décafardiseurC'est la que ce situe toute la difficulté. Non pas que je l'ai rien à dire sur Le décafardiseur, c'est même tout le contraire, il s'agit juste de trouver les mots pour vous attirer jusqu'à mon propos qui, vous verrez, sera passionnant. Mais là tout de suite, je pêche sur l'intro. Du coup, ne m'en veuillez pas, je vais commencer n'importe où.

Parce que Le décafardiseur, c'est très particulier comme texte.
On se retrouve dans la Russie du début du siècle et dans un univers qui n'existe pas, et avec un auteur qui a sorti les atmosphères de Tim Burton avant Tim Burton, de Terry Gilliam avant Terry Gilliam carrément, des morceaux de Mervyn Peake avant Mervyn Peake. On y retrouve un peu de tout, et pourtant, même si Rémizov peut éventuellement être un peu de tous (bien que ce sont eux tous qui s'inspirent un peu de lui), on retrouve une trame et un contenu plus grave, ou en tout cas moins léger, plus profond et plus comaque que ce qu'ont pu nous livrer les trois à qui je compare Alexis Rémizov.

Pourtant, on les retrouve. Les personnages taillés et construits comme le sont ceux de Burton maintenant, qui sont grave depuis des évènements qui appartiennent maintenant aux rumeurs de la ville; le pan onirique de l'oeuvre de Gilliam réalisateur qu'on peut rapprocher de Rémizov, encore que chez Rémizov, maître des trois, la dimension onirique est plus noire et plus torturée; on peut aussi parler de Peake et de ses personnages, de ses descriptions, et là on repère forcément l'inspiration de l'un grâce à l'autre.

Autant, on ne peut pas se dire avec certitude que Gilliam et Burton connaissant l'oeuvre d'Alexis Rémizov, autant il est beaucoup plus probable que Mervyn Peake l'ait lu.
Il me faut aussi confesser quelque chose: en rédigant le paragraphe ci dessus, j'ai un peu regretté de comparer Burton, Peake et Gilliam à Rémizov en posant presque Rémizov comme celui qui a allié tout le bon de ces trois drilles là. C'est précisément le contraire, si influence il y a eu, c'est Rémizov qui a pu donner naissance à ce courant dont on qualifie maintenant Tim Burton de meneur (encore qu'il y a bien plus de fond chez Burton que chez Rémizov).
Concernant Mervyn Peake aussi, il faut apporter une rectification importante et mieux définir le caractère du Décafardiseur: on a là de la fantasy comme a pu le faire Mervyn Peake, mais sans la fantasy (mais avec Peake).

Pour le reste, c'est bien ca, et c'est aussi pour ca que je regrette d'avoir comparé Rémizov à Gilliam et Burton. Sans rien enlever aux cinéastes, ces deux là sont des pros de l'image et de l'enrobage, de l'enveloppe: il y a un super emballage mais pas grand chose dedans. C'est ce qu'il y a en plus chez Rémizov, sans doute parce que le texte est vecteur de bien plus de choses que l'image. On peut mettre du fond dans ce qu'on écrit plus que dans ce qu'on voit.