, au Japon tout le temps. Comme un paquet de poètes japonais, on y parle beaucoup de nature et Ryokan le moine y insère souvent des parallèles et connexions avec la spiritualité mais on aura l’occasion d’en reparler, sans doute. Aujourd’hui, je sais bien que c’est moins glamour, je vous parle de Christian Bobin. Non, mais attends, pars pas, c’est pas si mal, Bobin, y’a des bons trucs.

                Regarde, ici, il adresse un tas de lettres imaginaires à plein de monde, de personnages de sa vie ou de son esprit qui parlent de Ryokan. Oui, bon, pas toutes. L’hommage est beau, la plume est tantôt belle, tantôt surfaite, je te l’accorde. Les thèmes de Ryokan sont très bien rendus et évoqués, et même si les références au Japon sont souvent maladroites ou grossièrement rendues, la plume poétique de Bobin a quelques saillies magnifiques.
                Le reste est kitsch ou trop chargé, je sais bien. C’est de la poésie trop sucrée, trop chargée et Bobin écrit un peu comme tout le temps, pas vraiment de surprise de ce côté-là. Ryokan est parfois absent, la construction du recueil un peu lisse et l’enchainement des lettres un peu opaque mais rien que pour quelques très belles pensées, même fugaces, la lecture de quelques passages n’est pas perdue. C’est le problème de l’irrégularité de Bobin, ici, l’alternance du bon et du moins bon ne se joue pas au détour d’un chapitre, mais de part et d’autre d’un point.
                Personne ne t’en voudra de passer à côté et/ou de ne pas porter Bobin aux nues, oh non, mais à l’occasion, lis un texte ou deux.