spitteler

Pour être honnête, on ne peut pas vraiment dire que Notre point de vue suisse soit une œuvre de littérature. Pour ceux qui ne connaissent pas encore Carl Spitteler, ce qui est parfaitement concevable tant il est tombé dans l'oubli, quelques précisions s'imposent.

Carl Spitteler est, si je ne m'abuse, le seul Prix Nobel suisse en ce qui concerne la littérature. Il a surtout écritau tout tout début du siècle et principalement des poésies et, sans vraiment avoir cherché et fait de scrupuleuses recherches bibliographiques (honte à moi !), ses recueils et romans ne doivent pas être trouvables en France. En revanche, Notre point de vue suisse l'est, et aujourd'hui, c'est bien ce qui nous préoccupe, les amis.

N'allez pas y chercher quoique ce soit de représentatif de son oeuvre. Même moi qui n'ai lu de lui que ce court texte, je me retrouve piné: en cherchant quelque chose qui me fasse connaitre le poète, je suis tombé sur quelque chose, de très constructif néanmoins, qui me fait connaitre le bonhomme.
Il s'agit là d'une conférence donnée à Zurich il y a fort longtemps sur les relations alors tendues entre les romands et les alémaniques. Lui même bâlois, Spitteler s'est empressé de prendre le contrepied des alémaniques et de rendre également les même tort aux romands, appelant à une réconciliation rapide parce que bon, on est en 1914 et l'atmosphère en Europe en général est pour le moins lourde. Et le voilà aussi qui décortique les influences de la France et de l'Allemagne sur les deux principales parties de la Suisse, exprimant son point de vue sur les relations entre les voisins qu'il appelle cousins et donnant aux autres suisses de langues différentes le rang de frères.

Alors, certes, depuis la fin de l'époque où on se claquait tous la gueule, Notre point de vue suisse est un peu passé à la trappe, étant pour le coup carrément moins utile. Néanmoins, à bien y regarder, on peut maintenant dire au belges que le coup de gueule de Carl Spitteler a bien servi à la Suisse, et sans aller à dire que sans lui la Suisse ne serait plus, il faut bien s'apercevoir que c'est un discours et le point de départ de l'évolution des mentalités à l'époque qui a probablement évité bien des tourments à la Suisse en général. Prenez-en de la graine, les Belges !