taksimEt quand je dis "petits pays", il n'y a là rien de péjoratif, bien entendu. Ce sont là même, ces pays d'Europe dite de l'Est alors qu'en fait l'est est en Russie, qui sont les plus fascinants. Comme le souligne Stasiuk lui même dans un de ses livres bien meilleur que celui dont je vais vous parler plus loin, c'est rien et tout à la fois. Et là c'est Bibi qui développe, ca ne ressemble à rien mais c'est, parce qu'on ne peut pas faire autrement. Même lente et hypnotique, c'est là une région pas jouasse mais qui arrive quand même à être et qui, selon les irrégularités de son espace, est tantôt classieuse, tantôt molle mais qui arrive à être une malgré la multitude.

C'est en fait ce cerdo qui fait interagir les bouquins de Satsiuk entre eux et leur confère ce cachet qui leur est propre. A choisir, je vous conseillerais de commencer plutôt par Fado, publié chez Bourgois il y a quelques années et dans lequel Andrzej Stasiuk livre un paquet de textes brefs au gré des envies qui le prennent sur son trajet entre les pays qui composent la région qu'il affectionne, entre Pologne, Albanie, Tchéquie et Moldavie et les bifurcations qu'il s'improvise parfois.

 

On retrouve ce même climat et cette même atmosphère dans Taksim, même si elle est ici plus pesante et pateuse. Quand je la dis pateuse, en revanche, n'y Stasiuk_Fadovoyons là aucun reproche et pour être tout à fait honnête, même loin de la plume ironique et surréaliste de Fado, on retrouve dans le postulat de base de Taksim un charme apparentable. Le problème étant que le style choisi, nécessairement plus grave que dans le recueil avec lequel je compare le roman, exige un rythme plus lent et des bases plus massives et admises que ce que la nouvelle demande, et on se retrouve du coup pris dans un texte dans lequel on s'englue. Sans être foncièrement désagréable, disons qu'on aimerait bien que ca démarre.
Et même si l'effet en question est voulu et colle parfaitement au sujet qu'il traite, soit la région, évidemment, et aux personnages qu'il fait évoluer dans ses lignes, et est somme toute adéquat, on se prend régulièrement à espérer un départ et un coup de feu dans la narration.

 

On a donc un choix assez surprenant de Stasiuk dans la construction et l'atmosphère du roman, certes, mais on constate aussi que l'effet qu'il cherche a produire marche merveilleusement et en voyant cela on conclut, assez vite, qu'Andrzej Stasiuk n'est pas un manchot. Du coup, si vous voulez vous plonger dans du curieux, n'hésitez pas à y aller parce que ca vaut le coup, en fin de compte. Et lisez Fado, aussi.