Puisque je tombe sur plein de notes compulsées dans un petit calepin qui vantent certaines parutions que je n'ai pas lues, et puisque mon diner cuit encore, je me pose deux secondes (bien que le calepin n'ai rien à voir avec le fait que je me pose, comme quoi, les phrases trop riches, hein ?). Et puisque ces dites notes ne serviront à rien si elles maturent vainement sans qu'on s'y intéresse, je vous les files. Et hop !
Mais je vous préviens, c'est un peu brouillon, cette page de calepin, petits carreaux et notes vite griffonées à propos de textes que je n'ai pas lu (et que je suis bien incapable de dire si je lirais), alors si on passe de la littérature italienne à la suédoise, vous ne m'en tiendrez pas rigueur.

 

On a, par exemple, Georgina Harding, chez Denoël, qui nous livre L'Homme sans mots, qui se trouve être un personnage mutique, vêtu de loques, sale, les cheveux ébouriffés et la barbe en bataille qui finit par échouer dans un sanatorium. Nous sommes après la guerre, la région se remet de son traumatisme, comme partout ailleurs, et ce personnage à moitié clodo finit par reconnaitre l'infirmière qui s'occupe de lui et lui redonne une apparence correcte. Elle ne le reconnait pas tout de suite mais finit par y arriver, et se souvient du fils de la bonne, quand elle était gamine, sourd muet et avec qui elle passait ses journées à jouer.
Sans l'avoir lu, j'imagine un texte qui tente de mêler Le jardin secret, de Frances Hodgson Burnett et De lait et de miel, de Jean Mattern.

 

stassiChez Denoël encore, parce qu'on va quand même faire les choses dans l'ordre, Fabio Stassi qui met Charlie Chaplin dans la peau d'un vieux monsieur désireux de laisser une empreinte sur Terre avant de calancher, si bien que quand la Faucheuse vient le chercher, il négocie du rab et l'obtient en passant un deal: si quand elle vient, Chaplin arrive à la faire marrer, il gagne un an de sursis. Et sur ces quelques années qu'il va petit à petit réussir à gagner, il tissera un lien assez fort avec son petit fils en lui racontant sa vie et son expérience, et le petit en tirera une substance qui l'aidera à se construire et à savoir d'où il vient.
Un peu ce genre de disscussion dont on se rend compte qu'on ne les a pas eues une fois que l'interlocuteur essentiel n'est plus là.

 

Un peu plus tard dans l'automne, Denoël (encore) profitera de la réédition de La maison des feuilles, de Mark Danielewski pour faire paraitre un inédit en même temps. Il s'appelera L'épée des cinquante ans et mettra en scène une soirée d'Halloween dans une grande demeure texane à laquelle se rend une charmante quinqua, bien qu'à contrecoeur puisque la bicoque en question est celle de sa rivale. A coeur de la soirée, cinq petits oprhelins qui tournicotent dans la maison et s'acquittent auprès du texte de leur rôle de choeur comme on en trouve dans les tragédies grecques. Et, finit par se ramener un voyageur qu'on peut imaginer taiseux et tendance dark (enfin, c'est comme ca que je l'imagine) pour filer à la maitresse de maison une épée qu'on recoit le jour de ca cinquantième année.
Un conte pour adulte, en somme, entre l'imaginaire darkos de Danielewski et les ficelles de la littérature classique.

 

Et puisque le suivant sur la liste, c'est Il pleuvait des oiseaux dont je vous ai parlé la semaine passée, on va sauter sur Jacqueline Chambon. Enfin, on se comprend.
Parce qu'elle nous livre un texte d'Alain-Claude Sulzer. Il s'agit d'un pianiste qui flanche au cours d'un concert qu'il donne et quitte la scène plus tôt que prévu. Les spectateurs sont froissés, mais finissent par rentrer chez eux en avance, parce qu'on faond, ben il n'y avait que ca à faire. Et c'est ce laps de temps, ce morceau que le pianiste n'a pas joué et qui les renvoie chez eux trop tôt qui va les mettre nez à nez avec un ou plusieurs éléments de leurs vies qu'ils n'avaient pas vu et n'auraient pas du voir. Comme quoi, il ne fallait pas rentrer trop tôt.
Un texte traité comme une comédie légère qui m'avait fait écrire sur mon calepin qu'il aurait été parfait pour l'été.

