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Ca tient en une lettre, mais pourtant...


En fait, le truc, c'est que je n'ai pas trouvé de formule ou d'idée à la con pour tapiner en intro du post et vous y attirer. Mais je m'en fous, c'est pas capital pour vous montrer un bouquin, encore moins en septembre. Alors tant pis, je rentre directement dans le vif du sujet, et puis c'est tout. Et comme je ne suis pas de la merde, je vous emmène carrément au ministère de l'Intérieur.

Parce que oui, les petits amis, ca se passe à l'Intérieur, dans les bureaux où un jeune cadre aux dents longues et un plus expérimenté mais sous Tranxen et plus rabougri planchent sec sur un rapport à remettre en haut lieu sur l'interdiction de l'entraide. Je vous concède volontiers que le sourcillement que j'ai repéré chez vous n'est pas sans fondement si vous avez lu ce très court pitch.
Pour compléter le tableau, on est dans un futur proche et pour booster la compétitivité des entreprises, l'aide entre citoyens à été interdite puisqu'elle nuit aux profits des boites diverses et variées. Le prologue dépeind, pour donner le ton, l'arrestation d'un retraité qui rend visite à ses ainés seuls dans leurs maisons ici ou là, et comme il y a des organismes et entreprises d'aide à la personne faites pour ca.

 

Le postulat de base est ici, et l'intrigue en elle-même, c'est malheureux à dire, est secondaires. Les deux fonctionnaires qui travaillent sur la mise en place de cette loi forment un binome plaisant à suivre, qui ressemble à un panier de crabes dans lequel on ne sait pas vraiment qui joue le jeu de qui, qui à les faveurs de la hiérarchie tant recherchées, qui exerce sa pression sur l'autre. Ca fait des étincelles, mais c'est caché.
Il y a ce grand papier peint, devant, qui explore les ramifications, nervures et conséquences de la loi, les cas de figures et mises en applications qui seront litigieuses. On assiste à la refléxion de l'auteur par la voix et le raisonnement du binome éléctrique et on suit ses exemples, entre la disparition de l'amitié par peur de la taule, le florissement des coachs personnels puisque le conseil entre potes est interdit, la limitation de l'aide entre parents et enfants à partir d'un certain âge, les conditions qui régissent la garde des gamins par les grands-parents, la décrépitude de certains quartiers où aucun des petits travaux n'est fait parce qu'aucun entrepreneur n'accepte de venir pour quelques broutilles, et ce genre de choses.
Alors oui, c'est pas mal comme traitement, mais ca reste académique. On suit les fonctionnaires, c'est bien, mais le regard du citoyen sage ou du résistant aurait été tout aussi intéressant et les idées qui auraient pu en germer auraient pas mal enrichi le propos, elles aussi. Mais elles sont éclipsées totalement et ne reste, en filigrane, que l'opposition entre le fonctionnaire solitaire et carriériste et le dépréssif qui prend son parachutage comme une sanction.


La plume, en elle-même, n'a pas grand intérêt, mais reste dans son rôle. L'idée principale est tellement forte et son exploitation prend tellement de place que finalement, sa discrétion sert le récit. En revanche, c'est la voie suivie qui ne va pas. On a plus l'impression de lire un texte qui hésite entre l'anticipation sociale et la sociologie sans choisir vraiment. Ca veut aller vers le romanesque, mais ca se dit que le fond passe préférentiellement vers la dissection des cas de figures possibles, et le courant fictionnel qui semblait naturel attend qu'on lui accorde l'ampleur qu'il devrait avoir mais finit par s'étioler.
On dirait un joueur de football qui recoit le ballon et peut faire quelque chose d'interessant s'il choisit la bonne option entre le dribble et la passe. Et choisit mal, le ballon passe à côté du but.