jacques_chessex

Jacques Chessex, le Jacques Chessex, nous a quitté vendredi soir lors d'une conférence à la bibliothèque d'Yverdon, et s'est effondré alors qu'un auditeur l'interrogeait sur l'affaire Polanski (ca ne s'invente pas...). La conférence aurait duré une dizaine de minutes avant que l'auteur ne s'effondre, emporté par un malaise cardiaque. Fin de la soirée.

ogreIl y a un sacré paquet de bouquins à retenir, à lire, à relire ou rouvrir. L'ogre, en premier lieu, publiéjui_exemple dans les cahiers rouges de Grasset, probablement un des seuls primés au Goncourt qui tient la route, dans lequel il dépeint avec le style qui le caractérise, sans fioriture ni embellissement superflu, les relations difficiles avec son père qu'il ne portait pas vraiment dans son coeur. On retrouve dans son oeuvre l'an dernier, dans Pardon mère, dans lequel il regrette, bien après sa mort à elle, l'assimilation de sa famille à son père et l'amalgame malheureux.
Retenons aussi ses deux dernières oeuvres, Le vampire de Ropraz et Un juif pour l'exemple, dans lesquels il relate deux faits divers qui l'ont marqués, l'un pouvant s'apparenter à la mythologie valaisanne bien qu'il se déroule au début du siècle, l'autre ayant fait polémique en Suisse pendant la guerre alors que Chessex n'avait que huit ans. On y découvrait alors Chessex historien et passionné, au point d'entamer un troisième livre dans la lignée de ces deux là, qui reste vraisemblablement dans les bureaux de Grasset en attendant une éventuelle édition, plus tard, comme manuscrit inachevé.

Il laisse aux lecteurs une oeuvre gigantesque et junglique dans laquelle s'entremêlent poésie, nouvelles, romans, chroniques, essais critiques, littéraires ou même sur la peinture, et même carrément des tableaux. On gardera également en mémoires ses participations à des petites revues littéraires (telles Europe ou la NRF), ou sa place de choix dans le jury du prix Médicis, le tout lui ayant valu une légion d'honneur et un statut de Chavalier des Arts et Lettres.
Outre ces indications matérialistes et incontestables, il restait aussi le plus grand auteur suisse romand de ses dernières années, orphelin qu'il était de Maurice Chappaz, décédé six mois plus tôt. En attendant que Michel Layaz ou Ivan Farron prennent le flambeau, laissons à Jacques Chessex le statut de numéro un, et accordons lui l'aura qu'il mérite, comparable à celle de Cendrars ou Ramuz.