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Maintenant que le réveillon est passé et qu'on attend la rentrée de janvier (parce que quoiqu'on dise, janvier a de plus en plus tendance à ressembler à septembre), je propose qu'on se pose tous à coin de la cheminée et qu'on passe le week end peinard au coin du feu.

Pendant qu'il y a une bûche qui crâme paisiblement dans la cheminée, je vais vous emmener en Russie. Tous autant que vous êtes. On va se replonger dans l'époque d'Anna, dans cette Russie encore un peu désorganisée par la paix toute fraîche et désorientée et/ou désabusée par la soudaineté de la Révolution. A la différence du récit de Boris Zaitsev auquel je viens de faire allusion, délaissons la campagne profonde enneigée pour le climat pas forcément plus clément des petites villes de provinces.
Il y a ceci de riche dans L'acajou qu'on suit les déambulations d'une poignées de personnages qui ne sont qu'autant de prétextes pour atteindre et dépeindre les autres. On sent l'influence de Rémizov et de son onirisme noir, terre à terre, comme une sorte de Tim Burton littéraire que Pilniak a su sublimer par la forme littéraire. Bien que Pilniak ait disparu avant la guerre et que Burton soit né bien après. A vrai dire, cette veine russe est bien au dessus de Tim Burton, même cinéaste de renom.
Plus encore que l'intrigue qui n'en est pas vraiment une, et qui en plus de ne pas en être n'existe pas, c'est le climat général de la Russie de l'époque qui donne son charme au roman et donne de la résonnance et de la densité aux personnages mis en place.

Très vite, on tombe dans un patchwork parfois un peu déroutant par l'enchaînement des séquences anachroniques mais avec un élément qu'il me faut souligner. On est là dans un genre dans lequel Pilniak (entre autres, même si Biély et Rémizov) excellait et qu'on retrouve surtout en Russie. Le roman montage est une littérature se nourrissant de plusieurs aspects différents et qui donne un résultat très vivant et pictural, riche de facteurs d'ambiance et d'une toile de fond très complète qui lie entre eux tous les passages et scènes différentes. On se rapprocherait presque d'un cinéma littéraire, d'une bobine sur papier, et comme dans un scénario bien monté, ce sont les dernières scènes, juste avant que se termine la lecture, qui referme la majeure partie du texte et précède la clôture finale, la scène de fin qui n'a d'autre fonction que de faire remarquer au lecteur que la boucle est bouclée. Promis, un jour, je raccourcis mes phrases.

Vous me direz, chère assemblée de la nouvelle année, comment vous avez lu et apprécié ce texte. Même si plusieurs figures littéraires et culturelles du Moscou d'alors ont fustigé le texte et l'auteur (et Gorki le premier), voyons bien la qualité littéraire et dissocions la de la portée politique percue, à l'époque, comme nécéssaire. La préface vante Pilniak comme le précurseur de l'avant-garde anglo-saxonne et on y retrouve, en effet, quelques traits commun à Joyce. Il y a plein de choses, là dedans, de courants et d'influences qui s'entrmêlent comme le font les personnages entre eux.
Enfin, vous me direz, en tout cas.