voisardjpgLa formule que j'utilise ici comme titre ce ce post (admirablement brillant, je le sais par avance) n'est pas de moi. Je ne connais Richard Garzarolli que par la quatrième de couverture d'Un train peu en cacher un autre, mais je suis sur qu'il ne me tiendra par rigueur de cet emprunt qui me servira comme à lui à défendre un recueil qui nous a tous les deux séduit.
Parce que force est de constater qu'on est pas trop de deux pour parler de ces nouvelles, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles ne son pas facile à décortiquer. La tâche est ardue, mais on y va.

Peut-être l'avez vous aussi remarqué, je loue depuis quelques mois les Kronauer/Volodine et Fitzgerald pour ce petit plus de leurs textes qui amène les lecteurs à avoir besoin de l'avis des autres pour savourer le texte, qui se prolonge de fait bien après la dernière page. Dans ce recueil d'Alexandre Voisard, on retrouve ce même besoin, une fois les nouvelles avalées et qui nous tournent doucement autour, d'aller vers d'autres pour échanger les points de vue et les interprétations.
Eros fakir convient donc parfaitement au recueil et pourrait même être un qualificatif qui représente parfaitement son contenu. Je reprends encore quelques paroles de Richard Garzarolli: "Si les femmes sont ensorcelantes et fatales, les hommes, dans les récits de Voisard, sont volontiers les victimes expiatoires du rêve, voir du cauchemar."
Arrêtons nous un moment sur sa phrase. Si le terme de fakir convient parfaitement aux hommes présents dans ces nouvelles, parfaitement conscient des planches à clous sur lesquels ils s'asseyent en regardant tendrement ces demoiselles dans les yeux, le volontiers qu'emploie Garzarolli n'est pas juste la pour meubler. Qu'ils sachent ou non où leur volonté d'être avec cette dame les emnènera, ils ne voient aucune objection à les suivre, et y vont d'eux même, parfois. Ils aiment malgré le chemin caillouteux sur lequel ils s'engagent et ne finissent par s'apercevoir que leurs pieds sont sanguinolants qu'après une certaine distance. Et ils ne le regrettent pas. On en arrive à l'acceptation de meurtrissures, on sait qu'on va se les faire, on sait que c'est douloureux mais on y va.


Pour le reste, remettons nous à la créativité d'Alexandre Voisard qui n'a pas versé dans la facilité comme auraient pu le faire un paquet d'autres.
On le voit plus construire des personages anonymes et gris qu se lancent éperduement dans des exercices de style sentimentaux, on y voit presque les dérives du sentiment. Non pas ce qu'il nous amène à faire mais la forme qu'il peut prendre, le peu d'espace dans lequel il peut naitre, la place qu'il peut s'octroyer sans demander quoique ce soit, et la manière de gérer cette genèse incongrue. Le tout dans une prose poétique et introspective. Voisard nous embarque et nous laisse face à l'explosion du texte et de l'intrigue et nous laisse nous émouvoir devant la page blanche qui clot une nouvelle et la sépare de la suivante.
Alexandre Voisard fourni un très beau matériau qu'on se plait triturer et à tourner dans tous les sens pour savoir par où on est entré, par où on est sorti, quelle trajectoire on a fait et lesquelles on aurait tout aussi bien pu faire. Une sorte de labyrinthe qu'on prend plaisir à refaire plusieurs fois pou en explorer tous les recoins.