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Le petit chauve que je vous amène aujourd'hui est sulfureux, je vous préviens. Plus très connu, au passé trouble (et par passé, je vous rappelle que nous sommes en 1947 et que, par conséquent, la guerre vient de se terminer), et qui prête à débat. Maintenant (parce que je vous rappelle que nous sommes aussi en 2014), l'histoire a pris ses droits et l'approche du petit chauve ou en tout cas la lecture de ses faits et gestes s'en trouve un poil modifiée.

Le petit chauve s'appelle Joseph Joanovici, il est roumain mais émigré en région parisienne où il a repris la ferraillerie de l'oncle de sa femme pour sauver la tronche de son oncle et apaiser la pègre de ladite banlieue. Sa femme est roumaine aussi et les deux se sont rencontrée là bas, après un raid des cosaques sur leur village, avec incendies, pillage, vols, viols et tous les gadgets qui vont avec.
Après la guerre, Joseph est blindé, friqué, influence tout le monde, à ses entrées partout et compte au sein du gouvernement autant d'amis proches que d'ennemis teigneux. Et là, la question que vous vous posez comme je me la suis aussi formulé moi même voit son origine dans le mystère de celle des rancoeurs qu'il provoque.
Parce qu'en effet, il y a des questions à se poser. Le bonhomme a fourni de l'acier à plusieurs organes allemands en France, à l'époque où c'est eux qui faisaient la loi. Oui, mais, c'est aussi lui a mis sa fortune au service de la résistance. Oui, mais, c'est aussi lui qui a balancé des résistants, à l'époque. Oui, mais, on lui doit l'armement de la résistance lors du soulevement de Paris qui a précédé la Libération. Oui mais, oui mais, oui mais.

Loin de moi la volonté de le défendre ou de le charger, d'autant plus que le dossier est bien trop complexe pour supporter un traitement manichéen, laissez moi mettre l'accent sur la vie du bonhomme, le bonhomme, et la retranscription de la vie du bonhomme sur les vignettes d'une BD.
Je confesse n'avoir connu Joanovici que par le biais de L'empire de Monsieur Joseph, mais je me plais à penser que quelques bouquins doivent exister sur lui et que la forme picturale sert sans doute le sujet. Alors, tant qu'il y a une ambiance de l'époque, en couleur, sur un personnage suffisamment dense pour que l'on puisse pondre six volumes pour en savoir un peu plus sur lui, on peut se dire que l'idée est séduisante.
Evidemment, ce n'est pas super bien écrit, ce qui glorifie encore plus les rares BD qui le sont et les sacrent comme les meilleures. Néanmoins, il n'y a pas que ca, dans la vie. Le matériau est historique et incontestable, et le caractère du thème relègue presque la plume, l'imagination et la technique ou second plan. La plume est commune, le dessin tient la route, et je n'ai pas grand chose à dire dessus tant Joanovici tient son rang et densifie la série.

Ca fait du bien, de lire une BD historique. Qu'on ne se trompe pas, Universal War One reste une maîtresse, mais se jeter dans une branche différente dégage aussi les bronches. Et puis merde, Universal War et L'empire de Monsieur Joseph sont trop différentes pour êtres pertinemment comparées. Dans le doute, lisez les deux.

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