urbs

"Adnihilo, mon grand" devriez-vous me dire "tu es comme l'Olympique Lyonnais, tu ne peux pas suivre le rythme que tu t'imposes". D'accord, j'aurais du livrer au moins une note dans la semaine, parce que bon, c'est l'automne, mais je m'en fous, je publie quand je veux. Mais oui, je devrais être plus souvent là, et puisque cette intro commence à trainer en longueur, je vous présente le bonhomme que je vous ramène aujourd'hui.

Il s'appelle Raphaël Meltz, et sa bibliographie ne ressemble pas à grand chose. Un peu comme le rythme de publication sur ce blog, il fait ce qu'il veut quand il veut du moment que ca lui plaise, et l'explique très bien dans l'autopréface d'Urbs. Si vous aussi vous vous posez la question "Pourquoi un roman picaresque ?", il vous répondra le plus clairement du monde "Parce que".
Il y a chez Raphaël Meltz ce petit côté insolent poli, cette envie nonchalante de liberté littéraire (elle aussi nonchalante) et ce cocktail sorti du shaker nous refile une satisfaction presque juissive de tomber sur une tête de mule, certes, mais une tête de mule qui arrive à se servir de ce caractère borné pour ressortir du grenier le roman picaresque qu'on avait pas vu depuis longtemps.
Et non content de ressortir un genre un peu oublié, il le remet au goût du jour non pas en dynamitant les codes comme l'aurait fait n'importe quel badaud littérairement ambitieux, mais en les arrangeant à sa sauce, comme il veut, jusqu'à en faire une relecture et un réamenagement, changement de packaging et tout le tintouin avant de s'en servir pour écrire son texte.

Bien évidemment, ce n'est pas par mauvaise volonté que j'ôte, comme d'habitude, tout pitch de mon article, mais bien parce que le propre du roman picaresque est d'être assez difficilement résumable. Alors je vous laisse découvrir non seulement l'intrigue, l'histoire et la charpente d'Urbs, mais aussi le ton employé.
C'est à cause (ou grâce, on s'en fout) de ce ton que je vous parlais de sa nonchalance et de son rictus sur de lui qu'il nous adresse lorsqu'on lit le roman. Un peu comme Svetislav Basara (dont je ne vous ai peut-être jamais parlé, mais  ca viendra un jour), le personnage et l'auteur se confondent, l'intrigue et le réel aussi et le malin Meltz sort du kayfabe.
"Hein, quoi ? C'est quoi, le kayfabe ?". D'accord, c'est un peu gonflé, de replacer ca ici. Le kayfabe, c'est un terme utilisé dans le catch américain pour définir ce qui appartient au scénario et ce qui ne l'est pas, cette convention dans l'écriture du scénario ou même de n'importe quoi qui définit la limite entre le personnage et l'auteur, le personnage de cinéma et le comédien qui l'incarne. Et ce genre de sortie incongrue est vachement plus difficile à manier dans l'écriture que sur la scène ou l'écran.

Mais, je vais aussi calmer mon ardeur. Un peu comme dans Le livre blanc de Rafael Horzon, de Rafael Horzon, Raphaël Meltz a aussi une propension à s'écouter écrire qui peut laisser au lecteur l'envie de freiner la lecture et de pousser quelques soupirs. Certes, il a des raisons d'être fier de son boulot et du résultat parce que c'est bien foutu, mais l'autosatisfaction, aussi agréable à ressentir soit-elle, gagne à être discrète quand on livre un texte aussi ambitieux.
Même si tu as construit le Louvre, ca ne sert à rien de te faire prendre en photo devant. Même si tu en es fier, tu gagnerais aussi à rester discret et à laisser le public avoir envie de se poser des questions sur toi, l'auteur.

Mais bon, tout ca est excusable si le résultat est bon, et c'est le cas. Certes, tu as peut-être la grosse tête, mais au moins, tu ne l'as pas pour rien. Et malgré cette réticence que j'ai (et qui est très personnelle, attention !), Urbs est un des rares textes intéressants de la rentrée.
Parce qu'en effet, même si je vantais le nombre de découvertes potentielles au mois de septembre, ben l'ensemble des parutions destinées à cet automne ne casse quand même pas des briques...