La Confrérie des Libraires Extraordinaires

"Le libraire est l'ami du livre; pas de tous les livres, mais de ceux qu'il considère assez pour les transmettre aux lecteurs." Tahar Ben Jelloun

29 juillet 2009

Trévanian règle ses comptes

shibumi_de_Tr_vanian   J'avais eu pas mal de bons échos sur ce bouquin. Même eu un client qui était venu commander "Sanction" un autre polar/thriller, de Trevanian, qui a été adapter au cinoch par Mr Eastwood. Un film raté en comparaison du livre m'a t-on dit (quelle surprise!).

Alors je me suis décidé. J'ai acheté Shibumi.

Tiens, je vais être direct. Shibumi est un bon polar, mais c'est aussi un excellent polar raté. Un peu de déception au final, comme pour un gosse ayant de grosses capacités mais les gâchant on sait pas trop toujours comment.

Le début était prometteur.

Une opération foiré de la CIA sous le contrôle d'une "Mother compagnie" obscure et inquiétante risque d'avoir de fâcheux effets secondaires. La "Mother compagnie" risque en effet de devoir faire face à son ancien ennemi, Nicholai Hei, le tueur le plus doué du monde. C'est l'occasion pour nous de nous pencher sur l'histoire de cet homme hors du commun. Cette partie du roman est passionnante. le suspense est maîtrisé, la profondeur des personnages les rends plus qu'intéressant, une critique violente de la société occidentale ressort, Bref, on sent qu'il va y avoir quelque chose de fort.

Et puis des longueurs s'installent, on perd l'entrain du début. Il y a quelques passages qui aurait mérité d'être raccourcis ou supprimés car complètement déconnectés de l'intrigue et du récit (sauf peut être pour les amateurs forcenés de spéléologie)... Les critiques de la sociétés tombent un peu trop dans les clichés (Les américains sont ceci...les français cela...tout ce qui est américains est mauvais...ex...) On se dit que Trévanian, qui vivait désormais au pays basque comme son héros Nicholai Hei, règle ses comptes. C'est un peu dommage. Ce qu'il dit n'est pas complètement faux ou dénué d'intérêt, mais y perd en qualité.

Je suis beaucoup moins dithyrambique (cf dico:                     excessivement louangeur) qu'Aurore: Voir sa critique de shibumi, mais je vous le répète, je suis un peu sévère. Trévanian sait écrire. Mais Shibumi, même s'il reste quand même un bon polar, n'est peut être pas ce qu'il a fait de mieux. Préférez peut être Sanction pour découvrir l'auteur.

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27 juillet 2009

Un combat

combatJe me suis dit que tiens, l'expérience du Pigeon ayant été probante, un autre Süskind ne pourrait pas faire de mal. Ben merde...

Pour être honnête, j'aurais aimé être satisfait par Süskind, mais à bien y regarder, il n'y a pas vraiment le compte.
Comme dans pas mal de recueil de nouvelles, le tout est assez hétérogène et irrégulier, certaines idées sont travaillées, d'autres sont plus poussives et peuvent faire penser à du remplissage. Toutefois, on ne me fera pas croire que Süskind a travaillé ces nouvelles comme il avait travaillé Le Pigeon. Le style est assez superficiel, et dans nombre d'idées qui méritent un développement conséquent, Süskind se contente d'énoncer en quelques phrases ce dont il veut parler sans vraiment aller dans le fond des choses.
Le résultat donne des nouvelles très rythmées mais sans temps de repos. Comme un film d'action de deux heures quarante: à force d'explosion et de rafales de famas furieux, on se lasse et on zappe. C'est exactement ce qui arrive, un évènement qui demanderait quelques pages pour lui se réduit à un paragraphe et on se retrouve avec une nouvelle de huit pages qui en supporterait une trentaine.

C'est bien dommage...

