cosmopretreUne ancienne amie me disait un jour qu'elle avait pris, bien malgré elle, un de mes tics de langage. Je ne m'en étais jusque là pas apercu, mais régulièrement, après un flop, un bide, quelque chose que je raconte ou entends mais qui s'avère totalement inintéressant ou n'importe quoi du même acabit, je clos par "Voilà voilà". J'aurais aussi pu ponctuer cette intro par cette habitude si l'anecdote ne tendait ici vers rien. Pourtant, si l'intérêt ne m'apparait pas évident, il me faut vous confier que c'est la première fois que je termine une lecture en disant ces mots. Ils sont sortis tous seuls.

Le texte en lui même n'est pas mauvais, pourtant, et même si c'est surprenant, la question de la qualité n'est pas la première qui se pose. On est devant quelque chose qu'on pourrait penser informe, flasque, et mal écrit, mais il n'en est rien. Il y a un fond (pas si évident à trouver, mais il y en a un), une plume relativement moyenne mais néanmoins loin des plus mauvaises, et il y a une matière. Inconnue, mais il y a une matière. Pour tout dire, La station solitaire est un livre qui prend sa place parmi les bouquins totalement anonymes, et qui s'y place parce qu'il ne renvoie ni l'image d'un bon livre, ni l'image d'un mauvais, et ils sopnt relativement peu nombreux, ces bouquins qui insipre quelque chose sans rapport avec la qualité du texte.

Alors qu'on trouve toujours quelque chose, quand on prend en main un livre qu'on ne connait pas (encore), qui puisse influer sut notre jugement et généralement qui puisse donner au moins une indication sur la qualité du contenu, on a ici rien de si flagrant, et on sait pourquoi après en avoir lu une partie.
On est pris de court, en fait. On se retrouve avec un auteur qui nous balance ca, et nous laisse sur le cul non pas par la qualité de sa plume ou son intrigue, mais parce qu'on ne sait ni quoi en penser ni quoi répondre. On voudrait bien répondre, mais rien ne sort, et en y pensant une seconde, ce n'est pas qu'on est sans voix mais juste qu'on ne sait pas quoi dire. Un peu comme cette dame qui est venue me voir, un jour, un bouquin d'occasion entre les mains, et qui complètement déboussolée, voire désorientée alors qu'ellle ne l'était pas dix secondes plus tôt, m'a montré le volume qu'elle avait dans les mains en me disant: "Mais vous avez vu, monsieur ?... ... ... Les pages... ...Elles sont jaunes...", et le libraire pris de court n'a pu répondre que "Oui..." après quelques secondes désorientation. Sans savoir d'où venait la remarque ni ce qu'elle signifiait, ce qu'elle voulait dire.C'est ca, au fond. La station solitaire désoriente. Pas de quoi acheter le bouquin, mais un petit coup d'oeil n'est pas perdu. Un prêtre, enlevé par les extra-terrestres pour le compte d'un riche milliardaire d'ailleurs dans la galaxie désireux de monter un zoo privé.
Ah, vous voyez bien que ca désarme. Comme si, valaureux guerrier que nous sommes, nous tentions, toute épée dehors, de nous attaquer à un adversaire au coeur de la bataille avant qu'il ne se mette à chanter Chapi Chapo pour nous intimider.

 

On ne sait ni d'où ca sort, ni où ca va, ni pourquoi. On ne sait que le texte ne ressemble à rien, et on a pas l'impression de découvrir. On voit bien que ca a une forme, une plume, que la construction elle même obéit à une structure, on sent qu'il y a eu un travail sérieux et un investissement de l'auteur, on concoit le choix du thème. Une sorte de Loft Story carcéral dans une station spatiale dans laquelle échangent les extras terrestres sur leurs cultures respectives, leurs vie, leurs métabolismes, leurs sociétés et tout ce qui peut différer chez l'un ou chez l'autre (c'est à dire tout), de la manière dont ils ont vécu leur rapt, et au milieu de tout ca, pour nous représenter: un prêtre. Et plus on avance dans le récit, évidemment, plus ca s'emballe.
 On s'était préparé à tout en ouvrant le bouquin, même après avoir lu la quatrième de couverture, mais...


Alors tout les ingrédients sont connus, mais pas le résultat. Plein de trucs qui partent à droite à gauche et qui ne vont pas ensemble mais qui s'accordent quand même. Et on est bien infoutu de dire si c'est du génie ou du bizarre.