67107864Et puis, zut ! Pour rester poli.

Après cette introduction grossière mais virtuose, laissez-moi vous bassiner avec Henri Calet. Oui, je sais bien qu'on est en décembre et que Noël approche, mais qu'on se le dise, je crois que je m'en tape un peu.
Henri Calet n'est pas particulièrement représentatif des Fêtes de fin d'année, mais ce n'est pas rédhibitoire, et il est lisible hors saison de toutes facons.

Il est ici question de Paris et des rapports qu'entretient/entretenait Calet avec la ville, son enfance, la vision qu'il en a adulte et le triangle Calet enfant/Calet adulte/Paris. Si je dis ca comme ca, je comprends tout à fait votre mouvement de recul et votre pensée récalcitrante. Pourtant, laissez moi implorer votre attention et faire valoir mon droit à vous tirez par la manche si vous commencez à dériver vers le fourvoiement.
Outre les détails spatiaux et les références à l'histoire anonyme de Paris durant ces soixante dernières années, on peut aussi y voir l petite histoire littéraire et croiser au détour d'une rue, alors qu'on marche avec Henri Calet, une référence sur laquelle il attire notre attention. Ici, c'était l'immeuble de Léon-Paul Fargue; là, un dirigeable s'est crashé juste avant ma naissance, oui oui, en plein Paris.


Et au delà de ca encore, et c'est la dessus que je vous attire, la plume d'Henri Calet. Vous vous doutiez bien, j'espère, que je ne vous entrainais pas vers un texte sans intrigue particulière s'il ne s'agissait pas d'une belle pièce d'un excellent auteur. Parce qu'elle était très exigeante avec elle-même, la plume d'Henri Calet, et s'astreignait à une certaine rigueur dès qu'il s'agisssait de manier la langue ou de retranscrire une impression ou un sentiment. On notera par exemple (et je vous encourage à lire ce passage dans une librairie ou une bibliothèque, même si vous ne lisez las le texte ou ne prenez pas le bouquin) ce passage page 50 où Henri Calet exprime son scpeticisme vis-à-vis de l'ONU toute nouvelle siégant sur le Trocadéro et sur l'état d'esprit général au sortir de la guerre, entre pessimisme et dignité, entre cet état un peu blasé mais assumant la force de caractère nécéssaire pour survivre à une deuxième guerre plutôt comaque. Et cette faculté à placer ce paragraphe si bien foutu et si efficace, à trouver les mots juste pour retranscrire ce sentiment que je vous contrefais ici, entre deux anecdotes amusantes concernant la place de l'Etoile ou le quartier des Ternes.

Les grandes largeurs est une jonglerie entre les sourires provoqués par les souvenirs de Calet et les vapeurs chargées du Paris d'après-guerre, soulagé mais meurti. Toute la saveur de la plume de Calet réside même au delà du décalage entre ces deux registres qui pourtant de mêlent bien l'un à l'autre, on la trouve dans sa manière de présenter les choses et de les exprimer, de lâcher tant d'impressions, de souvenirs et d'émotions dans envolée bien contrôlée et bien gerée. C'est là que la plume donne toute noblesse à la matière.