23 juillet 2009

Les fausses mesures

les_fausses_mesuresRavhin, cette fois ci, tu n'auras même pas à t'époumoner en voyant que le visuel n'est pas dans l'album photo, le site de l'éditeur lui même en est dépourvu. ( Ah ouais?^^ >ajout de ravhin)

Cette parenthèse refermée, on va pouvoir passer aux Fausses Mesures, parce qu'on est la pour ca, quand même.
Je sais que beaucoup aiment les critiques auxquelles sont greffées un résumé du bouquin, mais comme d'habitude, je n'en ferais pas. D'autant que Les Fausses Mesures rentre pile poil dans la catégorie de bouquins, non seulement à défendre absolument, mais en plus dans celle des bouquins qu'on a vraiment aimé et pour lesquelles tout synopsis aboutit à un flot abondant et feuillu d'information sur l'histoire elle même et fatalement à un gâchis de la lecture. Parce que oui, si je vous raconte tout, vous n'aurez plus envie de le lire. Joseph Roth, c'est quand même vivant, c'est pas du Kundera. Donc, par pur souci de maintien de votre envie de vous jeter sur Les Fausses Mesures, je tiens à me tenir le plus éloigné possible du risque de faire un résumé trop long qui vous ôterait l'envie de le lire simplement parce que je n'ai pas pu m'arrêter dans mon homélie.

Pourtant, je peux quand même vous en parler. Pour ceux qui aiment la littérature et la bonne vieille expression du genre romanesque, c'est pour vous (tiens, prends le !); et pour ceux qui aiment les contes, c'est pour vous aussi (tiens, prends le, toi aussi !). Je vous sens perdu, d'où la nécessite de développer les lignes précédentes.
Les Fausses Mesures est à situer entre le conte et le roman. J'entends par là qu'on retrouve autant d'expressions de ces deux genres au sein du texte. Effectivement, on retrouve les ficelles que Roth a utilisé dans les contes, malgré la construction du récit comme un bon roman. Malgré le style sur lequel il raconte l'histoire d'Eibenschütz, artilleur reconverti en fonctionnaire dans une région froide de l'Autriche-Hongrie, on discerne le schéma narratif du conte et on peut établir un parallèle avec ETA Hoffmann (ou Andersen), bien que l'univers fantasmagorique ne soit ici pas clairement défini. Par exemple, les personnages eux mêmes sont des personnages de conte, s'il on y regarde bien, et bien que Joseph Roth n'ai pas eu besoin de deux cents pages pour le faire (comme Stieg Larsson, par exemple), on cerne bien les personnages e leur provenance, même si l'exploitation qui en a été faite pour le récit correspond plus à ce qu'on retrouve dans les romans standards.
Mais si, allez, reprend une aspirine.

Outre la manière dont Joseph Roth a travaillé un conte pour le faire entrer dans le genre romanesque, pour ceux qui se le demanderait, on ne se retrouve pas face à un brownie comme d'autres auteurs qui expérimente un roman qui mêle plusieurs genre. On est pas dans la densité de Julien Capron ou de Chloé Delaume, mais on se retrouve dans un style assez dépouillé qui ne s'encombre pas de fioritures diverses, ni de bibelots superflus, ni de moulures circonstancielles, ni de trucs et de machins surnuméraires.

Pour ceux qui aiment les métaphores à deux balles, enfin, ce roman est comme un torrent de montagne. Il suffit de se planter devant et de se laisser porter par lui. Je mets d'ailleurs au défi le premier venu (et les autres aussi) d'avoir recours à un marque page pour la lecture des Fausses Mesures.

(Putain, je me suis jamais vu aussi dythirambique...)

19 juillet 2009

Post du 19 juillet

J'avais dans l'intention, ce soir, de consacrer un post entier au film "The Reader", adaptation de Stephen Daldry du roman de Schlink. Faisons le en deux mots pour me donner bonne conscience. Kate Winslet, malgré un début mollasson, mérite son Oscar, et Ralph Fiennes confirme son statut de gage de qualité lorsqu'il figure au générique.
Le début est assez lent, rythme contemplatif du jeune ado puceau recueilli par une femme de deux fois son âge et qui se retrouve vite chez elle, aussi nu qu’elle, provoque des froncements de sourcils. On peut s’imaginer que Schlink, qui peut être considéré comme le scénariste, après tout, reprend des idées de Matzneff. Pourtant, pas tant que ça, leur histoire étant finalement secondaire par rapport à la deuxième partie du film (l’histoire de cul des personnages, pas celle de Schlink et Matzneff, faut pas déconner).

Au risque de décevoir les adeptes su synopsis, je n’en dirais pas plus, mais je tiens à attirer l’attention de tous que les performances des comédiens, qu’on a pas l’impression de voir jouer, au fond, qui s’acquitte bien des yoyos émotionnels de leurs personnages par les méandres du scénario et des chemins qu’ils prennent.

 

Finalement, Adnihilo va transmettre à Ravhin ses congratulations fanfaronniques pour son diplôme.

