sanchez_pinolNon pas que je sois familier ou que j'approuve ca, mais ce que tout prof de français banal met dans la tête de ses élèves au lycée concerne les études de textes et oblige tout à chacun à expliquer le titre de tout texte étudié. Rien que pour ces profs (pas tout ceux que j'ai eu mais quand même un ou deux), je me lance: Treize mauvais quarts d'heure parce qu'on a treize nouvelles qui se lisent en un quart d'heure. Voilà.
L'emploi de l'épithète mauvais est lui le témoin parfait de l'esprit de Sanchez Pinol et de ses nouvelles. Voilà voilà.

Plus sérieusement (parce qu'au fond, je n'ai rien de particulier contre ces profs, c'est juste une illustration parfaite du qui aime bien châtie bien), j'irai même jusqu'à dire que ce livre précis a révolutionné ma conception de la nouvelle et de la manière d'en parler.
Jusque là, j'étais plutôt dans l'optique de l'irrégularité des nouvelles. Je me disais que bon, toute nouvelle n'est pas aussi bonne que la précédente ou que la suivante et que le niveau différait selon chacune, d'où le problème pour défendre le recueil, ou du moins pour en parler. Il fallait choisir une nouvelle au détriment des autres pour parler de l'ensemble, celle qui représentait le mieux le tout mais qui en général n'était pas la meilleure, même si elle était censée l'être. D'où l'interjection récurrente à ce moment précis: aargh.
Et puis est venu Albert Sanchez Pinol et ses Treize mauvais quarts d'heure. On est en plein dans l'esprit non pas espagnol velu, mais catalan rythmé. Et pour une fois, les nouvelles prennent des thèmes tellement différents qu'elles n'offrent aucun élément de comparaison qui les met en concurrence. Pour ce qui est de la plume, elle est certes typée catalane, entre le rythme et le surréalisme burlesque (un peu dans l'esprit du Japon n'existe pas de Torres Blandina, dont je réalise qu'il manque à ce blog). Quoiqu'on est ni vraiment dans le surréalisme, ni vraiment dans le burlesque, mais ce sont les deux termes qui s'en rapprochent le plus. A vrai dire, je ne trouve pas vraiment de terme pour le définir. M'enfin merde, c'est catalan.

Pour achever de vous convaincre de vous plonger dedans, laissez moi vous conter sommairement une des nouvelles, mais évidemment, parce que je ne suis pas Albert Sanchez Pinol, sans l'esprit catalan. Le paragraphe en question ne témoignera que de l'imagination catalane de Pinol, celle là même qui pousse à dire: Catalogne forever. Mais je m'égare.
Imaginez un homme, tout simple, anonyme et transparent. Il a un boulot peu enthousiasmant, une vie peu trépidante et est en vacances. Il nage près de la surface de l'eau quand il se retrouve pris dans le noir, happé par quelque chose. Il tente de nager mais ses mains grattent quelque chose de dure qui semble être les parois de quelque chose. Il s'imagine dans une baleine, il échafaude un plan de sortie, une histoire à raconter à ses proches, une preuve à leur ramener.
Et je vous laisse là en plan. La fin est tellement inattendue que je me refuse de vous spoiler honteusement. C'est à vous de voir la suite et la fin, et vons constaterez que la fin rentre dans la même catégorie que la fin des autres nouvelles, si différentes soient-elles: elles ont en commun leur concision, et l'évènement majeur qu'elles ont, qui arrivent à quelques lignes de la fin et qui donnent à aux nouvelle dont elles sont la chute plus de grandeur qu'elles ne prennent lors de leur développement.