ransmayrHonte à moi, qui estampille honteusement "Littérature allemande" un texte autrichien.

Passé cette auto-remontrance étrangère, je le précise, à toute forme de masochisme, intéressons nous au texte bizarre auquel le titre du post fait référence, puisqu'il s'agit là carrément du titre du bouquin.
Il faut, avant de parler de ce bouquin, que je vous éclaire sur la raison qui m'a poussé à jeter mon dévolu sur ce machin en particulier. Une fois rentré de vacances, je me suis logiquement laisser aller à un tour des tables, histoire de bien avoir dans l'oeil ce qui était paru pendant que je me dorais le cuir sous la neige et la gastro. Une fois devant les nouveautés germanophones et traduites de l'allemand, je me suis retrouvé intrigué par une couverture qui arborait pleine page la photo d'une méduse couronnée, animal qu'on trouve généralement plus dans le fond des océans où ne passe jamais plus que dans une librairie où l'on a techniquement plus de chances de passer. Et, pour abréger ce paragraphe qui traine en longueur, non content de rester stoïque devant la couverture, je n'ai même pas été foutu de piger la quatrième de couverture.
Il semble que le narrateur décrive les fond marin avec un regard différent de celui des humains, surtout depuis qu'il s'est réveillé un jour dans le fond d'une mer et métamorphosé en calmar.

L'exercice auquel s'est livré Ransmayr n'est pas idiot du tout mais pose malgré tout problème.
Pour bien tout resituer, Christoph Ransmayr s'est retrouvé face à des clichés d'animaux sous-marins (édités avec le texte, d'ailleurs, et ils sont beaux, ces clichés) et s'est souvenu d'un exercice qu'on a tous fait au primaire: le prof nous expose une photo et on nous demande d'inventer une histoire à partir de ca. Eh ben Ransmayr s'est lancé, même à son âge, est retombé en enfance.
Un ancien gardien de musée est devenu calmar du jour au lendemain, et sans avoir besoin d'aucune forme d'adaptation à son nouveau milieu, mais au contraire avec le sentiment d'avoir été calmar jusque là. La transition est dur, et on en revient, par moment, dans le premier chapitre, au sujet de l'exil (ici involontaire, mais quand même) et du déracinement qui pose la question de l'identité, déjà abordé ici grâce à Zweig, jusqu'à ce qu'il tombe, au détour d'une molécule d'eau, sur des mots humains qui émanent d'une crevette impériale, anciennement commercial en waterbeds.
S'en suit une galerie de personnages tous métamorphosés humains avant et transformé énigmatiquement en créatures sous marines comme d'autres se transforment en cafard sous la plume d'un autre auteur autrichien. Et Christoph Ransmayr pousse l'imagination très loin, jusqu'aux signaux sonores que s'envoient les personnages entre eux pour communiquer, mais qu'ils interprètent comme des mots humains tout à faits normaux, par exemple. On se retrouve au final avec un texte qui pousse le bouchon très loin dans le perfectionnisme, un texte très abouti nourri par une plume abondante qui n'est pas sans rappeler celle de Claude Louis-Combet (lui aussi publié chez Corti, d'ailleurs).

C'est curieux, c'est même très étrange, mais le travail d'imagination fourni en amont va tellement loin, explore tellement tout, y compris ce dont il ne nous serais pas venu à l'esprit de s'apercevoir que l'auteur n'y a pas pensé (et donc, de s'en servir contre le texte), se mélange tellement à tous les genres, à mi chemin entre la comédie et la philo, la socio et la psycho, le tout dans une plume romanesque, que ca ne pouvait que plaire.
On regrettera juste l'intrigue faiblarde qui manque à ce texte pour pouvoir le qualifier de roman.

calmar

(Photo: Nhobgood)