 

Et Adnihilo va aussi exhorter le Comte à poster quelque chose. Puisqu’il lit, qu’il poste, et si possible pas que sur son blog perso, la Confrérie étant tricéphale par nature.

C’est la troisième fois qu’Adnihilo, puisqu’il n’aime pas faire seul ce qu’on est censé faire à trois, rappelle au Comte ce qu’il est censé faire (abstraction faite de Ravhin, qui à la légitimité des vacances et qui du fait poste aussi peu que je ne ferais pendant mes vacances à moi, c’est normal). Je veux dire par là qu’à deux, c’est pas assez quand on relit le papier paraphé par trois libraires tarés, même bourrés à l’époque de l’acte fondateur de l’institution qu’ils dirigent.

Pour être honnête, même si jusque là il avait tenu le blog de la Confrérie loin de ces tensions rédactorielles, Adnihilo n’en peu plus de faire le boulot du Comte en plus du sien à tel point qu’il a envisagé de tailler sa route et de restructurer du même coup tous ses blogs. La seule raison qui maintient Adnihilo comme rédacteur du blog étant Ravhin lui-même, je ne peux pas non plus décemment lui faire ce coup là…

Posté par adnihilo à 23:47 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 juillet 2009

Bleu

J'adore mon boulot. Je rencontre out plein de clients, et il y en a même des rigolos desquels ont peut honteusement se marrer.
Par exemple, ce client dont un de mes collègues s'est occupé:
"Je cherche Paroles, mais je ne l'ai pas trouvé en rayon..."
"Paroles, c'est en poésie, tout au fond, à la suite de la littérature générale."
"Vous êtes sur ?"
"Paroles, de Prévert, c'est bien en poésie, je suis sur"
"Oui, mais c'es pas de Prévert. C'est de Poilu."

 

Cet échange, que le petit blond d'en face m'a rapporté, fera surtout rire les libraires. Je tiens à le préciser.

08 juillet 2009

La Musardine est un monde à part

Pieyre de Mandiargues et Mac Orlan, tout récits érotiques rédigés, avaient une plume magnifique et luxuriante (mais chacun la leur) à l'inverse d'Alain Soral qui lui a sa plume dans le cul. Or, évidemment, le meilleur endroits pour les trouver sont les librairies spécialisées, meme si après l'assortiment de ceux qui sont censé tout avoir, on s'apercoit que quelques librairies générales de tailles diverses ne sont pas si dépourvues que ca.
Oui, je suis allé voir à La Musardine si j'y étais. Et bien oui, j'y étais (étonnant, non ?). La Musardine est un endroit très glauque où se retrouvent des personnes si honteuses d'être là que le moindre regard hors d'un livre provoque chez le client type une gêne qu'il peine à dissimuler. Alors il se contente de feindre un intérêt pour des bouquins porno probablement équivalant à Harlequin dans la littérature générale (écrit avec les pieds et pensés avec un mciroprossesseur suffisamment puissant pour pondre quelque chose sans intervention humaine).
Le silence devient alors oppressant et les seuls bruits le rompant se trouve être les pas feutrés du libraires sur la moquette et le tiroir caisse au ressort qui bande. ("Doonïnng"). Même la porte est silencieuse, probablement pour ne pas attirer ailleurs l'attention du client qui le mettrait dans l'embarras par rapport à son semblable. Tout est fait pour rendre la librairie froide et impresonnelle, équilibre rectifié par la chaleur des bouquins. On a pas envie d'acheter, et quelque soit l'état d'esprit dans lequel on rentre, la gêne et la pression du petit gros au fond, qui regarde les Manara, est communicative, on sent qu'il ne se sustente que par les soins de la Musardine et on compatit, accordant toutefois que ce n'est pas très sain. Pour autant, le vieux engoncé dans son costard chic, avec cravate italienne et mocassin lustrés, celui qui se penche sur les livre d'art où les modèles sont à poil, ne l'est pas non plus, et on peut même se laisser penser que Bobonne, à la maison, glisse lentement vers le statut de terrain vague.
Quelque soit l'intention de ta visite, tu en ressors toi même persuadé d'être malsain, même si tu voulais venir pour un André Pieyre de Mandiargues. "Mais c'est pas possible, je ne suis pas eux...".
Non. Mais à partir du moment où le fait de ne voir que des clients ou en manque ou obnubilés par leur sujet autour de toi tend à t'en convaincre, ou en tout cas argumente en ce sens, c'est signe qu'il faut partir.

Posté par adnihilo à 21:19 - Les bonnes librairies - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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