westQu'on ne m'en veuille pas, ce coup ci, si je parle autant du bouquin que du rapport que j'ai avec le texte lui même. Et come je suis un critique merveilleux, me voilà contraint de corriger une petite chose dans la phrase précédente avant que nous ne nous fourvoyions tous: Sillage, qui nous a vendu le texte comme excellent, savent de quoi ils parlent. Ce court texte, à défaut d'être passé à la postérité, sert la littérature en général.

Et, est aussi déroutant. Par exemple, qui l'eut cru ? Ce personnage qui a donné son nom au roman, Miss Lonelyhearts, et qui rédige sa chronique, pour chaque numéro, en répondant à des quintaux de lettres d'Américains moyens en détresse morale et en tentant de leur faire passer un message d'amour en laissant croire qu'il est dicté par Dieu himself, ce personnage qui se fait appeler Miss est un homme. C'est un peu surprenant au début, mais on s'y fait.
Le personnage, on peut aussi en parler autrement. Il s'agit de ce genre de personnage complexe et touffu que le roman exhibe sans en faire le tour et dont l'auteur nous donne juste les éléments néséssaire pour que, une fois la lecture terminée, le lecteur se racle la soupière pour deviner ce qui n'est pas dit, et l'ingéniosité de Nathanaël West réside aussi dans le fait qu'il donne envie au lecteur de se poser es questions là, d'y réfléchir et de savourer la lecture faite une fois le livre refermé.

Alors, certes, on peut regretter que l'atmosphère ne soit pas si marquée, si travaillée que ca, ce qui aurait pu apporter davantage de cachet au texte, mais dans le fond, c'est bien le personnage et la situation de Miss Lonelyhearts qui confère à ce roman tout son charme. J'en veux pour preuve la phrase alambiquée rédigée plus haut, dans laquelle j'essayais de résumer rapidement ce que fait Miss Lonelyhearts, ce qu'il en pense et la manière dont son entourage et les personnages qui gravitent autour de lui le percoivent (on notera au passage que malgré tout, ces divers personnages construisent autant le personnage de Lonelyhearts que Lonelyhearts lui même).
C'est aussi là une grande force de ce texte (pondu, d'ailleurs, par un grand pote de Fitzgerald, mais ca n'a rien à voir): c'est un roman proprement génial, mais ca, on ne s'en apercoit pas tout de suite, quelques minutes après la fin de la lecture, quelques minutes pendant lesquelles on repense au texte entier sont nécéssaires pour qu'on touche du doit le génie dont Nathanaël West a fait preuve sur ce coup là. On a là un roman et un personnage qui pousse ceux qui l'ont lu à en parler et disserter dessus. Si on part du principe qu'un lecteur seul, qui n'a personne avec qui partager ses lectures est un lecteur vain, alors Miss Lonelyhearts est précisément un des textes qui donnent à la littérature tout son sens.