photo-site-blog-40-268Où l'on découvre que je passe presque mon été avec Fitzgerald. Mais ce qui est épatant chez lui réside autant dans ses textes, son styles et les histoires qu'il nous raconte que dans ce qu'on en pense après et le besoin qu'on éprouve à aller trouver d'autres lecteurs qui connaissent le texte et ont eux aussi besoin d'échanger leur point de vue. La manière d'envisager et de faire le tour d'une nouvelle de Fitzgerald est tellement vaste et polymorphe qu'on a besoin d'en discuter.

C'est sans doute plus le cas pour L'étrange histoire de Benjamin Button que pour La coupe de cristal taillé, mais à bien y regarder, les deux textes montrent bien que Fitz n'est pas un manchot.
En plus d'être très agréable à lire (ce qui est de toutes facons la qualité la plus importante qu'il nous faut trouver dans un texte quel qu'il soit, même si cet aspect est différent selon chacun), l'histoire elle même est intriguante. On est dans ce genre de petit conte, qui verserait presque dans une sorte de mythologie américaine moderne, anonyme et urbaine. On verse même presque, dans La coupe de cristal taillé (parce que c'est quand même de ce texte là que je cause, hein), dans une sorte de superstition sourde et discrète, pâteuse et inévitable.
Tout réside, au fond, dans une coupe de cristal, offerte à la belle et intriguante dame par un amant éconduit, mais qui par une maladresse finira par provoquer quelques dégâts sans pour autant jamais reparaître. Et effectivement, toujours, témoin des grands moments de la dame, la coupe, comme porteuse de la malédiction de l'amant blessé.
On remarque une force incontestable que Fitzgerald exprime: il arrive à construire une nouvelle, des bribes mais qui bâtissent un personnage tout entier, il influe sur la vie de son personnage par de tout petits détails qui, même s'ils ne provoquent pas de séismes turbulants effleure la trajectoire du personnage dans la vie qu'il aurait du mener pour l'éloigner de ce à quoi il aurait du parvenir. Le personnage est parfaitement décrit et finit par devenir autre chose à force de se voir cotoyer un destin que contrôle Fitzgerald.

Décidément, il est fort, ce Francis, à créer des anonymes qu'ils destinent à vivre entièrement et pleinement sur une nouvelle, à passer toute une vie en ciquante pages en leur donnant la résonnance qu'ils auraient eu dans un roman, une vie dont on a une belle vue en si peu de pages, de jouer avec et d'en faire ce qu'il veut sans verser dans l'improbable. Et en plus, on prend plaisir le suivre là où il veut nous emmener, et on se laisse embarquer jusqu'à se confesser à nous même et à destination de qui veut l'entendre que Fitzgerald est très probablement le meilleur novéliste qu'on ait pu avoir.