Il s'agit là d'une pièce, très courte, écrite en 1833 par Adolphe Favre. A cette époque, mon trisaïeul Etienne était encore en vie, évidemment, avait seize ans et ne se doutait pas une seule seconde que six générations sous lui, un de ses descendants parlerait de lui sur un blog et dans un article sur un bouquin dont il n'avait probablement jamais entendu parler. Et puis il ne savait pas non plus ce que pouvait bien être un blog.

Toujours est-il que sur la couverture, Favre définit lui même son texte par l'appellation "bouffonnerie", un autre auteur aurait pu la qualifier de "saynète", de "comédie" ou de "farce". Mais à juste titre, Favre l'a placé comme hiérarchiquement inférieure.
Elle met en scène deux personnes de bonne famille dont les noms figurent dans le titre. Ils se retrouvent par des concours de circonstances dans la forêt de Bondy au milieu de la nuit, un lieu qui à l'époque était réputé comme un repère de bandits de grand chemin. Les deux ont peur de la moindre rencontre et, heureusement parce que sinon y'aurait pas de pièce, hein ?

Pour autant, le tout manque de rythme, et on comprend pourquoi Feydeau reste plus connu que Favre sur ce genre de pièce. Et même dans l'humour qui est développé, on est loin du compte et on est rarement en train de sourire. Disons tout net que sur les vingt pages s'étalent deux quiproquos qui dans ce genre de pièce, aussi courte est-elle, nécessite un rythme plus élevé, une certaine intensité, voire plus de personnages.
Mais, où en rajouter, des personnages ? Adolphe Favre devait bien se douter de tout cela, et si le texte est si court, si le cadre ne convient pas à ce genre de comédie et si tout n'est pas réunit pour pouvoir y conférer le rythme nécessaire, c'est vraisemblablement que l'auteur lui-même devait être conscient que ce texte était fait pour être joué plus qu'édité et n'était pas non plus destiné à rester autant de temps, ni ressortir cent soixante treize ans plus tard sous la plume d'un libraire en vacances qui a trouvé son petit fascicule dans une brocante au fond d'une rue d'une petite ville du littoral normand.

Mis à part ca, c'est jamais désagréable de plonger un peu dans le XIXe siècle, même si la qualité du texte laisse à désirer. Jamais désagréable de le visiter en passant entre les grands écrivains qui sont restés, ca donne une idée plus précise du siècle en question. Mais là dessus, j'aurais évidemment l'occasion d'y revenir lors de prochaines lectures de textes rédigés à l'époque et sur l'époque, avec une vertu historique conférée par le temps, pas écrit pour l'être mais qui est restée, peut-être malgré lui, qui était destiné pour être éphémère et pour être consommé tout de suite. L'action se passe à l'époque et pour l'époque, tout semble évident; pour cent ans après, le texte refait surface et donne quelques indications sur le normal de l'époque.