pasteur_bourg_pocheCa le fait grave. Et je le répète, la plume de Jacques Chessex, ca le fait grave. Vivement une Pléiade pour que les plus obtus ne puisse plus trouver d'arguments pour ne pas le lire.

La plus est peu trop compacte, toutefois, plus en tout cas que dans Le vampire de Ropraz ou Un juif pour l'exemple.

En revanche personnage principal est un pasteur vaudois, mais personne n'est parfait.
Le genre de pasteur qui croit que Dieu a un couteau entre les dents, que le péché t'envoie en enfer sans passer par la case départ, que la chair est passible de procès chez Saint Pierre pour haute trahison, et que même si les témoins de Jéovah disent n'importe quoi, Dieu est vengeur et viendra fumer la gueule de tout hérétique le jour du jugement dernier. Probablement une sorte de vieux garçon rédempteur.
Une fois installé dans sa première paroisse, il essaie de reprendre en main la foi de ses agneaux qu'il trouve égarés dans le péché, la suffisance et la fainéantise, entre le bistro et les effusions de joies curieuses et étranges, notamment chez le notable du coin. C'est le meme notable qui va essayer de mener une fronde et de faire sauter le pasteur en allant cafter à la Synode que "D'abord il fait rien qu'à nous insulter dans ses sermons !". Alors, le pasteur Burg se calme mais rumine quand même sacrément et prévoit, (ou fomente, le mot n'est pas forcément perdu) pour Pâques, huit mois plus tard, un coup d'éclat pour remettre les paroissiens recalcitrants dans le droit chemin. Tout est planifié et semble couler lentement jusqu'à une issue qui semble déjà épique, jusqu'à ce  qu'en court de route, il croise au cours de la préparation à la confirmation la fille dudit notable. Elle est irrésistibilicieuse, et Burg prévoit carrément, pour prouver qu'il a de la poigne et que la discpline est d'or, et pour être enfin écouté, cru et respecté, de l'immoler.

(Si jamais vous vous dites, à ce moment là ce l'article, que Mon Dieu, il nous a ressorti la moitié du livre, ben non. Je le dis sobrement, mais il faut bien que ca reste clair.)pasteur_bourg_bourgois


La confession du pasteur Burg
ne se limite pas à la facile histoire du pasteur qui tombe amoureux, il y a tout une vision bien foutue de la religion,ici protestante, mais que les catholiques et orthodoxes ne soient pas en reste, on aurait tout aussi bien pu être face à un prêtre ou un pope. Quoique...
Pour ceux, d'ailleurs, qui aiment les comparaisons et qui en redemandent, comparer le personnage du pasteur à celui de Don Alvaro dans Le maitre de Santiago, de Montherlant, perdu au moment de concilier la passion, l'amour et la dévotion à Dieu et la réalité des choses, la conviction et le courage. Quoiqu'il ne s'agit pas vraiment ce concilier tout ca ni de les mélanger pour voir ce que ca fait, mais plus de les interpréter et de les appliquer, même si certains rentrent en contradiction. C'est même plutôt dans la contradiction que ces eux personnages se sont perdus. Et que pas mal de personnage du grand Montherlant se sont perdus...

Et le texte ne se borne pas non plus à être une grande fable qui clame que Dieu aime, mais, même si j'ai envie de faire encore douze lignes dessus, sur la vision de la religion dans le bouquin, je vais me retenir pour ne pas non plus tout balancer.
Qu'on me laisse en revanche signaler que l'histoire en elle même ne prime pas vraiment sur le fond du roman, et que La confession du pasteur Burg est un roman dans lequel l'histoire, le fond et la forme se valent, se confondent et s'enchevêtrent dans pouvoir vraiment être distingués. Réflechissez-y, c'est pas si fréquent...