eestiAvant de jeter un coup d'oeil puis de lire carrément Eesti, je ne connaissais pas Richard Millet outre mesure. Je le situais, évidemment, et connaissait les titres de ses romans mais sans les avoir lus. Maintenant que j'ai lu un bouquin de lui, je ne suis pas certain d'être fan de lui, vous ne m'en voudrez donc pas de ne pas m'étaler sur lui et de ne pas lui consacrer une partie trop conséquente dans ce post.

Mais bon, puisque c'est l'auteur, on va quand même en dire deux mots. Millet nous a pondu là un bouquin sur l'Estonie, et là, on se dit que l'Estonie, en dehors d'un lopin de terre entre la Lettonie et la mer, on ne connait pas grand chose dessus.
Et si vous attendez un éclairage de Millet, ne vous attendez pas à trop de chose dessus, c'est même là la partie regrettable du texte. On surprend Richard Millet, pas mal de fois, parler plus de lui que de l'Estonie, en se mettant régulièrement en avant, comparant à un voyage qu'il a déjà fait ailleurs, donnant son avis sur tout, et malheureusement, dissertant sur un estonien en basket mais plus sur les baskets que l'estonien en question, et forcément, encore moins sur l'Estonie elle même. On voit même plus ses avis sur le rock, l'internationalisation de la culture, l'immigration en Europe de n'importe qui d'extra-communautaire ou d'extra-européen, débattre un petit peu avec José Saer qui n'a rien à faire là (mais en l'occurrence, il s'agit de replacer une conférence tenue vingt ans plus tôt par une foutitude d'écrivains européens dont un estonien qu'il revoit aujourd'hui, conférence qui, comme il la décrit, à plus l'air de faussement intellectuelle que de constructive) ou n'importe quel détail qui appartient suffisamment peu à l'Estonie pour la décrire. On le voit finalement plus lui que l'Estonie.

On remarque même, à certains moments, qu'il parait énervé et qu'il n'a pas envie d'être là, c'est l'impression qu'il donne, bien qu'il ait vanté dès les premières pages son envie d'Estonie (mais que c'est lui qui a envie d'y être, c'est je, jein ?).
Alors que bon, concrètement, l'Estonie, c'est intéressant, non ? C'est même hyper mystérieux, comme pays: y'a pas beaucoup de bouquins dessus, la culture estonienne ne s'est pas exportée outre mesure, semble-t-il, on ne connait pas bien l'histoire du pays et on le connait même suffisamment peu pour qu'un paquet la classe dans la catégorie des pays d'Europe de l'Est, alors que bon, techniquement, elle se rapproche plus de la Scandinavie. Encore que. Juste de la Finlande, en fait.
Mais bon, y'a quand même deux ou trois infos à prendre dans Eesti. On apprend qu'un tiers de la population est russe et que ce sont eux qui larbinent et prennent les boulots pas joyeux, laissés aux Estoniens pendant l'époque soviétique.

En dehors de quelques détails comme ca, le bouquin de Richard Millet n'est pas très enrichissant, et l'est très peu, même. Il a pourtant une très belle plume, pour sûr, mais quitte à écrire un bouquin sur l'Estonie, autant parler d'elle. On ne connait rien d'elle ni de ceux qui la peuplent, et la font, et la sont, c'est tout ce qui fait son charme et provoque la fascination, c'est ce qui conduit vers ce texte. Un sentiment très agréable, en fait, mais qui se trouve frustré par le bouquin. On peut se dire qu'il donne envie de s'intéresser à l'Estonie et qu'il mène vers d'autres bouquins sur elle, bien sûr, mais plus parce qu'il ne donne aucune réponse aux questions qu'on se pose que parce qu'il y répond en en posant d'autres.

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