 

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Un roman espagnol, aussi, de Ricardo Menedez Salmon qui s'interroge sur un thème assez dense que j'aurais pris plaisir à vous lâcher brutalement dans un post juste pour voir votre tête. Il prend comme personnage un photographe chargé d'immortaliser les camps de concentrations et leurs activités. Et il le fait froidement, et en se détachant de la matière de son travail du moment, sans prendre position, sans traiter l'information et laisser le soin à ceux qui verront les clicher de se forger leurs opinions. Même si une opinion, il en a forcément une, mais ce n'est pas du tout la direction de l'interrogation de Menendez Salmon, qui se demande plutôt si montrer le mal et en montrer les expressions autour de nous ne nous rend pas reponsable, ou en tout cas complice ?Parce que bon, qui ne dit mot consent, mais est-ce que c'est une constante, ca ?

 

Et paf, deux textes au Rouergue aussi, pendant que je me dis que je vous parlerais sans doute de La philosophie en hiver, de Ricardo Menendez, parce que j'ai envie. Mais pour l'instant, je vous montre Le bonheur, pauvre rengaine de Sylvain Pattieu. L'auteur est historien, sait comment faire des recherches et livre une fresque sur le Marseille des années 1920, l'Entre-deux-guerres et les Années Folles.  Une reconstitution romanesque du Marseille un violent de l'époque, on sort de la Première Guerre, on va vers la Seconde, et la France avait aussi ses figures mafieuses quand les grandes villes américaines avaient leurs têtes d'affiches. On reste en Provence, avec ce texte, cette évocation des quartiers populo et/ou chauds de l'époque.
Et avec, parce qu'il faut le souligner quand il y en a un, un vrai boulot d'historien, avec une source et un postulat de base plus qu'inspiré de vrai.

 

Rouergue encore avec Arnaud Rykner, et un texte intérieur. On a un bonhomme en taule, comdamné après un crime passionnel et qui purge sa peine. Tout un texte sur l'enfermement, un monologue intérieur au sein d'un huis clos tout seul et sur la transition violente du dehors et de la sortie abrupte qui éjecte dans un monde qui paraissait loin derrière et pas vraiment concret devant, et de la réinsertion nécéssaire alors. Et un texte sans politique aucune, sans prise de position sur quoique ce soit, juste sur le parrallèle du dedans et du dehors, du seul et du plein, du choc entre les deux.
Et je me souviens m'être posé la question en griffonnant sur mon Rhodia: on pourrait peut-être mettre ca en scène, en faire un monologue... Enfin j'en sais rien.

 

Après le Rouergue, on prend l'avion à Beauvais et on va voir en Scandinavie. Maria Ernestam fait paraitre chez Gaïa Le peigne de Cléopâtre, petite comédie suédoise dans laquelle un collectif de jeunes gens de bonnes intentions proposent leurs services en tout genres. Tu les appelles pour de la plomberie, promener le chien, déménager, te voiturer ou n'importe quoi. Tu demandes. Et arrivent fiorcément les péripéties quand une dame très bien sous tout rapport leur commande un assassinat. Là, évidemment, c'est autre chose, on s'interroge, on en discute, on avise...
Petite comédie, néanmoins, et j'imagine que, puisque la couverture et toute rose, il n'y a pas vraiment d'occurence de roman noir ou de polar.

 

voix_dans_le_ventLe segment de Gaïa est plus la littérature nordique, mais pour le coup, il y a un peu de Serbie, aussi. Grozdana Olujic, avec Des voix dans le vent, avec un sémillant jeune homme qui somnole sur son lit, dans une chambre d'hôtel, à New York. Et par lui, pendant qu'il reste dans cet état second, ses ancêtres s'expriment par sa voix, lui demandent de se souvenir, lui racontent sa famille, l'endroit d'où il vient, la Serbie de leurs époques, les figures de la famille qu'il n'a pas connues, voire même plusieurs générations avant lui.
Le texte semble très poétique, très porté, un peu comme Stassi chez Denoël, sur l'identité et la nécessité de savoir d'où on vient pour savoir comment aller où on va.

 

 

Il y en a quelques uns que je garde sur ma to do list et dont je vous parlerais d'ici quelques semaines, mais je ne vous dis pas lesquels.
Bien évidemment, si quelqu'un à un texte à rajouter à cette liste, il ne faut pas hésiter. Il faut en parler. Un texte, faut que ca circule.