La lecture d'Eracle est assez déroutante tant le texte ne ressemble pas aux textes médiévaux que l'on connait et dont l'époque elle-même regorge.

Par exemple, il n'y a pas tant de filoche que ca, contrairement à un paquet de chanson de gestes où la baston est récurrente; il n'y a pas non plus d'amour vertueux, passionné et indestructibles entre deux êtres que rien ne peut séparer et à bien y regarder, il n'y a même pas tant d'hyperboles que ca
Vous en conviendrez, la littérature médiévale est feuillue et comporte tout plein de textes beaux mais manichéens dans lesquels le point de vue est omniscient et partial et dans lesquels le blanc et très blanc et le noir très noir mais dans Eracle et semble-t-il chez Gautier d'Arras en général, on retrouve du réalisme avant l'heure, avec un rythme plus posé, moins pictural mais qui dépeint probablement mieux la vie de l'époque.
On peut même aller jusqu'à dire que, même si la chevalerie est présente dans le texte, elle est plus en retrait dans ce texte de Gautier d'Arras que dans ceux de son contemporain de Troyes, et on verra plus dans Eracle une expression des relations humaines de l'époque plus que celles de la diplomatie ou de la chevalerie surexprimée.
Ce qui tranche aussi est un détail bien précis. Les chansons de gestes de l'époque mettaient en scène des seigneurs de l'époque ou de quelques siècles avant, mais rarement des faits censés s'être produits près de mille ans plus tôt. On est donc, quasiment et même plus que ca, devant le premier roman historique de l'histoire de la littérature (et quand on regarde Juliette Benzoni, on se dit que putain, il y en a un qui doit se retourner dans sa tombe).

Et, autre détail, dommageable celui ci, le texte est basé sur un rythme assez irrégulier. Un peu comme dans Notre Dame de Paris, on est pris par l'accélération du texte avant de s'arrêter brusquement et de voir Gautier d'Arras interrompre son récit pour partir sans des parenthèses plus absolues et dispensatrices de morale sans doute très appréciables pour qui l'entendait à l'époque. Je ne déplore pas le contenu de ces ralentissements mais le fait que, présents, ils ralentissent le récit et la progression du lecteur.
Pour autant, ces paragraphes qui ponctuent l'action ont une valeur historique non négligeable, voyons le.