L_abominable_homme_de_s_ffle  Dans la série "Le roman d'un meurtre" je demande: L'abominable homme de Säffle.
Je démarre ce post par une petite remarque: dans la préface de Jan Guillou (célèbre journaliste et écrivain suédois, dixit wikipédia) on peut lire la phrase suivante: "La prison est l'endroit idéale pour lire Sjöwall et Wahhlöö."
Bon, si par hasard vous ne vous trouvez pas en taule, que vous n'avez pas fait de bêtises pour y aller, et que vous ne soyez pas assez motivé pour en faire une pour le seul plaisir  légitime de lire ce livre entre quatres barreaux, un coin où poser votre derrière et le livre suffira. Évitez juste qu'il y ait un commissariat à proximité si la fibre contestataire vous tient, car vous risquer d'y faire un tour avec un panier remplit d'œuf. Je vais m'expliquer.

Bien écrit et très prenant, L'abominable homme de Säffle nous plonge en profondeur dans la police suédoise des années 70. Toujours aussi social et critique que "l'assassin de l'agent de police" nous restons cette fois ci à Stockholm où l'agent Nyman, super-flic de l'ancienne école a été assassiné. Notre duo de détective va être amené à entrevoir la possibilité d'une vengeance car à mesure que l'enquête avance, il devient évident que notre "super-flic" commettait violences et abus d'autorités et ce, dans une totale impunité.

Quand la violence policière est récupéré par un État qui se dit État de droit, Sjöwall et Wahlöö se fachent et écrivent l'abominable homme de Säffle. Attention, ce n'est pas un pamphlet anti-police, mais un polar Critique des dérives de la Suède, une attaque contre l'abus de pouvoir, le manque de respect et le mépris d'une police devenu corporation et qui conduit à la haine.

"Grosderche se mit à hurler de toutes ses forces:
-salaud de flic! Enfant de cochon! Bite de rat!
Un murmure de satisfaction monta alors des rangs du public [...]

  L'abominable homme de Säffle est une enquête qui nous révèle le portrait d'un flic cruel constamment couvert par une police corrompu, une police qui devient objet de haine. Le talent des auteurs nous fait percevoir le fossé et l'incompréhension qui se crée entre la population et sa police. On ne dévie jamais de ce fil directeur, aucune phrase pour un quelconque sujet secondaire. Chaque chapitre participe à cette critique social. C'est aussi une course contre la montre pour Martin Beck afin d'arrêter le tueur avant que le massacre continu. Un texte efficace, engagé et crédible. Un texte d'une crédibilité et d'une précision étonnante qui a influencé nombres d'écrivains scandinaves.